| FI:SCA/2001/3
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CONSULTATION TECHNIQUE SUR LES CADRES JURIDIQUES ET LES POLITIQUES ÉCONOMIQUES À ADOPTER POUR PROMOUVOIR UNE AQUACULTURE COMMERCIALE DURABLE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE |
Arusha (Tanzanie), 4-7 décembre 2001 |
MARCHÉS ET ÉCHANGES LIÉS À LA PRODUCTION COMMERCIALE DE POISSON ET DE CREVETTE D'ÉLEVAGE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE |
II. LIGNES DIRECTRICES POUR L'ÉVALUATION DES MARCHÉS POTENTIELS POUR LE POISSON D'ÉLEVAGE
III. MÉCANISMES DE COMMERCIALISATION ET D'EXPORTATION DU POISSON
DANS CERTAINS PAYS AFRICAINS
IV. POLITIQUES COMMERCIALES PROPICES AU DÉVELOPPEMENT DE
L'AQUACULTURE
EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
V. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
| RÉSUMÉ Le présent document traite de l'évaluation des marchés potentiels du poisson d'élevage, des marchés de la crevette, du tilapia et du poisson-chat et de la situation actuelle de l'aquaculture commerciale dans plusieurs pays. Une analyse de la commercialisation du tilapia et du poisson-chat d'élevage en Côte d'Ivoire, au Nigéria, en Zambie et au Zimbabwe et des crevettes d'élevage à Madagascar et au Mozambique est présentée. Des recommandations générales concernant l'organisation de l'aquaculture commerciale et la commercialisation de sa production sont proposées aux gouvernements et à l'industrie. L'aquaculture commerciale doit bénéficier de marchés faciles. Lorsque les produits sont destinés aux marchés nationaux, il est indispensable que les établissements piscicoles se trouvent à proximité des centres urbains et y accèdent facilement. Avant de prendre toute décision d'investissement, il est nécessaire d'évaluer dans leurs moindres détails les problèmes logistiques tels que les accords liés au fret aérien. La qualité des produits, la régularité des approvisionnements et l'efficacité de la production sont autant d'éléments indispensables. Pour qu'il y ait stimulation des investissements privés dans l'aquaculture en Afrique subsaharienne, l'environnement doit être attrayant pour les capitaux étrangers et nationaux. Les codes d'investissement devraient par conséquent prévoir différentes mesures d'encouragement à l'investissement. Les gouvernements doivent mettre en place l'infrastructure nécessaire pour garantir la croissance du secteur de la pisciculture commerciale. Les politiques gouvernementales de développement de l'aquaculture devraient encourager la création d'écloseries, d'usine d'aliments et d'usines de transformation du poisson afin d'appuyer l'industrie de l'aquaculture. Ces initiatives devraient être mises en _uvre en collaboration avec le secteur privé. Les pays d'Afrique subsaharienne devraient envisager la négociation de protocoles commerciaux bilatéraux avec les marchés d'exportation potentiels. Pour obtenir des prix plus élevés, aussi bien sur les marchés nationaux qu'internationaux, les pisciculteurs africains devraient faire de la qualité une priorité. Les marchés internationaux du poisson d'élevage, notamment la crevette et le tilapia, sont porteurs. Cependant, dans le cas des exportations, les perspectives de marché dépendent très nettement de la bonne santé des économies à l'échelon international. Les membres de la Consultation sont invités à revoir les idées proposées dans le présent document, le cas échéant, à les avaliser et à identifier les actions qui, dans le cadre de la FAO, pourraient contribuer à la mise en _uvre des politiques mentionnées dans ce document et à la promotion d'une aquaculture commerciale durable en Afrique subsaharienne. |
1. En Afrique subsaharienne, les principaux poissons d'élevage sont le tilapia, le poisson-chat et la carpe. Les crevettes de mer et d'eau saumâtre (principalement Penaeus monodon et P. indicus) constituent l'essentiel de la production de crustacés d'élevage.
2. Le principal créneau du poisson d'élevage demeure les consommateurs à revenu moyen à élevé des marchés nationaux. En effet, les consommateurs à revenu faible ne peuvent se permettre d'acheter du poisson d'élevage à prix élevé. Le choix du lieu d'implantation est donc devenu primordial et les établissements piscicoles axés sur le marché national devraient être établis à proximité des centres urbains de consommation ou bénéficier d'un accès facile à ces centres.
3. Dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, la demande nationale est satisfaisante en ce qui concerne le poisson d'élevage (tilapia, poisson-chat), mais, à l'inverse, pour la crevette d'élevage, la demande est faible. Les producteurs de crevette d'élevage visent en général le marché de l'exportation.
4. Dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, deux facteurs rendent difficile l'obtention d'estimations sûres relatives à l'offre de poisson: un contrôle inadéquat des captures artisanales et le marché parallèle du poisson, d'importance considérable. Au sein d'un même pays, la consommation de poisson par habitant varie selon les communautés. De toute évidence, les habitants des régions côtières, des villes de bord de lac ou de fleuve, ainsi que des zones urbaines, bénéficient d'un meilleur accès au poisson que les populations de l'intérieur.
5. Le revenu disponible et le pouvoir d'achat des consommateurs jouent un rôle important dans la détermination des débouchés potentiels. Alors que la consommation de petits poissons pélagiques bon marché tels que la sardinelle, le maquereau, le kapenta, l'ethmalose et l'anchois est considérable, les produits d'élevage relativement chers comme le tilapia, le poisson-chat et la crevette sont difficiles à vendre dans les communautés rurales, caractérisées en général par un pouvoir d'achat faible. Par conséquent, lors de la création d'un établissement piscicole, le choix du lieu d'implantation devrait être une priorité. Étant donné le pouvoir d'achat relativement élevé des consommateurs des zones urbaines, il faut privilégier les sites très proches des marchés urbains ou ayant un accès facile à ces marchés
6. Les habitudes de consommation, notamment en ce qui a trait aux espèces, à la présentation du produit et aux préférences de taille, ainsi que les habitudes alimentaires des consommateurs sont des éléments essentiels pour définir la demande de poisson à l'échelle nationale. De nombreuses communautés d'Afrique centrale et occidentale préfèrent le poisson salé, fumé ou séché. Dans le cas du poisson d'élevage, on observe un engouement croissant pour le poisson grillé dans plusieurs communautés urbaines, même si la consommation de poisson fumé, salé ou séché est bien établie. Dans certains cas isolés, la consommation de poisson-chat frais est taboue.
7. Il faut envisager, le cas échéant, d'autres options ou des substituts proches moins chers issus de méthodes traditionnelles de capture. De toute évidence, le prix du tilapia et du poisson-chat pêché dans les masses d'eaux continentales est nettement plus intéressant que celui de produits semblables issus de l'aquaculture. Dans les pays côtiers où les consommateurs ont accès à des substituts proches à des prix plus faibles (Sénégal, Namibie, Mauritanie), la demande à l'échelle nationale de tilapia, de poisson-chat et de crevette d'élevage est demeurée très faible. Les variations saisonnières des prises de poisson de mer devraient également être prises en compte.
8. Pour les produits destinés aussi bien aux marchés nationaux qu'aux marchés d'exportation, le pisciculteur devrait identifier les circuits de distribution. En général, le système national de commercialisation implique la vente à crédit. Souvent, un certain nombre d'intermédiaires interviennent dans la chaîne de distribution, notamment des grossistes qui s'approvisionnent auprès des établissements piscicoles. En raison des prix relativement élevés associés au poisson d'élevage, les transformateurs traditionnels de poisson préfèrent le poisson issu de méthodes traditionnelles de capture. Les produits traditionnels sont principalement destinés au groupe à revenu et à pouvoir d'achat faibles. Le long de la chaîne de distribution, chaque opérateur prélève une marge et il n'est pas rare que les coûts de commercialisation et de transformation et les marges bénéficiaires représentent près de 40 pour cent du prix payé par le consommateur.
9. Les restaurants, les chaînes de supermarché et les hôtels constituent la principale clientèle pour le poisson d'élevage. Phénomène de plus en plus marqué, les pisciculteurs approvisionnent directement les restaurants, les supermarchés et les hôtels locaux. Les marges bénéficiaires associées à ce type de système sont nettement plus élevées, car les établissements piscicoles proposent des prix plus intéressants pour des produits de qualité supérieure. En outre, ce système de distribution implique l'utilisation de glace pour maintenir la qualité des produits.
10. Les consommateurs étant de plus en plus exigeants en ce qui concerne la qualité du poisson à l'échelle mondiale, des normes de qualité ont été établies pour les produits destinés aux marchés internationaux. Ces normes couvrent les opérations de production, de manipulation, de traitement, d'entreposage et de transport. Les pisciculteurs désireux d'exporter leurs produits doivent respecter les normes de qualité des marchés internationaux et appliquer des programmes d'analyse des risques aux points critiques (HACCP).
11. Les prix du tilapia, du poisson-chat et de la crevette issus de la pêche traditionnelle, ainsi que ceux des substituts proches (espèces marines et d'eau douce), devraient être fixés afin que les pisciculteurs potentiels puissent établir leur propre prix, mais également définir leur stratégie de commercialisation. Dans les pays ou les communautés où il est facile d'obtenir des substituts moins coûteux, les pisciculteurs devraient cibler soit les consommateurs à revenu moyen à élevé, soit les marchés d'exportation.
12. Lors de l'évaluation du potentiel d'exportation du poisson, le pisciculteur ou l'exportateur doit prendre en compte un certain nombre d'éléments tels que: i) les marchés existants ou traditionnels pour le produit identifié, ii) les perspectives du marché international, iii) la caractérisation du produit et l'assurance-qualité, iv) les règlements d'importation des marchés cibles, v) les prix à l'exportation et vi) les perspectives de marché.
A. Marchés nationaux : tilapia et poisson-chat d'élevage
13. En Afrique subsaharienne, il ne fait aucune doute que les principaux poissons d'élevage sont le tilapia et le poisson-chat, qui revêtent une importance considérable d'un point de vue commercial. Sur la base des statistiques nationales, les principaux pays producteurs de poisson d'élevage en Afrique subsaharienne sont : le Nigéria (près de 15 000 tonnes par an), la Zambie (4 800 tonnes), l'Afrique du Sud (4 000 tonnes), le Kenya (1 500 tonnes), le Zimbabwe (1 250 tonnes) et la Côte d'Ivoire (1 000 tonnes). La production de poisson d'élevage est nettement dominée par le tilapia, le poisson-chat et la carpe.
A.1 Côte d'Ivoire
14. Ces dernières années, les prises de poisson de mer ont chuté à moins de 70 000 tonnes. Celles de poisson d'eau douce se chiffrent désormais à quelque 12 000 tonnes par an, le tilapia représentant environ deux tiers de ce volume et le poisson-chat environ 15 pour cent. La Côte d'Ivoire importe de 100 000 à 150 000 tonnes de poisson surgelé par an. À l'heure actuelle, la consommation annuelle de poisson est estimée à 15 kilos par habitant, soit une baisse d'environ 25 pour cent par rapport aux niveaux de consommation de poisson des années 1980. Depuis 1990, la production de l'aquaculture a augmenté, passant de 330 tonnes à 1 000 tonnes.
15. Les pisciculteurs ivoiriens sont confrontés à une concurrence minime pour la vente de leurs produits. Néanmoins, il ne faut pas négliger la présence, en saison, de petits poissons pélagiques bon marché (sardinelle, anchois, maquereau). De toute évidence, les établissements piscicoles situés loin des principaux centres de consommation tels qu'Abidjan et Bouaké ont du mal à vendre leurs produits sur le marché national.
16. Le marché du tilapia et du poisson-chat d'élevage est axé sur les consommateurs urbains à revenu disponible relativement élevé. La demande est satisfaisante et la production est absorbée au niveau local. Le poisson d'eau douce est commercialisé près du lieu de débarquement des prises. La distribution de poisson séché, salé ou fumé issu de méthodes traditionnelles de capture est étendue, aussi bien dans les communautés urbaines que rurales.
A.2 Nigéria
17. À l'exception de volumes réduits de crevettes transformées pour l'exportation, toutes les captures de poisson du Nigéria sont consommées au niveau national. La consommation de poisson, qui a enregistré une nette chute au cours des dernières décennies, est tombée à environ 4-5 kg par habitant au cours des dernières années. Cette baisse semble être due à la stagnation des captures nationales et à la baisse des importations, conjuguées à une croissance démographique galopante.
18. Le Nigérian est un grand consommateur de tilapia et de poisson-chat. Ces deux espèces représentent la majeure partie des prises continentales, qui, selon les estimations, étaient de 140 000 à 160 000 tonnes par an au cours de ces dernières années. En outre, la production de poisson d'élevage est estimée à 15 000 tonnes par an. Les établissements piscicoles produisent principalement du tilapia et du poisson-chat.
A.3 Zambie
19. La concurrence est réduite pour les pisciculteurs, puisque la demande nationale est nettement supérieure à l'offre. La consommation de poisson a tendance à être plus élevée dans le groupe à revenu plus faible, en raison du prix modéré de la sardine et du kapenta et d'autres petits poissons pélagiques. Pour le tilapia et le poisson-chat d'élevage, le créneau visé est celui des consommateurs à revenu moyen à élevé.
20. Le poisson est la première source de protéines animales dans la plupart des régions du pays. Selon les estimations, la consommation de poisson est de 8 kilos par habitant. La plupart du poisson pêché est séché ou fumé avant d'être commercialisé sur le marché national, du fait notamment que les principaux centres de production sont situés loin des grands centres de consommation.
21. En Zambie, les femmes dominent le marché de la vente et le réseau de distribution de poisson. En général, les transactions se font en espèces. La majeure partie du poisson produit par les établissements de pisciculture est vendue avec de la glace aux hôtels et aux restaurants.
A.4 Zimbabwe
22. Des six pays d'Afrique subsaharienne étudiés, le Zimbabwe enregistre la plus faible consommation de poisson par habitant, avec 2,4 kilos, selon les estimations. Pour le poisson, la demande est forte dans les centres urbains et ruraux, mais l'offre demeure particulièrement modérée, ce qui crée un écart considérable.
23. Les consommateurs à revenu moyen à élevé préfèrent le poisson frais, notamment les filets de tilapia, la truite et les poissons de mer (importations). Dans l'ensemble, les consommateurs à revenu faible préfèrent les petits tilapias entiers, mais comme ces derniers sont relativement chers et souvent hors de portée, ils se rabattent principalement sur le kapenta séché ou frais.
24. Comme le pouvoir d'achat des consommateurs ne cesse de diminuer, un nombre croissant de consommateurs à revenu moyen délaissent le tilapia au profit du kapenta. Les producteurs de tilapia visent par conséquent les consommateurs à revenu élevé et les marchés d'exportation.
25. Au Zimbabwe, la distribution de poisson se répartit comme suit: i) le kapenta séché du lac Kariba, qui est largement distribué dans les centres urbains et ruraux, ii) le poisson frais d'élevage et le poisson surgelé d'importation vendu au détail dans les chaînes de supermarché, et iii) les filets de tilapia surgelé exportés vers le Royaume-Uni et l'Afrique du Sud.
26. Les principaux supermarchés du Zimbabwe sont approvisionnés en tilapia frais par l'entreprise Lake Harvest Aquaculture (LHA) et d'autres établissements de pisciculture commerciale. Des quantités limitées de tilapia produit par des établissements piscicoles sont livrées aux hôtels des principaux centres touristiques, tels que les chutes Victoria et Kariba.
B. Marchés d'exportation du tilapia et du poisson-chat d'élevage
27. L'exportation de tilapia frais ou surgelé vers les marchés britannique et sud-africain est effectuée par LHA à partir d'une usine de transformation homologuée par l'Union européenne. Les produits destinés au marché britannique sont transportés à Harare, puis expédiés par fret aérien une fois par semaine. Ceux destinés à l'Afrique du Sud sont transportés par route et directement acheminés aux chaînes de supermarché, aux restaurants et aux hôtels. LHA exporte 10 à 12 tonnes de filets de tilapia frais par semaine vers le Royaume-Uni et d'autres pays européens et des volumes plus restreints vers le marché sud-africain.
28. Les échanges internationaux de tilapia n'ont pris de l'ampleur qu'au cours de la dernière décennie. Pour le tilapia, les États-Unis demeurent le principal marché, même si les exportations vers des destinations européennes connaissent une croissance régulière. Aux États-Unis, les importations de tilapia ont connu une hausse spectaculaire au cours de la dernière décennie. Parmi les principaux marchés européens du tilapia figurent le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, la Belgique, l'Italie et les Pays-Bas.
29. Les exportations de tilapia provenant d'Afrique subsaharienne demeurent minimes à l'heure actuelle, même si les perspectives sont bonnes pour le Zimbabwe, l'Afrique du Sud et l'Ouganda. En ce qui concerne le tilapia, les perspectives de croissance des échanges sont satisfaisantes. En outre, la consommation de tilapia par habitant s'est accrue au cours de la dernière décennie et l'on s'attend à ce qu'elle demeure élevée, au moins dans un avenir proche.
30. Aux États-Unis, la consommation de poisson-chat a enregistré une croissance exponentielle au cours de la dernière décennie, mais la demande a été satisfaite en grande partie par la production nationale. Les importations de poisson-chat des États-Unis sont limitées, mais les importations originaires du Viet Nam sont en hausse ces derniers temps.
31. Le marché européen du poisson-chat est restreint. Aux Pays-Bas, en Grèce et en France, le poisson-chat fait l'objet d'une aquaculture à petite échelle destinée au marché national. Les exportations de poisson-chat vers le marché européen demeurent négligeables. Il reste à voir si le marché international du poisson-chat peut être étoffé aussi efficacement que le marché du tilapia.
32. Des quatre pays d'Afrique subsaharienne pour lesquels les marchés du tilapia et du poisson-chat d'élevage ont été étudiés, seul le Zimbabwe est un exportateur important de tilapia. Dans leur ensemble, les pays africains représentent une part très minime du marché du tilapia aux États-Unis. Les nouveaux acteurs africains sont l'Afrique du Sud et l'Ouganda, qui ont exporté des quantités minimes de filets de tilapia en 1999.
C. Marchés nationaux de la crevette d'élevage
C.1 Madagascar
33. Madagascar figure parmi les principaux pays producteurs de crevettes d'Afrique subsaharienne. La production totale de crevettes d'élevage est passée de 406 tonnes en 1994 à environ 5 000 tonnes en 2000, hausse principalement due à l'expansion des superficies d'élevage.
34. En raison du prix élevé de la crevette, la demande nationale est très faible. En général, les consommateurs locaux préfèrent les crevettes séchées de taille moyenne à petite, relativement bon marché, principalement produites par le secteur des pêches artisanales. Les captures industrielles à grande échelle et de qualité supérieure sont destinées au marché de l'exportation, même si des quantités considérables sont vendues aux restaurants, aux chaînes de supermarché et aux hôtels à l'échelle locale.
35. Selon les estimations, la consommation annuelle de poisson est de 10 kilos par habitant. Bien entendu, la consommation est concentrée dans les communautés urbaines et côtières.
36. Chaque établissement piscicole malgache est associé à une grande entreprise de pêche de crevettes possédant son propre réseau de commercialisation. Somaqua commercialise ses crevettes par l'intermédiaire du réseau de distribution de son affilié Somapêche (propriété de l'entreprise japonaise Maruha Corporation). Maruha approvisionne 10 pour cent du marché japonais et s'appuie sur un réseau de marchés bien établis en Europe. De la même façon, Aqualma vend ses crevettes grâce au réseau européen bien établi de PNB.
C. 2 Mozambique
37. Bien que la crevette n'ait représenté qu'un peu plus de 10 pour cent du total des débarquements de poisson en 1999, elle est de loin l'espèce la plus recherchée produite au Mozambique. Les approvisionnements annuels en poisson sont estimés à 6 kilos par habitant, la majeure partie provenant du secteur artisanal. Les opérateurs industriels et semi-industriels se concentrent essentiellement sur la crevette d'exportation en raison de sa valeur élevée.
38. Au Mozambique, les perspectives sont bonnes pour l'élevage de crevette de mer. Un établissement piscicole expérimental a été établi en vue d'étudier l'élevage de la crevette tigrée (Penaeus monodon), de la crevette royale blanche (Penaeus indicus) et de la crevette mouchetée (Metapenaeus monocenos), espèces indigènes au littoral mozambicain. Les premiers résultats étant encourageants, le gouvernement a décidé de promouvoir l'élevage de la crevette par le secteur privé et de diminuer la pression sur les méthodes traditionnelles de capture de la crevette. Dans les zones rurales et dans l'intérieur des terres, la mauvaise qualité des infrastructures entrave la distribution du poisson. L'étendue du littoral et le fait que les centres de production sont disséminés dans l'ensemble du pays accentuent les problèmes de commercialisation.
D. Marchés d'exportation pour la crevette d'élevage
39. Madagascar, le Mozambique et le Sénégal sont les principaux pays exportateurs de crevettes d'Afrique subsaharienne. Les exportations de crevettes de Madagascar sont en hausse nette depuis 1996, en raison du développement des établissements d'élevage. La croissance des exportations devrait se poursuivre, puisque les établissements commerciaux d'élevage ajoutent des bassins à leurs infrastructures. Certains établissements expérimentaux comptent amorcer une phase commerciale.
40. En ce qui concerne la crevette malgache, les principaux marchés sont la France et le Japon. Des volumes considérables sont également exportés vers la Réunion, Maurice, l'Afrique du Sud, le Portugal et le Royaume-Uni.
41. De la même façon, les exportations de crevettes du Mozambique ont connu une amélioration notable ces dernières années grâce à des prises satisfaisantes. Pour la crevette mozambicaine, les principaux marchés sont l'Espagne et le Japon. Le lien établi avec l'Espagne a été renforcé grâce aux investissements d'entreprises espagnoles au Mozambique dans le cadre de contrats de coentreprise conclus avec Pescamar et Krustamoz. Les échanges avec le Japon ont également été renforcés grâce à la création d'Efripel, coentreprise de pêche à laquelle participent l'entreprise japonaise Maruha et l'entreprise mozambicaine Emopesca.
42. Au Mozambique, un programme de modernisation du Service de laboratoire d'inspection des poissons a été lancé en 1997. L'idée était d'établir un système efficace d'inspection du poisson et d'aider les exportateurs de produits de la mer à se conformer aux normes de qualité des marchés de l'UE. Il est nécessaire de renforcer les ressources humaines et en particulier de consolider leur formation à l'assurance-qualité et à l'analyse des risques aux points critiques (système HACCP).
43. Les quatre établissements de crevetticulture de Madagascar ont conclu des accords techniques et commerciaux avec des entreprises étrangères réputées, spécialisées dans les produits de la mer. Non seulement ces établissements bénéficient des conseils techniques de leurs partenaires étrangers, mais ils s'appuient également sur le réseau de commercialisation étendu de ces derniers pour vendre leurs produits. Les accords commerciaux permettent aux établissements piscicoles locaux de vendre leurs produits sur les marchés d'exportation sous des marques connues.
44. En ce qui concerne la crevette, les principaux marchés sont sans conteste l'Union européenne, les États-Unis et le Japon. En Europe, l'Espagne, le Danemark, le Royaume-Uni et la France représentaient 62 pour cent du total des importations en 1998. De grandes quantités de crevettes importées font l'objet d'une transformation, puis sont réexportées. Cette caractéristique est particulièrement notable en Espagne et au Danemark.
45. Le marché européen est particulièrement hétérogène et les différences d'un pays à l'autre sont marquées. En général, les consommateurs d'Europe du Nord préfèrent la crevette nordique, alors que ceux d'Europe du Sud préfèrent la crevette tropicale. Cependant, la crevette tropicale, dont la consommation prend de l'ampleur au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Pays-Bas, gagne en popularité grâce à la baisse des approvisionnements en crevette nordique.
46. Le marché des États-Unis est caractérisé par le fait que la demande porte sur les crevettes de toutes tailles. Cependant, les importations sont dominées par la crevette étêtée, décortiquée et déveinée, aussi bien cuite que crue. La consommation de crevette est étroitement liée à la santé économique du pays.
47. Le Japon reste l'un des principaux marchés mondiaux de la crevette, avec des importations annuelles supérieures à 250 000 tonnes pour la plupart de ces dix dernières années. Parmi les principaux acheteurs japonais en Afrique subsaharienne figurent Maruha Corporation (ex-Taiyo), Mitsui and Co. Ltd., Mitsubishi Corporation et Marubeni Corporation.
48. Dans le cadre des programmes d'ajustement structurel mis en place ces dix dernières années, de nombreux pays d'Afrique subsaharienne ont procédé à la libéralisation de leurs politiques commerciales. Les exportateurs sont désormais en mesure de rapatrier leurs recettes d'exportation, ce qui contribue à attirer des investissements étrangers, utilisés notamment pour la création d'établissements piscicoles commerciaux en Afrique subsaharienne.
49. Au Zimbabwe, la décision prise par des investisseurs privés de créer l'entreprise Lake Harvest Aquaculture a été largement fondée sur la possibilité de conserver les recettes en devises et de les rapatrier. À Madagascar, des entreprises japonaises et françaises ont amorcé des activités de crevetticulture. De la même façon, leur décision d'investir a été influencée favorablement par la libéralisation du climat d'investissement.
50. Afin de stimuler les investissements à l'échelle nationale et internationale, plusieurs pays d'Afrique subsaharienne ont promulgué des lois relatives aux investissements dans le but de mettre en place des mesures d'incitation à l'investissement. La création de zones franches, notamment industrielles, est devenue une stratégie courante pour atteindre cet objectif.
51. Parmi les mesures d'incitation à l'investissement les plus populaires figurent: i) l'importation en franchise de biens d'équipement, ii) l'exonération temporaire d'impôt pour la première phase opérationnelle (en général, les cinq premières années, selon le type de projet, et iii) la réduction du taux d'imposition des entreprises. Ce type de politiques a largement contribué à attirer des flux de capitaux nationaux et étrangers et à stimuler le développement industriel de l'Afrique. En témoigne le port franc du Togo, qui a attiré un grand nombre d'investissements dans les années 80 et 90, notamment deux usines de transformation du poisson.
52. Les subventions à l'exportation se traduisent par des distorsions au niveau des échanges commerciaux et représentent un lourd fardeau économique pour les coffres de l'État. Dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, les taxes à l'exportation, sous forme de frais divers et de frais de manipulation, sont minimes.
Efficacité accrue de la commercialisation
53. L'un des éléments indispensables au succès d'un projet d'aquaculture est l'adoption d'une stratégie de commercialisation efficace. Il est nécessaire de trouver des marchés faciles pour les produits de l'entreprise afin d'éviter que les périodes de grossissement ne soient trop longues et les coûts d'alimentation excessifs. La production devrait être programmée de façon à coïncider avec la période de soudure pendant laquelle le poisson est rare sur le marché national. On tiendra compte également des préférences de taille sur les marchés ciblés.
54. Pour accroître l'efficacité du marché, la sélection du site est capitale. Trop souvent, le mauvais état du réseau routier empêche une distribution rapide et efficace du poisson. Les problèmes sont souvent exacerbés lorsque les centres de production sont situés loin des zones urbaines, où est concentrée la demande de poisson d'élevage.
55. À l'heure actuelle, le marché international du poisson et des produits dérivés est devenu tellement concurrentiel que les produits de qualité médiocre ont peu de chance de trouver preneur sur les marchés internationaux. La diversification des marchés est indispensable si l'on veut tirer profit de prix plus avantageux et, partant, optimiser les recettes d'exportation.
56. La capacité des exportateurs à diversifier leurs marchés est stimulée par la disponibilité d'informations actualisées sur ces marchés. Il faudrait encourager les agences de soutien aux échanges, telles que les chambres de commerce nationales, les bureaux de promotion des exportations et les associations d'exportateurs de poisson, à créer des centres d'information sur les marchés, dans le but de fournir au secteur de l'aquaculture des informations à jour sur: i) le prix du poisson, ii) les tendances des marchés, iii) les débouchés commerciaux, iv) les structures tarifaires, v) les annuaires d'importateurs de poisson, etc.
57. Afin d'étoffer les exportations de poisson, des campagnes de promotion des échanges sont organisées. Ces campagnes devraient inclure des enquêtes sur la demande dans les marchés ciblés et prévoir l'organisation de réunions acheteurs/vendeurs et la participation des parties concernées à des foires commerciales. Les enquêtes sur la demande dans les marchés ciblés doivent avoir pour objectif d'évaluer la taille du marché, les structures tarifaires et non tarifaires, les règlements et procédures d'importation, les exigences en matière d'étiquetage, les options de transport, les principaux importateurs et les perspectives de marché.
58. Dans de nombreuses régions d'Afrique subsaharienne, la transformation et la commercialisation du poisson d'élevage sur le marché national sont entre les mains de femmes. Les efforts visant à améliorer la transformation et la commercialisation dans le secteur aquacole devraient par conséquent être axés sur les femmes. L'aide devrait mettre l'accent sur: i) les crédits permettant l'expansion et l'amélioration de leurs activités, ii) la formation visant à renforcer leurs compétences dans le domaine de la transformation et de la commercialisation (techniques améliorées de fumage et de séchage, incitation à utiliser de la glace, etc.) et iii) la formation dans le domaine de la comptabilité et de la gestion de base.
A. Conclusions
59. L'aquaculture en Afrique subsaharienne fait l'objet d'un intérêt croissant depuis une dizaine d'années. L'aquaculture commerciale impliquant des méthodes semi-intensives et intensives gagne peu à peu du terrain. En ce qui concerne les pisciculteurs, on observe une tendance croissante à l'utilisation d'aliments composés, à l'augmentation des densités de repeuplement et à la hausse des rendements par hectare.
60. Le tilapia, le poisson-chat et la carpe sont les principaux poissons d'élevage en Afrique subsaharienne. La crevette d'élevage (P. monodon, P. indicus) revêt également une importance commerciale non négligeable. Les projets d'aquaculture mis en place dans la région essaient de concentrer les établissements dans des lieux stratégiques avantageux, ce qui permet des économies d'échelle aux stades de la production et de la transformation, ainsi qu'une efficacité accrue des approvisionnements (frai, aliments et autres intrants). L'expérience montre que les établissements piscicoles doivent être situés près des centres urbains qui permettent un accès facile aux marchés. Il convient donc d'évaluer les bénéfices sociaux liés aux établissements d'aquaculture éloignés et isolés par rapport aux inconvénients économiques.
61. Comme les économies de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne continuent à se dégrader, le pouvoir d'achat des consommateurs ne cesse de se détériorer, ce qui a des répercussions négatives sur la demande de poisson d'élevage au niveau national. La majorité des consommateurs d'Afrique subsaharienne délaissent désormais le poisson d'élevage au profit de produits moins chers tels que la sardine - kapenta, dagaa (dans les pays d'Afrique orientale et australe) ou la sardinelle, l'anchois et le maquereau (pour les pays d'Afrique occidentale et centrale). Les marchés nationaux du tilapia d'élevage demeurent satisfaisants dans la région. Par contraste, les producteurs de crevette d'élevage visent généralement les marchés d'exportation.
62. Pour que le secteur de l'aquaculture puisse véritablement prendre son essor, voire s'intensifier, en Afrique subsaharienne, il faut qu'il existe de réels débouchés. En ce qui concerne les marchés nationaux, la proximité des établissements piscicoles par rapport aux centres urbains et un accès facile à ces centres sont des éléments fondamentaux. En ce qui concerne les marchés d'exportation, il est indispensable d'étudier minutieusement les disponibilités en matière de fret aérien ou d'autres types d'affrètement avant toute décision d'investissement. La qualité du produit, la régularité des approvisionnements, une production particulièrement efficace sont autant d'éléments essentiels pour garantir le succès d'un projet d'aquaculture.
B.1 À l'intention des gouvernements:
63. Afin de stimuler les investissements privés dans le secteur de l'aquaculture en Afrique subsaharienne, le climat d'investissement devrait être suffisamment porteur pour attirer des capitaux étrangers et nationaux. Par conséquent, les codes d'investissement devraient prévoir plusieurs types de mesures d'incitation à l'investissement telles que: i) un statut d'exonération d'impôt pour les biens d'équipement; ii) une exonération d'impôt pour les pisciculteurs commerciaux pouvant s'appliquer jusqu'aux cinq premières années d'activité, iii) le remboursement des taxes sur les bénéfices des sociétés; iv) le rapatriement des devises et v) des quotas d'immigration pour les techniciens expatriés.
64. Afin de faciliter les exportations, les pays d'Afrique subsaharienne doivent négocier des protocoles d'accord commerciaux bilatéraux avec les marchés d'exportation potentiels. Le cas échéant, les gouvernements sont encouragés à définir des positions communes dans le cadre de négociations commerciales multilatérales.
B.2 À l'intention du secteur aquacole:
65. La stratégie de production doit être conçue de façon à garantir la régularité des approvisionnements. Cela est encore plus vrai pour les producteurs qui ciblent les marchés d'exportation. Outre les prix et la qualité, la régularité des approvisionnements est importante pour les importateurs. Quant à la stratégie de production des producteurs axés sur le marché national, elle devrait être conçue de façon à ce que la récolte corresponde à la "campagne de soudure".
66. Pour que les pisciculteurs participent activement au jeu de la concurrence sur les marchés nationaux et d'exportation, il est nécessaire de respecter des normes de qualité strictes. La glace doit être utilisée pendant toutes les opérations, de la récolte à la transformation, en passant par la manipulation. Les caractéristiques du produit et sa présentation sont des facteurs de vente importants sur les marchés d'exportation.
67. Dans des pays d'Afrique subsaharienne comme la Mauritanie et la Namibie, les capacités limitées du fret aérien entravent le développement des exportations de poisson frais. Parmi tous les pays étudiés, c'est au Mozambique, à Madagascar, au Zimbabwe et en Zambie que les liaisons aériennes directes avec l'Union européenne et les États-Unis sont le moins développées.
68. L'expérience des élevages de crevette malgache et de tilapia zimbabwéen montre que l'association de partenaires extérieurs est non seulement bénéfique aux établissements piscicoles d'un point de vue technique, mais qu'elle permet également d'avoir un accès facile aux marchés d'exportation. Ces établissements piscicoles vendent leurs produits aux pays de l'Union européenne et au Japon en s'appuyant sur des réseaux déjà établis par leurs partenaires. Chaque fois que possible, les pisciculteurs potentiels devraient rechercher un partenariat technique et commercial.
69. Les membres de la consultation sont invités à: