1. Alimentation, agriculture et s�curit� alimentaire: �volution depuis la Conf�rence mondiale de l'alimentation et perspectives


Documents d'information technique 1-5
Volume 1

FAO, 1996


1. Introduction

1.1 La Conf�rence mondiale de l�alimentation de 1974 s�est tenue l�ann�e m�me o� les co�ts des c�r�ales, qui avaient subi de fortes hausses l�ann�e pr�c�dente, culminaient sur les march�s mondiaux. Trois ans plus tard, ils �taient retomb�s au-dessous des niveaux de 1970 et �taient m�me les plus bas jamais enregistr�s depuis 1950.

1.2 La crainte g�n�rale exprim�e � l��poque, � savoir que le monde �tait entr� dans une �re nouvelle o� la croissance de la production aurait du mal � suivre la progression de la demande dans un contexte de prix stationnaires, se r�v�lait infond�e. Bien plus, le d�but des ann�es 70 marqua une �poque d�ult�rieures diminutions des cours mondiaux des produits alimentaires. Disons qu�on en �tait revenu � consid�rer le probl�me alimentaire mondial pour ce qu�il avait toujours �t�: l�incapacit� de la demande solvable d�une population insuffisamment nourrie � augmenter dans la mesure voulue pour que la consommation s��tablisse � des niveaux compatibles avec l��limination de l�ins�curit� alimentaire et de la sous-alimentation. En d�autres termes, l��volution enregistr�e dans les ann�es qui ont suivi la Conf�rence mondiale de l�alimentation a montr� que le monde dans son ensemble avait le potentiel n�cessaire, si la demande avait augment� plus vite, pour accro�tre la production (� des prix n�augmentant pas) plus vite m�me qu�il ne l�a fait.

1.3 Ces d�veloppements ont mis au rancart, du moins provisoirement, l�interpr�tation n�omalthusienne selon laquelle la production mondiale n��tait pas capable de cro�tre suffisamment vite pour satisfaire la demande solvable de produits alimentaires d�une population mondiale en expansion. La notion selon laquelle le probl�me alimentaire mondial n��tait pas un probl�me de production mais de demande et/ou de distribution gagnait du terrain. Toutefois, cette notion brouille les id�es plus qu�elle ne les clarifie et elle peut induire en erreur pour ce qui est des r�ponses politiques appropri�es. S�il en est ainsi, c�est parce qu�elle repose sur le paradigme des soci�t�s avanc�es, o� la demande et l�offre de produits alimentaires sont clairement s�par�es. Dans lesdites soci�t�s, le gros de la demande alimentaire provient de personnes qui tirent leurs revenus d�activit�s autres que la production vivri�re. Les agriculteurs et leurs revenus ne repr�sentent qu�une infime proportion de la demande totale de produits alimentaires, et l�acc�s aux vivres import�s n�est pas un probl�me. Dans un tel contexte, il est juste de penser que les probl�mes de s�curit� alimentaire, s�il en existe, ont pour cause une croissance insuffisante de la demande et ne sont pas un probl�me de production. Dans la plupart des pays � faible revenu o� l�essentiel de la population vit de l�agriculture et o� il n�y a pas de nette s�paration entre la demande et l�offre de produits alimentaires, les choses se pr�sentent diff�remment. Ici, la faible croissance de la demande refl�te celle des revenus de l�essentiel de la population, qui justement est tributaire de la croissance de l�agriculture elle-m�me. Comme le probl�me de l�ins�curit� alimentaire se pose surtout dans ces pays, il est juste de dire qu�il s�agit d�un probl�me de production, m�me si les march�s mondiaux ne r�percutent pas ce probl�me sous la forme de hausses de prix.

1.4 En conclusion, aussi longtemps que la forte incidence de l�ins�curit� alimentaire et de la malnutrition, et cela pr�cis�ment dans les pays � faibles disponibilit�s alimentaires par habitant fortement tributaires de l�agriculture, constituera l�essentiel m�me du probl�me alimentaire mondial il ne pourra y avoir � ce probl�me de r�ponses politiques appropri�es qui ne comportent pas une bonne dose de mesures visant � am�liorer le d�veloppement agricole et rural de mani�re � accro�tre tant la demande que l�offre des produits vivriers dans ces pays m�mes ou, tout au moins, pas � ce stade de leur d�veloppement. Les donn�es du tableau 4 permettent de se faire une id�e des pays qui conjuguent ces caract�ristiques, c�est-�-dire une forte proportion de ruraux dans la population totale et l�insuffisance des disponibilit�s alimentaires par habitant. Les pays appartenant � cette cat�gorie se trouvent d�une mani�re g�n�rale dans le quart sup�rieur gauche du tableau.

1.5 Le pr�sent document, n�cessairement tr�s bref, se borne � d�crire l��volution de la situation de la s�curit� alimentaire dans le monde au cours des trois d�cennies �coul�es (section 2) et � mettre en lumi�re les principaux facteurs auxquels on peut attribuer les succ�s et les �checs rencontr�s (section 3). Il se poursuit avec une description de ce que pourrait �tre cette �volution au cours de la p�riode allant jusqu�en 2010, en fournissant le minimum de d�tails n�cessaire pour mettre en �vidence les trajectoires possibles des variables cl�s (sections 4 et 5). Enfin, se concentre sur quelques probl�mes touchant la durabilit� et l�environnement du point de vue de la recherche de r�ponses viables au probl�me de la s�curit� alimentaire mondiale (section 6).

1.6 Le pr�sent document fait partie d�une s�rie de documents techniques de base �tablis pour le Sommet mondial de l�alimentation. Il ne traite pas de mani�re exhaustive des multiples dimensions de la probl�matique de la s�curit� alimentaire, ni n�en �puise les aspects qu�il prend en consid�ration. Un travail plus complet peut �tre trouv� dans les 500 pages de l��tude FAO intitul�e Agriculture mondiale: Horizon 2010 (WAT2010) (FAO 1995), tandis qu�un examen et une analyse des diff�rentes questions abord�es peuvent �tre trouv�s dans les autres documents techniques de base.


2. Historique et situation actuelle

�volution de la situation de la s�curit� alimentaire � travers le temps

2.1 Pour retracer l��volution de la situation alimentaire dans le temps, on peut utiliser deux variables interd�pendantes:

2.2 Le cadre temporel utilis� ici pour retracer l��volution historique de la situation de la s�curit� alimentaire tient compte de deux facteurs:

2.3 Enfin, il convient de noter que, tout au long de la p�riode � l�examen, la rapide croissance d�mographique des pays en d�veloppement et la tr�s faible progression de la population des pays d�velopp�s ont eu pour effet que 88 pour cent de l�accroissement de la population mondiale au cours des trois derni�res d�cennies ont int�ress� les pays en d�veloppement et que la part des pays en d�veloppement dans la population mondiale est pass�e de 68 pour cent en 1961-1963 � 77 pour cent en 1990-1992. Ce qui est plus important du point de vue de l��volution de la situation de la s�curit� alimentaire, ce sont les changements enregistr�s dans le nombre des personnes vivant dans des pays disposant de niveaux diff�rents d�approvisionnements alimentaires par habitant. Les donn�es du tableau 2 montrent cette �volution, tandis que le tableau 3 fournit des estimations montrant comment l�incidence de la malnutrition chronique a �volu� dans les diff�rentes r�gions en d�veloppement.

Faits ayant abouti � la Conf�rence mondiale de l�alimentation

La situation 10 ans avant la Conf�rence mondiale de l�alimentation

2.4 Au d�but des ann�es 60, les disponibilit�s par habitant existant dans le monde pour la consommation alimentaire directe �taient de 2 300 Calories par jour tr�s in�galement distribu�es: 3 030 Calories en moyenne pour les pays d�velopp�s et 1 960 Calories seulement pour les pays en d�veloppement (tableau 1). La plupart des pays d�velopp�s avaient des disponibilit�s alimentaires par habitant d�environ 3 000 Calories par jour mais avec quelques exceptions notables, comme certains pays de l�Europe du Sud. Une poign�e seulement de pays en d�veloppement pouvaient compter sur 2 500 Calories par jour de disponibilit�s alimentaires par habitant et environ 100 millions de personnes seulement (5 pour cent de la population des pays en d�veloppement) vivaient dans ces pays (tableau 2). L�essentiel de la population des pays en d�veloppement (1,6 milliard, 75 pour cent du total) se trouvait dans des pays ayant moins de 2 100 Calories par jour, et la moyenne n��tait que de 1 835 Calories. Il n�y avait � l��poque que trois pays en d�veloppement ayant une population de plus de 100 millions d�habitants (Chine, Inde et Indon�sie, qui totalisaient 1,2 milliard d�habitants) et tous les trois se trouvaient dans la cat�gorie disposant de moins de 2 100 Calories. La moyenne de 1 835 Calories par jour dont disposaient les 1,6 milliard d�habitants de ces pays est � peine sup�rieure au niveau de 1,55 du m�tabolisme de base utilis� pour d�finir la sous-alimentation chronique. Il s�ensuit que, m�me en supposant que la distribution des approvisionnements alimentaires disponibles dans ces pays n�ait pas �t� excessivement in�gale, la majorit� de leur population ne pouvait avoir acc�s qu�� une quantit� de nourriture inf�rieure au seuil de la malnutrition chronique. Ainsi, m�me sans estimation de l�incidence de la malnutrition chronique � l��poque, on peut d�duire qu�au d�but des ann�es 60 elle doit avoir �t� tr�s r�pandue et avoir touch� une forte proportion, peut-�tre sup�rieure � 50 pour cent, de la population des pays en d�veloppement.

Tableau 1

Tableau 2

Encadr� 1

Disponibilit�s alimentaires par habitant utilisables pour la consommation humaine directe: la variable qui permet de diagnostiquer l��tendue de l�ins�curit� alimentaire

Les approvisionnements alimentaires disponibles pour la consommation humaine directe, dont il est question dans les bilans alimentaires, sont estim�s sur la base des rapports nationaux contenant des donn�es sur la production et le commerce des produits alimentaires d�o� il ressort in�vitablement que, pour plusieurs d�entre eux, les disponibilit�s alimentaires par habitant sont totalement insuffisantes pour assurer une bonne nutrition. Les param�tres de cette derni�re sont bien connus, m�me s�ils pr�tent � controverse. En premier lieu figure la disponibilit� �nerg�tique alimentaire (DEA) n�cessaire au fonctionnement du corps humain (respiration, circulation sanguine, etc.), abstraction faite de tout mouvement ou activit�. C�est ce que l�on appelle le m�tabolisme de base (MB). Elle est g�n�ralement de l�ordre de 1 300 � 1 700 Calories par jour pour des adultes de diff�rentes conditions (�ge, sexe, hauteur, poids corporel). On prend la structure �ge/sexe et des poids corporels des populations adultes des diff�rents pays en d�veloppement pour calculer le MB national moyen. En ajoutant ce qui est n�cessaire � la croissance des enfants, on estime, en moyenne nationale, la quantit� d��nergie qui doit �tre absorb�e par personne lorsque toute la population se trouve au repos, ou �au lit� comme l�entendent les nutritionnistes.

Si l�on y ajoute une autre quantit� pour une activit� l�g�re, estim�e � environ 55 pour cent du MB, on obtient une fourchette comprise entre 1 720 et 1 960 Calories par personne par jour pour les diff�rents pays en d�veloppement. Il s�ensuit que les groupes de population dans lesquels un individu moyen dispose d�un apport inf�rieur � ce niveau (le seuil) sont sous-aliment�s parce qu�ils ne mangent pas suffisamment pour conserver leur sant� et leur poids corporel et pour se livrer � une activit� l�g�re. Le r�sultat se traduit par une incapacit� physique et mentale, caract�ristique que les enqu�tes anthropom�triques mettent en �vidence.

Si l�on ajoute � ce seuil une ration �quivalant � une activit� mod�r�e, on obtient une estimation des besoins moyens nationaux qui se situe, pour les diff�rents pays en d�veloppement, dans une fourchette comprise entre 2 000 et 2 310 Calories par personne par jour. Th�oriquement, un pays ayant une DEA par habitant correspondant aux besoins moyens nationaux n�aura aucun probl�me de sous-alimentation � condition que l�offre alimentaire totale allant � chaque personne corresponde exactement � ses besoins respectifs. Ce n�est toutefois jamais le cas; certaines personnes consomment (ou ont acc�s �) plus de nourriture que ne n�cessiteraient leurs besoins personnels1 pour une activit� mod�r�e, et d�autres personnes moins. Il faut donc pr�voir une marge permettant d�obtenir une estimation des disponibilit�s moyennes telle qu�une quantit� suffisante de nourriture revienne aux personnes qui se trouvent au bas de la distribution, car celles qui se trouvent aux �chelons plus �lev�s consommeront par d�finition plus que la quantit� correspondant � une activit� mod�r�e. Des donn�es obtenues empiriquement laissent � penser que, m�me avec des niveaux d�in�galit� mod�r�s (un coefficient de variation de 0,2, signifiant que la diff�rence moyenne de l�apport alimentaire des personnes � �cart type � est de 20 pour cent par rapport � la moyenne nationale), il faut augmenter de pr�s de 28 pour cent les besoins moyens nationaux pour tenir compte de ce facteur d�in�galit� et faire en sorte que pratiquement personne n�ait un apport alimentaire inf�rieur au niveau-seuil. Cela porte le besoin moyen ajust� � un chiffre compris entre 2 600 et 2 950 Calories pour les diff�rents pays en d�veloppement, suivant le seuil correspondant � la structure d�mographique (�ge/sexe/poids corporel) pour 1990-1992.

Ces chiffres, ou normes, sont par cons�quent une premi�re indication quand il s�agit d��valuer l��tendue de cette dimension cl� de l�ins�curit� alimentaire, c�est-�-dire l�ad�quation ou non des disponibilit�s alimentaires. De fait, la DEA est, comme il a �t� dit ailleurs (FAO, 1996), la principale variable utilis�e pour obtenir des estimations de l�incidence de la sous-alimentation. De nombreux pays se situent en dessous de la norme du besoin moyen ajust�, et dans bien des cas, avec une marge consid�rable. Donc, m�me si l�on ne savait rien de plus concernant l�incidence de la sous-alimentation, on est in�vitablement port� � conclure que cette incidence, qui est de moyenne � �lev�e ou tr�s �lev�e selon les pays, ne peut �tre que significative m�me quand l�in�galit� des conditions d�acc�s � la nourriture est peu marqu�e. Les progr�s � faire pour r�duire ou pour �liminer la sous-alimentation doivent se traduire, en premier lieu, par une augmentation de la DEA par habitant. Naturellement, cela ne revient pas � dire que la DEA est en soi une variable fondamentale sur laquelle il est possible d�agir directement. Mais des modifications de cette variable r�v�lent v�ritablement la direction et l�ampleur de tout mouvement allant dans le sens d�une am�lioration ou d�une aggravation de la s�curit� alimentaire.

Il convient, � ce propos, de mentionner la question maintes fois soulev�e du degr� de fiabilit� des bilans alimentaires qui, dans bien des cas, font appara�tre de tr�s faibles disponibilit�s alimentaires. La r�ponse est la suivante: ces bilans sont aussi fiables que les donn�es primaires fournies par les pays concernant la production et les �changes. Ce sont ces donn�es qui sont trait�es sous forme de bilans alimentaires pour obtenir les indicateurs des disponibilit�s alimentaires par habitant utilis�s ici. Les donn�es primaires �tant ce qu�elles sont, il est logique et in�vitable de conclure que beaucoup de pays se trouvent dans une situation difficile du point de vue de la s�curit� alimentaire.


1 Y compris ceux qui se livrent � de gros travaux; par exemple, un homme appartenant � cette cat�gorie a besoin de 3 500 Calories par jour.

2.5 A l��poque, les importations de c�r�ales en provenance des pays d�velopp�s n��taient pas encore ce qu�elles sont aujourd�hui. L�autosuffisance c�r�ali�re des pays en d�veloppement �tait �lev�e (97 pour cent), mais au prix d�une tr�s faible consommation. Les importations nettes �taient de 18 millions de tonnes (environ 2 pour cent de leur consommation de c�r�ales, soit 8,4 kg par personne pour une population de 2,1 milliards; ces chiffres sont aujourd�hui de 89 millions de tonnes, soit 9 pour cent de la consommation et 22 kg par habitant pour une population de 4 milliards).

Evolution de la situation jusqu�au d�but des ann�es 70

2.6 Dix ans plus tard, dans les pays en d�veloppement, la situation s��tait quelque peu am�lior�e mais pas de beaucoup, la moyenne des disponibilit�s alimentaires par habitant �tant pass�e de 1 965 � 2 135 calories par jour. C�est une p�riode au cours de laquelle la consommation alimentaire a �galement augment� assez rapidement dans les pays d�velopp�s, dont les disponibilit�s alimentaires par habitant ont, proportionnellement, augment� autant que dans les pays en d�veloppement alors qu�ils �taient partis de 3 030 Calories au d�but des ann�es 60. L��cart entre les disponibilit�s alimentaires par habitant de ces deux groupes de pays s�est donc maintenu aux environs de 1 000 Calories par jour, ce qui est �norme si l�on consid�re que cette variable ne devrait normalement pas, pour des raisons physiologiques, d�border d�une fourchette comprise entre 1 700 et 3 500 Calories par jour pour ce qui concerne les moyennes nationales.

2.7 Que les progr�s accomplis dans les pays en d�veloppement n�aient �t� que marginaux, c�est ce que l�on peut constater aussi quand on voit que le nombre de personnes vivant dans les pays disposant de moins de 2 100 Calories par jour est pass�e � 1,75 milliard. La Chine, l�Inde et l�Indon�sie � qui �taient encore les trois seuls pays ayant une population de plus de 100 millions d�habitants � se trouvaient encore dans cette cat�gorie. Les estimations de l�incidence de la malnutrition pour 1969-1971, sur la base du seuil de 1,55 fois le m�tabolisme de base, indiquent que 35 pour cent (900 millions de personnes) de la population des pays en d�veloppement �taient class�s chroniquement sous-aliment�s.

2.8 La possibilit� qu�avaient les pays en d�veloppement d�importer des vivres des pays d�velopp�s �tait encore extr�mement restreinte, l�autosuffisance en c�r�ales pour 1969-1971 �tant toujours de 96 pour cent, les importations nettes �taient � peine sup�rieures � celles du d�but des ann�es 60 (20 millions de tonnes) et, calcul�es par habitant, �taient en r�alit� inf�rieures (7,7 kg).

�volution de la situation depuis la Conf�rence mondiale de l�alimentation: pays en d�veloppement

Les ann�es 70

2.9 Pour plusieurs pays en d�veloppement et pour trois des cinq r�gions, les ann�es 70 ont �t� une d�cennie d�am�lioration, au cours de laquelle les progr�s ont �t� plus rapides que pendant les ann�es 60 ou pendant la d�cennie suivante des ann�es 80 (tableau 1). Les disponibilit�s alimentaires par habitant ont augment� et certains pays en d�veloppement ont franchi la barre des niveaux moyens � �lev�s. L�incidence de la malnutrition chronique est descendue de 35 � 27 pour cent de la population, m�me si elle est rest�e obstin�ment �lev�e en chiffres absolus parce que la population totale a augment�. Parmi les pays comptant plus de 100 millions d�habitants, seule l�Inde n�a enregistr� qu�une faible augmentation de ses disponibilit�s alimentaires par habitant. Par contre, tant la Chine que l�Indon�sie ont sensiblement progress�, et cela surtout dans la seconde moiti� des ann�es 70. Le Br�sil, dont la situation s�est aussi am�lior�e, est venu s�ajouter, � la fin des ann�es 70, aux pays ayant plus de 100 millions d�habitants.

2.10 Toutefois, les ann�es 70 ont �t� la d�cennie au cours de laquelle la diff�renciation entre pays et r�gions en d�veloppement, d�j� �vidente dans les ann�es 60, s�est accentu�e. Les disponibilit�s alimentaires par habitant ont stagn� � de tr�s bas niveaux en Asie du Sud. Elles ont m�me baiss� en Afrique subsaharienne, les reculs enregistr�s dans certains grands pays de la r�gion n�ayant �t� que partiellement compens�s par des gains dans quelques petits pays (par exemple C�te d�Ivoire, Gabon et Maurice). En revanche, les moyennes se sont notablement am�lior�es dans les trois autres r�gions, Proche-Orient/Afrique du Nord, Am�rique latine/Cara�bes et Asie de l�Est m�me si, dans cette derni�re, les disponibilit�s alimentaires par habitant �taient encore de faibles � moyennes � la fin des ann�es 70. Enfin, certains pays n�ont fait aucun progr�s et sont rest�s � de tr�s faibles niveaux ou ont enregistr� des reculs, m�me dans les r�gions mieux performantes: Afghanistan et Y�men pour ce qui concerne le Proche-Orient/Afrique du Nord; Bolivie, Ha�ti, Honduras et P�rou en Am�rique latine/Cara�bes et Cambodge et Viet Nam en Asie de l�Est.

2.11 Mais, ce qui peut-�tre distingue les ann�es 70 des d�cennies qui les ont pr�c�d�es et suivies c�est le fait qu�une partie de l�am�lioration des disponibilit�s alimentaires par habitant des pays en d�veloppement a �t� assur�e par la rapide croissance des importations alimentaires en provenance des pays d�velopp�s. Les importations nettes de c�r�ales ont plus que tripl� entre 1969-1971 et 1979-1981, passant � 67 millions de tonnes, et l�autosuffisance est tomb�e de 96 � 91 pour cent. En pratique, plus de 20 pour cent de l�accroissement de la consommation apparente de c�r�ales dans les pays en d�veloppement doivent �tre attribu�s � la croissance des importations nettes.

Les ann�es 80

2.12 L�am�lioration des disponibilit�s alimentaires par habitant dans les pays en d�veloppement pris dans leur ensemble s�est poursuivie rapidement jusque vers le milieu des ann�es 80, et plus lentement par la suite. L�Afrique subsaharienne a encore recul�. L�Am�rique latine/Cara�bes n�a pratiquement fait aucun nouveau progr�s et la r�gion Proche-Orient/Afrique du Nord n�a que modestement progress�, historiquement parlant. En revanche, les progr�s se sont poursuivis en Asie de l�Est et, surtout, � la fin des ann�es 80 l�Asie du Sud a rejoint les r�gions en voie d�am�lioration car tant l�Inde que le Pakistan ont franchi la barre des 2 000-2 200 Calories, pour passer � 2 300 Calories. Les donn�es des bilans alimentaires provisoires allant jusqu�� 1994 indiquent que de nouveaux accroissements ont �t� r�alis�s dans ces deux pays. Les progr�s r�alis�s en Asie, la r�gion la plus populeuse du globe puisqu�elle compte 2,8 milliards d�habitants (70 pour cent du total des pays en d�veloppement), ont suffi pour faire avancer les indicateurs utilis�s ici. L�incidence de la malnutrition chronique a elle aussi recul� puisqu�elle ne touche plus que 20 pour cent de la population mais, en chiffres absolus, la progression est faible (tableau 3). La tendance des ann�es 70 � une rapide croissance des importations alimentaires des pays en d�veloppement ne s�est pas maintenue dans les ann�es 80. Elles ont atteint 89 millions de tonnes en 1989-1991 (22 kg par habitant) mais l�autosuffisance est rest�e de 91 pour cent, ce qu�elle �tait 10 ans plus t�t.

Tableau 3

2.13 Les ann�es 80 ont �t� marqu�es par deux nouveaut�s appr�ciables concernant les modalit�s de croissance de la production alimentaire mondiale: apr�s le milieu des ann�es 80, la production c�r�ali�re mondiale globale a progress� beaucoup plus lentement qu�auparavant et, du point de vue de la production par habitant, a m�me diminu� par rapport au pic d�un peu plus de 340 kg atteint au milieu des ann�es 80; la production mondiale des p�cheries de capture (poisson, crustac�s, mollusques, etc.) est descendue entre 1989 et 1993 de 89 millions de tonnes � 84-86 millions de tonnes, mais est remont�e � 90 millions de tonnes en 1994. Si le ralentissement de la production c�r�ali�re mondiale est le r�sultat de certains facteurs transitoires (examin�s plus loin), la stagnation des p�cheries de capture n�est pas temporaire mais tient � certaines caract�ristiques structurelles profondes de la ressource et � la mani�re dont elle est exploit�e, laquelle a beaucoup � voir avec les r�gimes d�acc�s libre ou semi-libre qui pr�valent dans ce secteur. Toutefois, les reculs enregistr�s dans le domaine des p�ches de capture par rapport � leur pic de 1989 ont �t� dans une grande mesure compens�s par des accroissements de la production aquacole qui, ces 10 derni�res ann�es, a ajout� chaque ann�e pr�s de 1 million de tonnes � la production globale de poisson. En fin de compte, la production cumul�e des p�ches de capture et de l�aquaculture a �t� plus �lev�e en 1994 (110 millions de tonnes) qu�en 1989 (100 millions de tonnes).

La premi�re moiti� des ann�es 90

2.14 Au moment o� nous r�digeons ces lignes (milieu de 1996), la situation de la s�curit� alimentaire mondiale se caract�rise par un �quilibre serr� de l�offre et de la demande sur les march�s c�r�aliers mondiaux, des stocks en baisse, des cours �lev�s et un fl�chissement des flux de l�aide alimentaire. Les difficult�s que cette situation entra�ne pour les pays � faible revenu, dont la consommation d�pend pour une part appr�ciable des denr�es import�es, sont �videntes, surtout quand l�aide alimentaire ou autres importations � conditions de faveur jouent un r�le important. Les pr�visions actuelles concernant les r�coltes mondiales de 1996 indiquent que celles-ci arriveront � satisfaire la consommation de l�an prochain mais ne sont pas suffisamment abondantes pour reconstituer les stocks. La situation restera donc sensible � de nouveaux chocs, ce qui signifie que pour les pays � faible revenu importateurs de produits alimentaires l�environnement commercial mondial restera � risque.

2.15 Les d�veloppements de ces derni�res ann�es, particuli�rement les baisses de la production mondiale de c�r�ales par habitant, doivent cependant �tre interpr�t�s avec prudence, car tous ne sont pas le signe d�un renversement permanent des tendances. Ils sont en effet, dans une mesure consid�rable, le r�sultat d�une convergence de circonstances particuli�res: baisses de production enregistr�es dans les pays de l�ex-Union des r�publiques socialistes sovi�tiques (URSS) (la production moyenne de la p�riode triennale 1993-1995 a �t� de 151 millions de tonnes, contre 184 millions de tonnes pour la moyenne triennale pr�c�dente 1990-1992); r�formes entreprises dans les grands pays exportateurs et abandon des politiques qui, par le pass�, avaient g�n�ralement engendr� des exc�dents quasi structurels (la production de l�Union europ�enne des 15 a �t� de 178 millions de tonnes en 1993-1995, contre 188 millions de tonnes en 1990-1992), co�ncidant avec des baisses de production dues aux conditions m�t�orologiques (la production des Etats-Unis a �t� de 295 millions de tonnes en 1993-1995 contre 312 millions de tonnes en 1990-1992, chiffres qui englobent la production de riz usin�). Parmi ces diff�rents facteurs, le seul qui annonce un renversement permanent des tendances historiques qui, par le pass�, ont pr�serv� un facile �quilibre des march�s c�r�aliers mondiaux, pourrait �tre les r�formes politiques qui ont mis fin � la production d�exc�dents quasi structurels dans les grands pays exportateurs. Dans les conclusions qui figurent � la fin du pr�sent document, l�examen de ces r�cents d�veloppements est repris dans un contexte � plus long terme.

Stabilit� et durabilit� des progr�s accomplis dans le domaine de la s�curit� alimentaire

2.16 A c�t� des nombreux pays en d�veloppement qui n�ont pas fait beaucoup de progr�s pour faire passer les disponibilit�s alimentaires par habitant au-dessus de 1 900 � 2 200 Calories ou qui ont m�me recul� en chiffres nets, il y a ceux qui ont fait des progr�s appr�ciables � un stade ou � un autre de leur d�veloppement mais n�ont pas pu pr�server leurs avanc�es. Ce qui distingue peut-�tre les pays d�velopp�s des pays en d�veloppement, c�est que ces derniers n�ont pas la r�silience qu�il faudrait pour conserver les progr�s accomplis en mati�re de disponibilit�s alimentaires par habitant lorsqu�ils sont soumis � des chocs (en pr�sence de guerres ou de conditions analogues) ou lorsque se produisent des catastrophes �conomiques plus profondes. Comme la part du revenu total consacr�e � la nourriture dans ces pays est importante, les �ventuelles baisses de revenu se traduisent par des r�ductions de la demande de produits alimentaires. En outre, les p�nuries alimentaires et les hausses de prix se traduisent aussi par des baisses sensibles des revenus, ce qui enclenche un cercle vicieux.

Vue d�ensemble des taux de croissance de la production alimentaire et des importations c�r�ali�res nettes des pays en d�veloppement

2.17 Beaucoup de pays en d�veloppement ne sont pas arriv�s � augmenter leur production alimentaire par habitant au cours de la p�riode qui a suivi la Conf�rence mondiale de l�alimentation, la majorit� d�entre eux enregistrant m�me des baisses nettes au cours de la p�riode allant de 1972 � 1992. Les taux de croissance de la production alimentaire par habitant dans les diff�rents pays pendant cette p�riode sont indiqu�s entre parenth�ses dans le tableau 4. La fr�quence �lev�e de taux de croissance n�gatifs dans les pays fortement tributaires de l�agriculture et caract�ris�s par de faibles disponibilit�s alimentaires par habitant est manifeste (quart sup�rieur gauche du tableau 4). Dans le m�me temps, rares sont ceux de ces pays qui ont �t� en mesure de compenser les fl�chissements de la production par des importations alimentaires, comme le montre le volume g�n�ralement faible des importations nettes de c�r�ales par habitant (aide alimentaire comprise), qui figure �galement entre parenth�ses dans le tableau 4.

Tableau 4

2.18 Au cours de la p�riode qui a suivi la Conf�rence mondiale de l�alimentation, les accroissements de production enregistr�s pour les principales cultures vivri�res, en particulier le bl�, le soja et dans une moindre mesure le ma�s, ont �t� surtout dus � l�augmentation des rendements, mais les accroissements de production ont �t� beaucoup plus lents pour ce qui concerne les autres c�r�ales secondaires cultiv�es en r�gime pluvial. Les donn�es pertinentes figurent dans le tableau 9, accompagn�es de projections. On trouvera �galement dans le tableau 12 les chiffres relatifs � l�augmentation des rendements dans un certain nombre de pays. Comme on le verra plus loin, les diff�rences de rendements entre pays se sont creus�es au cours de la p�riode qui a suivi la Conf�rence mondiale de l�alimentation, car ceux qui �taient mieux dot�s en ressources ont fait des progr�s rapides, ce qui a �t� rarement le cas des pays qui avaient entam� les ann�es 70 avec de tr�s faibles rendements.

�volution g�n�rale dans les pays d�velopp�s

2.19 Comme il a �t� dit plus haut, les pays d�velopp�s dans leur ensemble ont amorc� les ann�es 60 avec un peu plus de 3 000 Calories de disponibilit�s alimentaires par habitant. A ce niveau, les probl�mes de s�curit� alimentaire du type de ceux qui affligeaient les pays en d�veloppement, c�est-�-dire ceux qui tiennent � une mis�re g�n�ralis�e et qui se traduisent par de tr�s faibles disponibilit�s alimentaires par habitant, ne devaient pas rev�tir de dimensions consid�rables. Pour conclure, ces pays en tant que groupe avaient d�j� atteint, 10 ans avant la Conf�rence mondiale de l�alimentation, le stade o� les disponibilit�s alimentaires globales sont suffisantes pour assurer � tous un r�gime alimentaire caract�ris� par un apport �nerg�tique satisfaisant. Il y avait encore largement place pour une diversification des aliments de base et l�adoption des r�gimes alimentaires caract�ristiques des soci�t�s nanties. C�est d�ailleurs le chemin qu�ont suivi les pays d�velopp�s en tant que groupe.

2.20 Il convient de noter toutefois que, m�me si les disponibilit�s alimentaires par habitant des pays d�velopp�s dans leur ensemble �taient suffisantes, il n�en restait pas moins, probablement, alors comme aujourd�hui, des poches de pauvret� et de s�curit� alimentaire insuffisante et certains pays class�s comme d�velopp�s, principalement dans le sud de l�Europe, avaient des disponibilit�s alimentaires par habitant encore bien inf�rieures � 3 000 Calories par jour. Ce second probl�me existe encore aujourd�hui, ou est m�me plus prononc� encore dans certains pays � �conomie de transition, notamment dans certains Etats de la partie asiatique de la Communaut� des Etats ind�pendants (CEI). De fait, la toute r�cente classification des Nations Unies (dans l��valuation d�mographique de 1994) situe huit des R�publiques issues de l�ex-URSS parmi les r�gions peu avanc�es.

2.21 La tendance des pays en d�veloppement � devenir de grands importateurs nets de c�r�ales, particuli�rement dans les ann�es 70, a trouv� son pendant dans l�orientation croissante � l�exportation de la production c�r�ali�re des grands pays d�velopp�s exportateurs d�Am�rique du Nord et d�Oc�anie. Cette sch�matisation s�est accentu�e avec la formation, par les pays anciennement � �conomie planifi�e, d�un nouveau groupe grand importateur net, cependant que le Japon augmentait lui aussi rapidement ses importations nettes. C�est ainsi qu�entre 1969-1971 et 1979-1981 la production c�r�ali�re de l�Am�rique du Nord et de l�Australie a augment� de 105 millions de tonnes (41 pour cent), dont 95 millions de tonnes sont all�es accro�tre leurs exportations nettes. La production c�r�ali�re de l�Australie a plus que tripl�.

2.22En m�me temps, l�Europe de l�Ouest appliquait des politiques de soutien visant � accro�tre sa production et son autosuffisance et � remplacer ses importations. Ces politiques ont cr�� les conditions qui ont permis � l�Europe occidentale de devenir une autre grande r�gion exportatrice nette de c�r�ales dans les ann�es 801. Cette �volution d�montre que ces r�gions ont �t� en mesure de se donner les moyens d�accro�tre rapidement leur production, souvent il faut bien le dire � coup de subventions dont leurs contribuables ou leurs consommateurs faisaient les frais, pour r�agir, en des temps tr�s courts, aux pouss�es de la demande des march�s mondiaux et couvrir la croissance de la consommation dans les pays o� le potentiel de croissance rapide de la consommation �tait encore consid�rable et se manifestait souvent par des pouss�es de la demande solvable d�s que l��volution des revenus et la capacit� d�importation le permettaient2. Cela revient � dire que, pendant la p�riode qui va jusqu�au d�but des ann�es 90, les probl�mes d�ins�curit� alimentaire ont �t� plus le r�sultat d�une croissance insuffisante de la demande que de difficult�s � augmenter la production. Mais, cette affirmation ne vaut que si l�on consid�re le monde comme une zone homog�ne. Ce n�est pas le cas et, comme on l�a d�j� dit, dans de nombreuses situations locales, ce sont des probl�mes de production qui emp�chent d�am�liorer la s�curit� alimentaire.


3. Principaux facteurs de l��volution des disponibilit�s alimentaires par habitant

Les facteurs de succ�s de l�augmentation des disponibilit�s alimentaires par habitant

3.1 Les principales caract�ristiques de l��volution, qui pourraient en grande partie expliquer l�am�lioration des disponibilit�s alimentaires par habitant que plusieurs pays ont r�ussi � obtenir peuvent �tre r�sum�es comme suit:

Les facteurs d��chec et de r�gression

3.2 A l�autre extr�me, l��tude des exp�riences des nombreux pays qui, partant de conditions d�favorables il y a 30 ans, n�ont accompli aucun progr�s ou ont m�me accus� un recul, devrait fournir quelques indications sur les causes de leur �chec. L�examen d�un �chantillon de ces pays am�ne � tirer les conclusions suivantes:


4. Perspectives � l�horizon 2010: la demande, l�offre, le commerce et la nutrition

4.1 La pr�sente section d�crit de mani�re succincte les perspectives des principales variables concernant l�alimentation et l�agriculture, et s�inspire notamment de l�analyse qui en a �t� faite pour les pays en d�veloppement dans l��tude FAO WAT2010 (FAO, 1995). L��tude pr�sente la situation possible en 2010 plus d�apr�s la fa�on dont elle pourrait tourner que d�apr�s ce qu�elle devrait �tre si certains objectifs normatifs sont remplis, par exemple l��limination de la malnutrition. Ainsi, la conclusion selon laquelle il faut s�attendre � la probable persistance d�une importante sous-alimentation chronique d�coule de cette fa�on plus r�aliste que normative d�envisager l�avenir. L�analyse prospective pr�sent�e ici ne correspond donc pas aux objectifs d�une strat�gie de la FAO. Mais, elle identifie les domaines dans lesquels l�avenir peut r�server des progr�s et des �checs et elle peut servir � alimenter le d�bat concernant les interventions politiques n�cessaires, qui sont �tudi�es dans les autres documents.

Poursuite de la croissance d�mographique dans le monde, mais � un rythme plus lent

4.2 A l�horizon consid�r� par l��tude, la population mondiale pourrait atteindre le chiffre de 7,2 milliards d�habitants (ou 7 milliards selon les projections les plus r�centes des Nations Unies)4, contre 5,3 milliards en 1990 et 3,7 milliards en 1970. Quatre-vingt-quatorze pour cent de la croissance d�mographique mondiale (soit 1,8 milliard de personnes, ou 1,6 milliard selon les projections les plus r�centes) auront lieu dans les pays en d�veloppement. D�autre part, les taux de croissance d�mographique des diff�rentes r�gions sont tr�s disparates: par exemple, 3,2 pour cent par an pour l�Afrique subsaharienne (ramen� � 2,9 pour cent par an dans les projections d�mographiques de 1994) et 1,2 pour cent par an pour l�Asie de l�Est. Cela dit, le taux de croissance de la population mondiale est en baisse. Apr�s avoir atteint, en 1965-1970, le maximum de 2,1 pour cent par an, il a fl�chi progressivement et s��tablit maintenant � 1,6 pour cent. Il devrait baisser encore et n��tre plus que de 1,3 pour cent en 2005-2010, puis de 1,0 pour cent en 2020-2025.

4.3 Les tendances d�mographiques des pays en d�veloppement, o� les niveaux de la consommation alimentaire par habitant sont encore faibles, n�cessiteraient une croissance forte et continue de leurs disponibilit�s vivri�res. Ces besoins additionnels ne se traduiront pas en totalit� par une demande commerciale solvable. L�accroissement global des disponibilit�s alimentaires des pays en d�veloppement sera probablement moins important qu�il ne le faudrait pour porter les disponibilit�s moyennes par habitant � des niveaux compatibles avec la s�curit� alimentaire pour tous. Compte tenu, en effet, des perspectives g�n�rales du d�veloppement, il est probable que les revenus par habitant et les possibilit�s d�acc�s aux vivres d�un grand nombre de pays en d�veloppement et de groupes de populations ne seront gu�re sup�rieurs � ce qu�ils sont actuellement.

Meilleures perspectives de croissance �conomique globale pour les pays en d�veloppement, mis � part quelques exceptions notables

4.4 Durant la crise des ann�es 80, toutes les r�gions en d�veloppement ont vu baisser leur revenu par habitant, � l�exception notable de l�Asie. Il est probable que ces tendances sont destin�es � s�inverser. Selon la derni�re �valuation de la Banque mondiale (Banque mondiale, 1996) l�Asie continuera de b�n�ficier de taux de croissance �conomique relativement �lev�s, tandis que les r�gions Am�rique latine/Cara�bes, et Proche-Orient/Afrique du Nord devraient conna�tre une reprise modeste. L�Afrique subsaharienne devrait aussi enregistrer de meilleurs taux de croissance �conomique par rapport aux r�sultats catastrophiques de la d�cennie pass�e, mais son revenu par habitant n�augmentera que faiblement. Cette �volution �conomique g�n�rale laisse d�j� entrevoir la possibilit� pour certaines r�gions de continuer � progresser vers la s�curit� alimentaire, mais que d�autres n�avanceront pas beaucoup.

4.5 Les pays occidentaux d�velopp�s continueront probablement sur leur lanc�e. Pour les pays d�Europe � �conomie anciennement planifi�e, les perspectives sont m�lang�es. Le PIB des pays de l�Europe centrale et orientale pris conjointement a, en 1994 et 1995, b�n�fici� de la croissance r�elle la plus rapide (plus de 4 pour cent) enregistr�e en Europe. La CEI a tout juste commenc� � d�coller, avec un PIB r�el qui est environ la moiti� (53 pour cent) de ce qu�il �tait en 1989. Il faudra peut-�tre beaucoup de temps pour que, dans l�ensemble de la r�gion, une croissance soutenue reporte les revenus par habitant aux niveaux ant�rieurs.

Ralentissement persistant de la croissance agricole mondiale

4.6 Les �valuations d�taill�es concernant la production, mais aussi celles de la demande et du commerce, indiquent que le taux de croissance de la production agricole mondiale va diminuer d�ici � 2010 et pourrait �tre de 1,8 pour cent par an (et 0,25 pour cent par an pour ce qui concerne la production par habitant)5. Il s�agit l� en grande partie de la poursuite de tendances � long terme. La production mondiale a progress� au rythme de 3,0 pour cent par an pendant les ann�es 60, de 2,3 pour cent par an durant les ann�es 70, et de 2,0 pour cent par an au cours de la p�riode allant de 1980 � 1992. Le ralentissement n�est pas en soi un facteur n�gatif dans la mesure o� il traduit certaines �volutions positives de la d�mographie et du d�veloppement dans le monde: le taux de la croissance d�mographique mondiale est en baisse, et de plus en plus de pays ont port� leur consommation alimentaire par habitant � des niveaux au-del� desquels d�ult�rieures augmentations ne sont pas vraiment n�cessaires. La plupart des pays d�velopp�s (qui repr�sentent quelque 50 pour cent de la consommation mondiale de produits agricoles) font partie de cette cat�gorie, auxquels viennent progressivement se joindre certains pays en d�veloppement. En d�autres termes, les gens qui ont de l�argent pour acheter davantage de nourriture n�ont pas besoin de le faire, m�me si leurs d�penses alimentaires continueront probablement d�augmenter en raison de l�accroissement des marges de commercialisation, de transformation, de conditionnement et des services du m�me ordre.

4.7 L�aspect n�gatif de ce ralentissement est li� au fait qu�il a eu lieu � et qu�il continuera d�en �tre ainsi � alors que de nombreux pays et une grande partie de la population mondiale ont encore des niveaux de consommation et des conditions d�acc�s aux aliments totalement insuffisants, d�o� la persistance d�une forte sous-alimentation. En bref, le ralentissement de la croissance agricole mondiale tient �galement au fait que les personnes qui consommeraient davantage ne disposent pas de revenus suffisants pour demander un suppl�ment de produits alimentaires et en susciter la production. La production mondiale pourrait progresser plus vite qu�il n�est pr�vu dans cette �tude si la demande solvable augmentait plus rapidement.

Des progr�s dans le domaine de l�alimentation et de la nutrition, mais pas pour tous

4.8 Il ressort des perspectives de la d�mographie et du d�veloppement global, de m�me que des �valuations de cette �tude concernant la production, la consommation et les �changes, que les disponibilit�s alimentaires par habitant destin�es � la consommation humaine directe continueront d�augmenter dans l�ensemble des pays en d�veloppement, passant des 2 500 Calories des ann�es 1990-1992 � pr�s de 2 800 Calories en l�an 2010, en tenant compte �galement du fait que les projections d�mographiques pourraient �tre inf�rieures � celles utilis�es � l�origine dans l��tude de la FAO WAT2010 (tableau 1). Il est probable que d�ici l�, les r�gions Proche-Orient/Afrique du Nord, Am�rique latine/Cara�bes et Asie de l�Est (Chine comprise) atteindront ou d�passeront le seuil des 3 000 Calories, ce qui constituera une am�lioration consid�rable, surtout pour l�Asie de l�Est. L�Asie du Sud pourrait �galement enregistrer des progr�s importants mais, en 2010, les r�sultats seront toujours moyens. En revanche, il semble qu�en Afrique subsaharienne les disponibilit�s alimentaires par habitant resteront � des niveaux tr�s bas.

4.9 Dans ces conditions, l�incidence de la sous-alimentation chronique pourrait ne plus toucher que 10 pour cent, voire moins, de la population dans les trois r�gions o� les perspectives s�annoncent les meilleures (tableau 3). La situation s�am�liorera probablement aussi en Asie du Sud, m�me s�il risque d�y avoir encore 200 millions de personnes sous-aliment�es dans la r�gion en 2010. La sous-alimentation chronique devrait continuer � s�vir en Afrique subsaharienne, o� elle touchera 30 pour cent de la population (265 millions de personnes). Ce fl�au, en chiffres absolus, tendra donc � se d�placer de l�Asie du Sud vers l�Afrique subsaharienne. Ces estimations sont des ordres de grandeur et des tendances relatives plut�t que des pr�visions exactes et sont donc sujettes aux r�serves de rigueur. Elles impliquent la probable persistance de la sous-alimentation chronique dans les pays en d�veloppement consid�r�s dans leur ensemble, � des niveaux absolus peut-�tre moins �lev�s car elle pourrait concerner quelque 680 millions de personnes � l�horizon 20106 au lieu de 840 millions actuellement. Il faudra donc poursuivre sans rel�che la lutte contre la sous-alimentation et contre la pauvret� qui en est la cause premi�re.

Principaux produits de base

Croissance continue de la production c�r�ali�re mondiale, mais non de la production par habitant

4.10 Un aper�u g�n�ral du secteur c�r�alier � donn�es et projections � fait l�objet du tableau 5. La production c�r�ali�re mondiale par habitant est pass�e de 303 kg en 1969-1971 � un maximum de 342 kg en 1984-1986, avant de retomber � 327 kg en 1989-1991, soit pratiquement au niveau o� elle se trouvait 10 ans auparavant. Il est probable que la moyenne ne progressera pas davantage et qu�elle sera toujours de 327 kg en 2010. Il n�y a cependant pas lieu de trop s�inqui�ter, pour les raisons expos�es pr�c�demment � propos du ralentissement progressif de la croissance agricole mondiale. En particulier, les besoins de consommation, toutes utilisations confondues, des pays d�velopp�s (dont la consommation totale de c�r�ales par habitant est de 620 kg, et repr�sente 45 pour cent du total mondial) ne progressent que lentement et pourraient diminuer par habitant. La production globale de ces pays suffit � couvrir leur propre consommation et l�accroissement des exportations nettes vers les pays en d�veloppement. Ils pourraient produire davantage si la demande �tait sup�rieure. Ces perspectives sont fortement subordonn�es � l��volution possible dans les pays d�Europe centrale et de l�Est � �conomie anciennement planifi�e, dont la consommation int�rieure totale de c�r�ales pourrait en fait �tre moins �lev�e en 2010 qu�elle ne l��tait avant la r�forme. Cette �ventualit� repose sur l�hypoth�se que la consommation par habitant de produits animaux pourrait ne pas regagner pleinement le niveau d�avant les r�formes, que d�importantes �conomies pourraient �tre r�alis�es dans l�utilisation des c�r�ales pour l�alimentation du b�tail et que les pertes apr�s-r�colte pourraient �tre sensiblement r�duites.

Tableau 5

4.11 Selon certains, la diminution de la production c�r�ali�re par habitant observ�e ces derni�res ann�es serait l�indice d�une d�t�rioration structurelle de la situation alimentaire mondiale provoqu�e par des contraintes de plus en plus rigides du c�t� de la production. Toutefois, les circonstances qui ont entra�n� le fl�chissement observ� depuis le milieu des ann�es 80 sont pour la plupart, comme on l�a dit plus haut, de nature transitoire. On ne saurait donc l�interpr�ter comme un sympt�me de contraintes tenant aux conditions de production qui emp�cheraient de faire face � l�accroissement de la demande solvable. Le vrai probl�me est celui de la croissance trop lente de la demande solvable dans les pays et groupes de population o� la consommation alimentaire est faible.

4.12 Il ressort de cette analyse que la production mondiale moyenne par habitant n�a qu�une faible utilit� quand il s�agit d��valuer les tendances de la s�curit� alimentaire mondiale. Elle peut m�me induire en erreur si l�on en d�duit qu�� moyenne mondiale constante toute augmentation de la production par habitant dans un groupe de pays doit �tre contrebalanc�e par une r�duction dans un autre groupe. Ce n�est pas forc�ment le cas. Il n�en a pas �t� ainsi dans les ann�es 80 et il est peu probable qu�il en soit ainsi � l�avenir. Selon les projections, la production par habitant augmentera tant dans les pays d�velopp�s que dans les pays en d�veloppement alors que la moyenne mondiale pourrait rester de 327 kg qui �tait celle de 1989-1991 (tableau 5). Ce paradoxe s�explique par le fait que les pays en d�veloppement partent d�un faible niveau de production par habitant et ont des taux de croissance d�mographique �lev�s, alors que les pays d�velopp�s se trouvent dans la situation inverse.

4.13 En l�occurrence, la production c�r�ali�re par habitant des pays en d�veloppement devrait continuer de cro�tre et passer de 214 kg en 1989-1991 � 230 kg en 2010, soit 16 kg en l�espace de 20 ans. Cette augmentation est plus faible qu�autrefois: 15 kg par d�cennie dans les ann�es 70 et 80. Mais, la consommation par habitant tous usages confondus pourrait progresser plus vite que la production et passerait de 237 � 258 kg, dont une partie serait destin�e � l�alimentation animale pour soutenir le secteur de l��levage en rapide expansion. Cela n�cessitera un nouvel accroissement des importations nettes en provenance des pays d�velopp�s, qui pourraient passer de 89 millions de tonnes en 1989-1991 � environ 160 millions de tonnes en 2010. Le taux de croissance des besoins d�importations nettes que cette progression implique n�est pas particuli�rement �lev�, si on le compare � ceux du pass�. Il serait plus proche de celui des ann�es 80 que de celui des ann�es 70, qui �tait tr�s �lev�. Les pays en d�veloppement dont les revenus et la consommation, notamment de produits de l��levage, progressent et o� d�autres secteurs produisent des recettes en devises, peuvent l�gitimement financer des importations alimentaires accrues. Mais, ceux qui peuvent difficilement les financer faute de recettes en devises, se trouveront dans une situation difficile. Il est par cons�quent raisonnable de pr�voir que l�aide alimentaire aura longtemps encore un r�le � jouer. Si les r�formes en faveur d�un syst�me international d��changes agricoles davantage ax� sur le march� devaient limiter les possibilit�s d�aide alimentaire offertes par les exc�dents, il faudra prendre d�autres mesures pour subvenir aux besoins. A cet �gard, la d�cision figurant dans l�Accord final des N�gociations commerciales multilat�rales du Cycle d�Uruguay, concernant des mesures visant � att�nuer les effets sur les pays en d�veloppement importateurs nets de produits alimentaires d�une future hausse des cours mondiaux en cr�ant les conditions voulues pour constituer des stocks de s�curit� alimentaire et en maintenant l�aide alimentaire, rev�t une importance particuli�re.

Croissance modeste de la demande d�exportations c�r�ali�res en provenance des principales r�gions exportatrices d�velopp�es

4.14 Les principaux pays d�velopp�s exportateurs ont des perspectives de croissance de leurs exportations de c�r�ales vers les pays en d�veloppement qui leur offrent encore des possibilit�s d�expansion de la production et des exportations; mais la progression de leurs exportations nettes vers le reste du monde s�annonce beaucoup plus modeste. Cela s�explique par le fait que le groupe des pays europ�ens � �conomie anciennement planifi�e cessera probablement d��tre un gros importateur net et pourrait devenir exportateur net de quantit�s modestes de c�r�ales d�ici � 2010 (tableau 5). D�j�, les donn�es provisoires et les pr�visions concernant la moyenne biennale 1994/95-1995/96 (juillet/juin) indiquent que leurs importations nettes sont tomb�es � 2 millions de tonnes � peine.

4.15 Dans ces exportations nettes totales, les parts de march� des trois principales r�gions exportatrices de l�OCDE, � savoir l�Europe de l�Ouest, l�Am�rique du Nord et l�Oc�anie pourraient se modifier sensiblement. Les r�formes des politiques en cours et pr�vues, en particulier dans le cadre des dispositions de l�Accord des N�gociations du Cycle d�Uruguay relatif � l�agriculture am�neront probablement l�Europe occidentale � ne pas augmenter les exportations nettes au-del� des niveaux atteints � la fin des ann�es 80. Dans ce cas, la totalit� des exportations suppl�mentaires des trois groupes, sinon plus, reviendrait � l�Am�rique du Nord et � l�Oc�anie. C�est du moins ce qu�indiquent les r�sultats de la plupart des analyses concernant les effets possibles des r�formes des politiques agricoles. Ces conclusions sont naturellement sujettes aux nombreuses r�serves li�es aux hypoth�ses et aux mod�les sur lesquels se fondent les analyses en question.

Poursuite de la forte croissance du secteur de l��levage

4.16 La croissance du secteur de l��levage devrait rester assez forte dans les pays en d�veloppement, maintenant ainsi les tendances pass�es, quoique sous une forme att�nu�e. Une partie de la croissance des importations c�r�ali�res des pays en d�veloppement servira � augmenter la production et la consommation de produits animaux, dont la consommation par habitant restera toutefois nettement inf�rieure � celle des pays d�velopp�s en l�an 2010. Ces moyennes concernant les pays en d�veloppement masquent de grandes diff�rences r�gionales et nationales et, aussi bien en Asie du Sud qu�en Afrique subsaharienne, la consommation restera dans l�ensemble � des niveaux tr�s bas.

4.17 Le secteur de l��levage des pays d�velopp�s pourrait �galement progresser, mais � un rythme beaucoup plus lent que par le pass�, la consommation par habitant n�augmentant que pour la viande de volaille. Cette perspective traduit le fait que dans les pays � �conomie anciennement planifi�e, la production et la consommation par habitant de produits de l��levage, apr�s de fortes baisses initiales, risquent de mettre longtemps � retrouver des niveaux proches d�avant la r�forme, et que les autres pays d�velopp�s ont des niveaux g�n�ralement �lev�s de consommation par habitant.

4.18 La croissance du secteur de l��levage se poursuivant dans les pays en d�veloppement, l�utilisation de c�r�ales pour l�alimentation du b�tail continuera de cro�tre rapidement et pourrait plus que doubler d�ici � l�an 2010, pour atteindre quelque 340 millions de tonnes, soit environ 23 pour cent de l�utilisation totale. Cette croissante proportion des disponibilit�s c�r�ali�res totales utilis�e pour l�alimentation animale dans les pays en d�veloppement pourrait susciter des pr�occupations �tant donn� la persistance de la sous-alimentation. Ces pr�occupations seraient tout � fait justifi�es si les c�r�ales utilis�es pour l�alimentation animale �taient pr�lev�es sur des approvisionnements qui, autrement, seraient destin�s � l�alimentation directe des pauvres. Cela pourrait se produire, mais seulement dans des cas o� la demande additionnelle d�aliments pour animaux provoquerait une augmentation des prix plut�t que des disponibilit�s (production int�rieure ou importation) et �vincerait les pauvres du march�. Il y a lieu de penser qu�il s�agit l� d�une exception plut�t que de la r�gle.

Importance persistante des racines, tubercules et plantains dans les disponibilit�s alimentaires totales des pays des r�gions tropicales humides

4.19 Les racines, tubercules et plantains repr�sentent environ 40 pour cent des disponibilit�s alimentaires totales (en Calories) pour la moiti� environ de la population d�Afrique subsaharienne, o� les disponibilit�s globales sont tr�s faibles. D�autres pays d�Afrique et d�Am�rique latine/Cara�bes sont eux aussi fortement tributaires de ces denr�es de base. La production pourrait augmenter � et n�y manquera pas � pour satisfaire les besoins futurs. On a cependant constat� dans le pass� une tendance � la baisse de la consommation par habitant, du moins d�apr�s ce qu�on peut d�duire des statistiques peu pr�cises de ce secteur. Cette baisse s�explique essentiellement par la tendance � l�urbanisation, par le caract�re p�rissable et la tr�s laborieuse pr�paration de ces produits, qui en font des aliments peu pris�s. L�urbanisation croissante donne � penser que la consommation moyenne par habitant continuera � fl�chir, encore que modestement. Ces pays resteront toutefois tr�s d�pendants de ces produits pour leurs approvisionnements alimentaires totaux. La tendance au fl�chissement de la consommation par habitant pourrait s�att�nuer si les c�r�ales d�importation devaient se faire plus rares, ce qui pourrait bien �tre le cas si les r�formes des politiques des pays d�velopp�s aboutissaient � une hausse des prix et � une r�duction des quantit�s disponibles pour les ventes � des conditions de faveur et pour l�aide alimentaire. De m�me, la poursuite des recherches visant � convertir les f�culents en denr�es moins p�rissables et plus pratiques pour la population urbaine pourrait contribuer � att�nuer ces tendances.

Le secteur des ol�agineux dans les pays en d�veloppement: poursuite de la croissance rapide en perspective

4.20 Au cours des 20 derni�res ann�es, le secteur des ol�agineux des pays en d�veloppement a connu une croissance rapide et a subi des changements structurels radicaux. Le palmier � huile en Asie de l�Est et le soja en Am�rique du Sud ont fait des progr�s spectaculaires. La part de ces produits et r�gions dans la production totale d�ol�agineux a fortement augment�, tandis que celle des autres cultures ol�agineuses (coco, arachide, graine de coton, s�same) des pays en d�veloppement et des autres r�gions diminuait en raison inverse.

4.21 Par rapport au reste de l�agriculture, l�augmentation de la production de ce secteur demeurera sup�rieure � la moyenne. Les changements structurels se poursuivront �galement, mais � un rythme beaucoup plus lent que par le pass�. Le palmier � huile gardera la progression la plus rapide, sa part du march� pouvant passer � 38 pour cent contre 32 pour cent actuellement et 16 pour cent seulement il y a 20 ans. En Am�rique du Sud, la production de soja continuera de cro�tre rapidement, sans toutefois se multiplier par 12 comme au cours de ces 20 derni�res ann�es o� elle �tait partie de tr�s bas. Le maintien de taux de croissance relativement �lev�s dans le secteur des ol�agineux s�explique par l�augmentation rapide de la consommation dans les pays en d�veloppement, aussi bien d�huiles v�g�tales pour l�alimentation humaine que de prot�agineux destin�s � des secteurs de l��levage en pleine expansion. Ces pays intensifieront �galement leurs exportations d�huile et, dans une moindre mesure, de tourteaux vers le reste du monde.

Croissance ralentie des exportations agricoles d�autres grands produits des pays en d�veloppement

4.22 On conna�t bien les raisons pour lesquelles la tendance g�n�ralement d�favorable des exportations nettes des principales denr�es exportables des pays en d�veloppement vers le reste du monde est appel�e � persister. Pour le sucre, il s�agit surtout du probable maintien des politiques de soutien et de protection, de restrictions d�acc�s au march� et des subventions � l�exportation pratiqu�es par les principaux pays d�velopp�s. D�autre part, les importations nettes des pays � �conomie anciennement planifi�e devraient �tre beaucoup moins importantes � l�avenir. Il est donc probable que la baisse des exportations nettes vers les pays d�velopp�s se poursuivra. Mais, les pays en d�veloppement exportateurs devraient continuer � d�velopper leurs exportations du fait de l�existence de march�s en expansion dans les pays en d�veloppement importateurs nets, qui ont pratiquement quadrupl� leurs importations nettes au cours des 20 derni�res ann�es.

4.23 Contrairement au sucre et � quelques autres denr�es d�exportation, le caf� et le cacao sont produits uniquement dans les pays en d�veloppement et sont consomm�s principalement dans les pays d�velopp�s d�Occident, o� les niveaux de consommation par habitant sont g�n�ralement d�j� �lev�s. De fait, les efforts que font les pays en d�veloppement, en concurrence les uns avec les autres, pour accro�tre l�offre se traduisent par de faibles augmentations des volumes export�s et par de fortes baisses des prix. A long terme, �tant donn� les faibles niveaux de consommation dans les pays � �conomie anciennement planifi�e et dans les pays en d�veloppement eux-m�mes, il existe des possibilit�s d�am�lioration de la situation. Il est cependant peu probable qu�elles donnent lieu � un accroissement important de la consommation ou des importations au cours des 20 prochaines ann�es. On peut donc s�attendre � une croissance d�environ 25 pour cent des exportations nettes et � un chiffre l�g�rement sup�rieur pour la production. Pour le th�, les perspectives d�accroissement de la production sont l�g�rement meilleures, mais ce n�est pas le cas des exportations, car une bonne partie de la consommation a lieu dans les pays en d�veloppement eux-m�mes, o� la consommation par habitant continuera de progresser. Enfin, les perspectives concernant les exportations de bananes s�annoncent meilleures que pour les boissons tropicales, car la consommation par habitant peut encore progresser dans les pays d�velopp�s.

4.24 En r�gle g�n�rale, pour les denr�es produites uniquement ou essentiellement dans des pays en d�veloppement mutuellement concurrents et consomm�es surtout dans les pays d�velopp�s o� les niveaux de consommation sont quasiment satur�s, les perspectives des recettes d�exportation resteront domin�es par les mouvements des prix plut�t que des volumes. Le rem�de, � tr�s long terme, � la baisse des prix pourrait se trouver dans l�accroissement de la consommation sur les march�s qui ne sont pas encore arriv�s � saturation (pays � �conomie anciennement planifi�e et pays en d�veloppement) et, en derni�re analyse, dans le d�veloppement g�n�ral des pays producteurs eux-m�mes. Ce dernier facteur est important car il cr�era de nouvelles sources de revenus et fixera un plancher au-dessous duquel les revenus de la main-d��uvre dans ces secteurs de production ne pourront tomber sans que l�offre se contracte et que les prix se redressent.

4.25 Enfin, certaines mati�res premi�res agricoles traditionnellement export�es par les pays en d�veloppement offrent des possibilit�s limit�es d�accroissement des recettes nettes d�exportation, bien que pour des raisons diff�rentes et pas toujours n�gatives. Ainsi, il se peut que les exportations nettes de tabac vers les pays d�velopp�s, o� la consommation est en recul, n�augmentent pas, mais qu�elles enregistrent une croissance rapide dans les pays en d�veloppement. Pour le coton, les pays en d�veloppement sont r�cemment pass�s de la situation d�exportateurs nets � celle d�importateurs nets et ils intensifieront encore leurs importations nettes � l�avenir. Il s�agit l�, dans l�ensemble, d�un ph�nom�ne positif car il proc�de de l�expansion de leur industrie textile, qui est en outre de plus en plus orient�e vers l�exportation. Ces tendances pourraient �tre encore plus marqu�es si les restrictions frappant les exportations textiles �taient assouplies ou abolies. Il en est de m�me, pour le secteur des cuirs et peaux et le d�veloppement des exportations d�articles en cuir. Enfin, les exportations de caoutchouc naturel vers les pays d�velopp�s continueront d�augmenter, mais ici aussi, les pays en d�veloppement renforceront progressivement leur part de la consommation mondiale, dont ils pourraient repr�senter en 2010 plus de la moiti�, contre moins d�un quart il y a 20 ans. Une grande partie de l�accroissement de la consommation sera le fait de l�Asie de l�Est.

Production de poisson provenant des p�ches de capture pratiquement stationnaire, mais de meilleures perspectives du c�t� de l�aquaculture

4.26 Comme il a �t� not� plus haut, la stagnation de la production de poisson provenant des p�ches de capture, qui a culmin� en 1989, n�est pas un ph�nom�ne temporaire mais pourrait persister et l�on peut s�attendre � ce que la production mondiale par habitant de poisson de cette provenance baisse. Il se pourrait que les effets de cette baisse sur les approvisionnements de poisson destin� � la consommation humaine soient quelque peu att�nu�s par le d�tournement vers ce secteur d�une partie des captures de petits p�lagiques actuellement utilis�s pour fabriquer de la farine de poisson. Toutefois, c�est un d�veloppement ult�rieur de l�aquaculture qui offre les plus grandes possibilit�s de conjurer la baisse de la production par habitant de poisson alimentaire. S�il se poursuit, l�accroissement annuel (environ 1 million de tonnes) de la production aquacole devrait suffire � maintenir le volume actuel des approvisionnements mondiaux de poisson alimentaire par habitant, � condition que les pratiques de gestion des p�cheries de capture soient am�lior�es et g�n�ralis�es pour permettre � la production des p�ches de capture de se maintenir. Toutefois, comme la demande de produits ichthyques est appel�e � cro�tre plus rapidement que la population, particuli�rement en Asie du Sud-Est, il ne suffira pas de maintenir sans changement les approvisionnements de poisson par habitant pour �viter une augmentation du prix r�el du poisson.

D�exportateurs agricoles nets les pays en d�veloppement devraient devenir importateurs nets

4.27 Les perspectives pr�sent�es ci-dessus pour les grands secteurs de production indiquent que les importations nettes par les pays en d�veloppement de produits agricoles (v�g�taux et animaux) dont ils sont � ou pourraient devenir � importateurs nets, progresseront plus vite que leurs exportations nettes de grands produits de base. Ces tendances des volumes d�importations et d�exportations annoncent clairement que la balance globale des �changes agricoles des pays en d�veloppement jusqu�ici exc�dentaire deviendra d�ficitaire, tendance manifeste depuis un certain temps. La balance commerciale nette positive du secteur agricole a subi une contraction rapide dans les ann�es 70, lorsque les importations alimentaires des pays en d�veloppement sont mont�es en fl�che. La tendance s�est quelque peu invers�e dans les ann�es 80, mais l�exc�dent global n��tait plus que de 5 milliards de dollars en 1988-1990, contre 17,5 milliards de dollars en 1969-1971 (aux cours de 1988-1990).

Perspectives des grands produits de base: importance pour la s�curit� alimentaire

4.28 La br�ve description qui vient d��tre faite des perspectives relatives aux grands produits de base indique clairement que le r�le multiple de l�agriculture dans le renforcement de la s�curit� alimentaire (augmentation des disponibilit�s alimentaires, �l�vation des revenus et accroissement des recettes d�exportation) sera conditionn� par des facteurs tr�s divers, allant des incidences directes de la production locale de c�r�ales et des politiques influant sur leur production et leur commerce � l��chelle mondiale, � l�influence de l�urbanisation dans la consommation de f�culents (racines, tubercules, plantains), et aux perspectives des march�s mondiaux des grands produits alimentaires et non alimentaires exportables des pays qui en sont fortement tributaires.


5. Perspectives � l�horizon 2010: ressources et rendements agricoles des pays en d�veloppement

Terres agricoles et irrigation

Vue d�ensemble

5.1 La superficie des terres actuellement utilis�es pour la production v�g�tale dans les pays en d�veloppement (Chine non comprise) atteint quelque 760 millions d�hectares, dont 120 millions d�hectares irrigu�s, sur lesquels 36 millions situ�s en zones arides et extr�mement arides ont �t� rendus productifs par l�irrigation. Ces 760 millions d�hectares ne repr�sentent que 30 pour cent de la superficie totale des terres aptes, � des degr�s variables, � une production pluviale, qui est estim�e � 2,57 milliards d�hectares, y compris les 36 millions d�hectares de terres extr�mement arides irrigu�es (tableau 6). On pourrait donc croire qu�il reste 1,8 milliard d�hectares qui permettraient une expansion consid�rable de l�agriculture. Il s�agit toutefois d�une impression trompeuse, car il faut tenir compte d�un certain nombre de contraintes, � savoir:

Tableau 6

Tableau 7

5.2 C�est dans ce contexte qu�il faut �tudier les possibilit�s d�expansion des terres cultiv�es au cours des 20 prochaines ann�es. L��volution de l�agriculture dans le pass� a �t� caract�ris�e par la mise en culture de nouvelles terres et il n�y a pas de raison de penser que ce processus ne se poursuivra pas dans les pays o� il existe � la fois un besoin et un potentiel. Le fait qu�il n�y ait gu�re de nouvelles terres � mettre en culture dans beaucoup de pays en d�veloppement ne signifie pas que cela soit vrai dans la totalit� d�entre eux. On s�est efforc� ci-apr�s de chiffrer les possibilit�s d�expansion des terres cultiv�es d�ici � l�an 2010. Le potentiel et les besoins sont les principaux facteurs qui d�termineront le taux d�expansion. Il faut commencer par estimer le potentiel. C�est ce qui a �t� fait � l�aide de la base de donn�es g�or�f�renc�es sur les zones agro�cologiques (ZAE) de la FAO. Les r�sultats apparaissent dans le tableau 6. Ces donn�es fournissent une id�e de la proportion de cette superficie totale qui correspond aux terres des classes �aptes�, �tr�s aptes�, et irrigu�es (�quivalent des terres � �potentiel �lev�).

Future extension des terres cultiv�es, avec et sans irrigation

5.3 La superficie des terres consacr�es � la production agricole dans les pays en d�veloppement (Chine non comprise)7, pourrait passer de 760 millions d�hectares en 1988-1990 � 850 millions d�hectares en 2010, soit une augmentation de 90 millions d�hectares ou 5 pour cent environ de la �r�serve� de 1,8 milliard d�hectares (tableau 6). Cet accroissement int�ressera essentiellement l�Afrique subsaharienne et la r�gion Am�rique latine/Cara�bes. Il y aura aussi un certain accroissement en Asie de l�Est, mais presque pas en Asie du Sud ni au Proche-Orient/Afrique du Nord (tableau 8). On peut faire les observations suivantes:

Tableau 8

Superficies et rendements des principales cultures

5.4 Le taux projet� de croissance de la production v�g�tale dans les pays en d�veloppement pris dans leur ensemble est de 2,4 pour cent par an, contre 2,9 pour cent par an entre 1970 et 1990; les raisons de ce ralentissement ont �t� expos�es dans la section pr�c�dente. L�accroissement conjugu� des superficies r�colt�es et des rendements utilis� pour �tablir les projections concernant les principales cultures figure au tableau 9.

Tableau 9

5.5 Les donn�es et les projections des tableaux 8 et 9 donnent une id�e de l�extension des terres cultiv�es et de l�irrigation, de l�intensification de l�utilisation des superficies (intensit�s de culture) et de la poursuite de la croissance des rendements. En particulier, elles permettent d�entrevoir dans quelle mesure l�avenir ressemblera ou non au pass�, encore que les s�ries chronologiques de donn�es ne fournissent pas toujours une base de comparaison valable. Soulignons que les projections concernant les superficies agricoles et les rendements ne sont en aucune fa�on des extrapolations des tendances historiques. Imaginons ce qu�aurait donn� l�extrapolation des taux de croissance explosifs observ�s dans le pass�, par exemple pour le soja et la canne � sucre dans un pays tel que le Br�sil (respectivement 10,8 par an et 7,4 pour cent par an pendant la p�riode comprise entre 1970 et 1990).

5.6 Trois conclusions g�n�rales peuvent �tre effectu�es. Premi�rement, en ce qui concerne les principales cultures (par exemple c�r�ales et soja), le taux d�accroissement annuel des rendements moyens sera sans doute nettement inf�rieur � ce qu�il �tait depuis 20 ans, c�est-�-dire 1,6 pour cent contre 2,8 pour le bl�, 1,5 pour cent contre 2,3 pour le riz (tableau 9). Deuxi�mement, l�extension des superficies r�colt�es restera un facteur important de la croissance de la production v�g�tale mais, comme par le pass�, � un moindre degr� que l�augmentation des rendements. En m�me temps, l�accroissement des intensit�s de culture, surtout celles des superficies irrigu�es, jouera un r�le pr�dominant dans les pays pauvres en terres (Asie du Sud, Proche-Orient/Afrique du Nord). Troisi�mement, comme il est indiqu� plus haut, l�extension des superficies irrigu�es proc�dera � un rythme probablement beaucoup plus lent que par le pass�.

Superficies et rendements dans le secteur c�r�alier

5.7 La croissance de la production de bl� et de riz devrait se ralentir consid�rablement pendant la p�riode �tudi�e, par comparaison avec les deux d�cennies ant�rieures. Pour les c�r�ales secondaires, le taux de croissance se maintiendra sans doute, notamment � cause de la forte expansion de la demande de c�r�ales fourrag�res. L�essentiel (82 pour cent) de la production de bl� des pays en d�veloppement (Chine non comprise) se situe en Asie du Sud et au Proche-Orient/Afrique du Nord. La production de riz est concentr�e en Asie du Sud et de l�Est (89 pour cent) et celle d�orge au Proche-Orient/Afrique du Nord. Ces r�gions, pauvres en terres, sont plus que les autres tributaires de l�irrigation. Compte tenu de leurs besoins et de leur potentiel, elles devront compter essentiellement sur l�augmentation des rendements pour accro�tre la production de ces trois c�r�ales. Le ma�s et le sorgho sont principalement produits en Am�rique latine et en Afrique subsaharienne et la production de mil se partage � �galit� entre l�Afrique subsaharienne et l�Asie du Sud. Etant donn� que les cultures de c�r�ales secondaires (sauf l�orge) sont concentr�es dans les deux r�gions d�agriculture pluviale riches en terres, il semble que l�extension des superficies jouera un r�le relativement plus important dans l�accroissement de la production de ces c�r�ales que ce ne sera le cas pour le bl� et le riz.

5.8 Les donn�es et projections du tableau 9 confirment cette indication. Par exemple, une croissance annuelle de 2,0 pour cent de la production de riz pourra provenir d�une extension de 0,5 pour cent par an de la superficie r�colt�e (et bien plus faible encore des terres arables consacr�es au riz). Par contraste, une augmentation de 2,5 pour cent par an de la production de sorgho correspondra � une augmentation de 1,4 pour cent par an de la superficie r�colt�e. C�est parce que la production de ces c�r�ales secondaires est essentiellement pluviale (et, pour le mil et le sorgho, se situe en grande partie dans les deux classes de terres semi-arides) que l�am�lioration des rendements jouera probablement un r�le moins important dans la croissance de la production que dans le cas du bl� et du riz. Le tableau 10 indique, pour chaque classe agro�cologique de terres, les combinaisons possibles de superficies et rendements utilis�es pour �tablir les projections de la production de c�r�ales.

Tableau 10

Consid�rations relatives au potentiel de croissance des rendements

5.9 Vu que les accroissements de production d�pendent dans une grande mesure de la progression des rendements, la question se pose souvent de savoir si, au lendemain de la r�volution verte, il est r�ellement possible d�accro�tre encore les rendements. Il est int�ressant, en particulier, de savoir dans quelle mesure l�accroissement des rendements peut d�pendre de la cr�ation par la recherche de vari�t�s nouvelles (c�est-�-dire de vari�t�s permettant un d�collage spectaculaire des rendements) ou de vari�t�s contribuant � une �volution plus lente des rendements ou destin�es � remplacer p�riodiquement celles dont le potentiel s��rode. Il s�agit l� d�une question d�importance primordiale pour d�terminer les besoins et les priorit�s de la recherche en vue d�assurer une croissance soutenue de la production.

5.10 Les param�tres agro�cologiques utilis�s pour classer les terres agricoles en cat�gories fournissent des indications utiles pour s�attaquer � cette question. Leur utilit� est subordonn�e � la question de savoir si les classes de terres ainsi obtenues peuvent �tre consid�r�es comme repr�sentatives d�environnements offrant � la production des conditions physiques homog�nes du point de vue du potentiel de la croissance des rendements. Ce n�est �videmment pas le cas. Par exemple, des terres irrigu�es au Punjab ne sont pas n�cessairement identiques � des terres se trouvant au Mexique, et ainsi de suite pour les autres classes de terres.

5.11 Nonobstant ces limitations des classifications agro�cologiques, l�utilisation qui en est faite dans les analyses de cette �tude, jointe au fait que les c�r�ales ont �t� �tudi�es individuellement et non pas en tant que groupes de c�r�ales ou de c�r�ales secondaires, peut utilement contribuer � �clairer le d�bat et � indiquer dans quelle mesure la croissance future des rendements d�pendra de nouvelles perc�es de la recherche. Cela fournit certainement une meilleure base de jugement qu�une simple comparaison des diff�rences des rendements moyens entre pays, ou � plus forte raison entre grands groupes de pays, tels que pays d�velopp�s et pays en d�veloppement.

5.12 Le principal de ces facteurs est la constatation que la possibilit� d�accro�tre de mani�re spectaculaire les rendements maximums par l�introduction de nouvelles vari�t�s est plus limit�e que dans le pass�. Pour accro�tre les rendements moyens, il faudra donc beaucoup moins compter sur les pays o� les rendements sont aujourd�hui les plus �lev�s que sur ceux, et en particulier sur les pays de grandes dimensions, dont les rendements se situent au milieu et au bas de l��chelle. C�est pour cela que les projections font appara�tre un resserrement des �carts de rendements entre les pays pour chaque classe de terre. On trouvera au tableau 11 les donn�es et projections correspondantes pour chaque classe de terre.

5.13 L��volution pr�vue est-elle conforme � l�exp�rience pass�e? On ne saurait r�pondre � cette question pour les diff�rentes classes de terres faute de donn�es historiques. Seuls sont connus les rendements moyens (pour toutes les classes de terres) dans chaque pays. On constate que l��cart entre les pays ayant les rendements les plus �lev�s et les plus bas (moyennes simples du premier et dernier d�ciles des pays class�s en fonction du rendement) s�est creus� entre 1969-1971 et 1988-1990 (tableau 11) parce que les rendements ont augment� plus vite dans les pays compris dans le premier d�cile en 1969-1971 que dans ceux du dernier d�cile. Selon les projections du rendement moyen (toutes classes de terres), on peut au contraire s�attendre � ce que l��cart se r�tr�cisse � l�avenir parce que la possibilit� d�accro�tre les rendements dans les pays qui se classaient en 1988-1990 dans le premier d�cile est beaucoup plus faible qu�il y a 20 ans.

Tableau 11

5.14 Cette tendance est illustr�e au tableau 12 qui indique les rendements en bl� et en riz par pays. Pour le bl�, les rendements ont presque doubl� entre 1988-1990 et 1969-1971 dans les pays du premier d�cile, tandis que dans les pays du dernier d�cile, l�accroissement a �t� beaucoup moins marqu�. Cette �volution est encore plus prononc�e pour le riz.

Tableau 12

5.15 Il ne faut pas toutefois attribuer une importance exag�r�e au r�tr�cissement de l��cart entre les pays (tel qu�il est mesur� ici, c�est-�-dire d�apr�s la diff�rence entre les rendements moyens dans les pays du premier et du dernier d�cile) dans l�accroissement de la production globale des pays en d�veloppement. En effet, les pays situ�s aux extr�mit�s de l��chelle de distribution ne repr�sentent qu�une part relativement faible de la production totale des cultures consid�r�es. Cela m�me si l�on exclut de l�analyse, comme on l�a fait pour les tableaux 11 et 12, les pays o� moins de 50 000 ha sont cultiv�s et o�, comme dans le tableau 10, moins de 50 000 ha de la classe de terre envisag�e, sont consacr�s � la culture consid�r�e. En pratique, la validit� des projections de la production totale des pays en d�veloppement d�pend principalement de celle des projections relatives � la croissance des rendements dans les pays o� se situe la majeure partie des superficies consacr�es � chaque culture.

5.16 C�est pourquoi le tableau 12 indique aussi les chiffres historiques et les projections concernant 10 pour cent des pays poss�dant les plus grandes superficies de la culture consid�r�e (premier d�cile des pays class�s par superficie consacr�e � la culture). On constate que: dans ces pays, les rendements sont moins de la moiti� de ceux obtenus dans les pays o� ils sont le plus �lev�s; pour le bl�, la moyenne (simple) des rendements pourrait augmenter de 43 pour cent, contre 62 pour cent au cours des 20 derni�res ann�es; pour le riz, les pourcentages correspondants sont de 47 et 50 pour cent; enfin, malgr� ces augmentations, les rendements moyens (moyenne simple) dans ces pays, dont les r�sultats ont un poids consid�rable dans le total, ne repr�senteront encore en 2010 que 50 pour cent environ des rendements projet�s pour les pays du premier d�cile. Ainsi, m�me si l��cart se r�tr�cit, particuli�rement pour le riz, cela sera d� au fait que les possibilit�s de croissance des rendements sont plus faibles dans les pays du d�cile sup�rieur et non � une acc�l�ration de la croissance dans les grands pays o� ils sont moyens.

5.17 Ce d�veloppement assez long a �t� jug� n�cessaire pour donner au lecteur les moyens de r�fl�chir � la possibilit� de compter sur un accroissement ult�rieur des rendements pour assurer la croissance de la production. Cette question est examin�e plus � fond dans l��tude elle-m�me, mais sans que l�on ait cherch� � traduire ces projections des rendements en propositions concr�tes en mati�re de recherche agronomique (ampleur, modalit�s, priorit�s). Il est certain que l�accroissement futur des rendements, m�me au rythme plus modeste projet� pour l�avenir, ne se produira pas si l�effort de recherche se rel�che. Il est possible que les effets de la recherche sur la production se manifestent de diff�rentes fa�ons: on comptera moins sur des perc�es spectaculaires des rendements maximums et davantage sur une recherche �volutive d�adaptation et d�entretien.


6. Ressources agricoles, environnement et durabilit�

Consid�rations g�n�rales

6.1 Les pr�occupations que suscitent l��tat de l�environnement et la diminution des ressources en terres et en eaux (par habitant) ainsi que leur d�gradation am�nent � �largir les conclusions de la section pr�c�dente pour poser des questions telles que: dans quelle mesure les contraintes li�es aux ressources et � l�environnement peuvent-elles conditionner les perspectives d�augmentation des disponibilit�s alimentaires et d�acc�s de tous aux aliments, essence m�me de la s�curit� alimentaire? Peut-on r�aliser cet objectif tout en pr�servant, au b�n�fice des g�n�rations � venir, les progr�s accomplis et le potentiel de progr�s ult�rieurs, condition m�me de la durabilit�? Ce chapitre de conclusion tente de placer toute la question dans une juste perspective.

6.2 Le pr�sent document a �galement mis en lumi�re un certain nombre de facteurs interd�pendants jug�s d�terminants dans l�augmentation des disponibilit�s alimentaires par habitant: croissance �conomique qui fait reculer la pauvret�; fonction multiple de la croissance agricole dans la majorit� des pays en d�veloppement (augmentation des disponibilit�s alimentaires, cr�ation d�emplois et d�activit�s r�mun�ratrices pour les pauvres, directement et indirectement, gr�ce aux liens de l�agriculture avec les autres secteurs); capacit� am�lior�e d�importer des aliments; enfin, politiques g�n�rales. D�s lors, s�il est vrai que les contraintes li�es aux ressources agricoles conditionnent les perspectives de la production alimentaire et de la cr�ation de revenus en agriculture, elles ne sont cependant que l�un des param�tres dont d�pend la possibilit� d��liminer la sous-alimentation. D�autres facteurs li�s � l�environnement (comme la capacit� de l��cosyst�me d�absorber l�impact d�une utilisation accrue de l��nergie) peuvent influer sur la croissance �conomique, le recul de la pauvret� et, enfin, la perspective d��liminer la sous-alimentation. En fin de compte, la question qui se pose est celle de trouver des solutions durables pour d�velopper l��conomie et �liminer la pauvret�, et non pas simplement d�accro�tre la production vivri�re de mani�re durable. Toutefois, comme il a �t� dit, dans les pays � faible revenu et fortement tributaires de l�agriculture, c�est la possibilit� d�exploiter durablement des ressources agricoles qui l�emportera pendant un certain temps et cela, en attendant que le d�veloppement att�nue cette d�pendance.

Les ressources en terres et en eaux dans la recherche de solutions durables au probl�me alimentaire

6.3 On trouvera dans le tableau 6, pour les pays en d�veloppement (Chine non comprise), les donn�es concernant les terres de diverses qualit�s et leur aptitude � porter des cultures pluviales avec diff�rents niveaux de technicit�. Le fort contraste qui existe entre les r�gions a �t� mentionn� plus haut. Les diff�rences entre pays deviennent encore plus frappantes quand on consid�re les densit�s de population et, plus encore, quand on examine le nombre d�hectares disponibles par personne composant la population �conomiquement active en agriculture. Cette derni�re variable est essentielle pour comprendre les forces qui pourraient fa�onner l�avenir du point de vue de l��quilibre population-ressources. Comme on l�a vu, cet �quilibre pr�sente deux dimensions principales: la quantit� suppl�mentaire de vivres qu�il faudra produire, dimension directement li�e � la croissance de la population totale et � la consommation alimentaire par habitant, et le nombre de personnes qui vivent ou vivront de l�exploitation des ressources agricoles. La variable � utiliser ici est la taille de la population �conomiquement active en agriculture.

6.4 La diminution continue des ressources agricoles par habitant qu�entra�ne la croissance d�mographique est une des principales raisons de l�inqui�tude que suscite le rapport population-disponibilit�s alimentaires. Cette inqui�tude est aussi due � la d�gradation de la qualit� et du potentiel de production de ces ressources. On peut utiliser les donn�es ci-dessus pour mieux comprendre la nature et l�importance de la diminution du rapport ressources/habitants (repr�sent� ci-apr�s par le rapport terre/habitant). Dans les diff�rents pays en d�veloppement, ce rapport varie beaucoup et va des valeurs les plus faibles aux valeurs les plus �lev�es. Par exemple, le chiffre le plus bas correspond � des pays comme l�Egypte, Maurice et le Rwanda, o� il n�atteint pas 0,1 ha par habitant (rapport entre la superficie exploit�e et la population totale) et il n�existe pratiquement aucune r�serve pour une expansion future. A l�autre extr�me se situent des pays comme l�Argentine et la R�publique centrafricaine qui ont des rapports proches de 1 ha par habitant et des r�serves consid�rables.

6.5 A mesure que la population augmentera, un nombre croissant de pays se rapprocheront du rapport terre/habitant que l�on trouve actuellement dans les pays pauvres en terres. Cela influera-t-il sur leur alimentation et leur nutrition? Pour obtenir un d�but de r�ponse � cette question, on peut chercher � savoir si les pays actuellement pauvres en terres sont nutritionnellement plus d�favoris�s (en disponibilit�s alimentaires par habitant) que ceux qui disposent de terres abondantes. Le tableau que fait appara�tre cet examen confirme ce que l�on sait d�j�, � savoir qu�il n�y a apparemment pas de relation �troite entre le rapport terre/habitant et les disponibilit�s alimentaires par habitant, m�me en tenant compte des diff�rences de qualit� des terres. Tout au plus, de nombreux pays riches en terres ont de faibles disponibilit�s alimentaires par habitant, alors que la plupart des pays mieux pourvus sur le plan nutritionnel semblent �tre, pr�cis�ment, ceux qui accusent les p�nuries de terres les plus fortes. En revanche, la plupart de ces pays sont de gros importateurs de c�r�ales.

6.6 Faut-il en d�duire que la menace sensible d�une baisse inexorable du rapport terre/habitant n�est pas fond�e? Pas n�cessairement. Premi�rement, le rapport national terre/habitant, m�me ajust� pour tenir compte des diff�rences de qualit� des terres, n�est que l�un des nombreux facteurs qui d�terminent les disponibilit�s alimentaires par habitant. On ne peut d�montrer son importance sans une analyse qui tienne compte du r�le de ces autres facteurs (pour respecter notamment la r�serve �toutes choses �tant �gales par ailleurs�). Deuxi�mement, la forte d�pendance des pays pauvres en terres mais nutritionnellement � l�aise � l��gard des importations de c�r�ales laisse � penser que la menace de cette baisse du rapport terre/habitant doit �tre consid�r�e dans une optique mondiale. Autrement dit, une baisse du rapport terre/habitant d�un pays particulier ne compromet pas n�cessairement sa propre situation alimentaire, s�il existe ailleurs suffisamment de terres (dans les pays exportateurs effectifs ou potentiels) pour �viter que le rapport mondial terre/habitant ne tombe au-dessous de valeurs critiques minimales (inconnues) et, naturellement, � condition aussi que la population d�un pays pauvre en terres ne soit pas essentiellement tributaire pour survivre des ressources en terres et en eaux locales. Des pays tels que Maurice et la R�publique de Cor�e font partie de cette cat�gorie.

6.7 Il s�ensuit que la baisse du rapport terre/habitant peut �tre une menace pour le bien-�tre alimentaire de pays pauvres en terres qui vivent principalement de l�agriculture, et ce, alors m�me que leur propre croissance d�mographique n�aura pas n�cessairement un effet sensible sur le rapport terre/habitant � l��chelle mondiale. Seule une forte augmentation de la productivit� de l�agriculture (par le recours � des techniques propres � augmenter la productivit� des terres afin de stopper ou d�inverser la tendance � la baisse), associ�e � une vigoureuse croissance du secteur non agricole leur permettra de s�affranchir de la contrainte que repr�sente la baisse constante du rapport terre/habitant.

6.8 Pour conclure, la baisse du rapport terre/habitant a effectivement une incidence sur les disponibilit�s alimentaires par habitant, et cela de deux mani�res. Dans le contexte mondial, et pour les pays dont la d�pendance r�elle ou potentielle vis-�-vis des importations vivri�res est forte, elle a de l�importance surtout si les baisses menacent de faire tomber le rapport mondial au-dessous de valeurs critiques (inconnues), m�me compte tenu du r�pit offert par des technologies aptes � augmenter la productivit� des terres. Si cela devait se produire, les prix des produits alimentaires subiraient une hausse qui affecterait principalement les pauvres. Le cas ne s�est pas encore pr�sent� malgr� la baisse persistante des rapports terre/habitant dans le monde. On ne sait pas � quelle distance nous sommes de ces valeurs critiques et si celles-ci seront atteintes avant que la population mondiale ne se stabilise et que les disponibilit�s alimentaires n�atteignent des niveaux acceptables pour tous.

6.9 Dans le contexte local, les baisses des rapports terre/habitant ont bien une incidence sur les disponibilit�s alimentaires, la nutrition et les revenus, notamment dans les pays qui n�ont qu�un acc�s limit� aux produits alimentaires import�s et qui sont fortement tributaires de l�agriculture pour maintenir et am�liorer leur niveau de vie et, partant, leur bien-�tre alimentaire. Quand cette d�pendance s�att�nuera (si elle le fait), les pressions exerc�es sur le rapport mondial terre/habitant prendront une importance croissante pour ces pays aussi.

6.10 Le r�le �ventuel des technologies propres � renforcer la productivit� des terres (en pratique � augmenter les rendements) a d�j� �t� mentionn� � propos du r�pit qu�elles peuvent apporter en repoussant les cons�quences de la baisse inexorable des rapports terre/habitant. Cependant, certaines des menaces qui p�sent sur la solution du probl�me alimentaire sont pr�cis�ment li�es aux risques que l�application de ces technologies elles-m�mes pr�sente pour le potentiel de production des ressources agricoles, par exemple la perte de terres pluviales irrigu�es due � l��rosion des sols, par suite de la perte de la salinisation et de l�engorgement, la baisse du potentiel de rendement et le risque accru de mauvaises r�coltes qu�entra�ne la r�sistance aux pesticides, etc. En outre, la mise en culture de nouvelles terres ou l�exploitation plus intensive des terres agricoles s�accompagnent souvent d�une d�gradation (due, par exemple, au raccourcissement des jach�res, � l�exposition � l��rosion de sols fragiles apr�s d�boisement) et ne renforcent pas n�cessairement de mani�re permanente le potentiel total de production. On tentera ci-apr�s d�analyser ce que l�on pense �tre les m�canismes principaux qui am�nent l�activit� humaine � d�grader le potentiel de production des ressources agricoles.

Activit� agricole et d�gradation des ressources agricoles

6.11 Comme on l�a vu, il existe suffisamment de preuves (m�me si elles ne sont ni compl�tes ni d�taill�es) d�montrant que le potentiel de production d�une partie au moins des ressources p�dologiques et hydriques de la plan�te est d�grad� par l�activit� agricole (�rosion du sol, engorgement et salinisation des terres irrigu�es). En outre, cette activit� a d�autres impacts f�cheux sur l�environnement (menace pour la diversit� biologique, pollution des eaux superficielles et souterraines). Tout en reconnaissant que l�activit� agricole contribue souvent � maintenir, voire � restaurer, la capacit� productive des terres et des eaux, nous allons tenter d�expliquer pourquoi les activit�s humaines peuvent en fait d�truire cette capacit� au lieu de la pr�server ou de la renforcer.

6.12 Selon l�opinion la plus r�pandue, ces m�canismes sont doublement li�s � la constante progression de la d�mographie. Premi�rement, il faut produire davantage de nourriture et pour cela il faut affecter � l�agriculture des ressources en terres et en eaux qui ne l��taient pas jusqu�alors et/ou soumettre ces ressources � une exploitation plus intensive. Ces deux processus peuvent compromettre la qualit� des ressources elles-m�mes ainsi que l�ensemble de l�environnement. Deuxi�mement, dans de nombreux pays en d�veloppement, la croissance d�mographique s�accompagne d�une augmentation du nombre de personnes vivant de l�exploitation des ressources agricoles, d�o� une diminution des ressources disponibles par habitant.

6.13 Dans des conditions normales, la diminution des ressources par habitant a pour effet d�en augmenter la valeur pour les personnes int�ress�es (puisqu�il s�agit souvent de leur principale ou de leur unique source de revenus); elle en favorise en outre l�exploitation plus efficace, notamment la r�servation et l�am�lioration de leur potentiel de production. Ainsi, dans le pass�, la base des ressources a �t� grandement am�lior�e par les activit�s agricoles de l�homme. Pourtant, dans certaines conditions, on constate souvent que cette forme d�attention dispara�t et que les gens tendent � d�truire le potentiel de production de ces ressources plut�t qu�� le conserver et � l�am�liorer.

6.14 Il est primordial de comprendre les raisons de ce processus, si l�on veut mettre au point des politiques favorisant un d�veloppement durable. Lorsque cette tendance � la destruction se manifeste dans des conditions de pauvret�, on admet commun�ment que la pauvret� explique le comportement des gens vis-�-vis des ressources. Le m�canisme est d�clench� (pour parler comme les �conomistes) par le raccourcissement de l�horizon temporel des pauvres. En langage courant, cela signifie que, dans des conditions de mis�re totale, la n�cessit� de survivre aujourd�hui l�emporte largement sur la perspective du lendemain. Les pauvres n�ont simplement pas les moyens de subvenir � leurs besoins quotidiens tout en investissant dans la conservation et l�am�lioration des ressources pour assurer leur avenir.

6.15 Toutefois, cette explication des processus � l��uvre est loin d��tre suffisamment compl�te pour permettre de formuler des r�ponses politiques. En premier lieu, on a souvent constat� empiriquement que ces m�canismes ne se produisent pas dans toutes les situations de pauvret�. Le district de Machakos au Kenya offre un exemple du passage � un mode d�exploitation plus durable de m�diocres ressources agricoles dans des conditions de pauvret� et de pression d�mographique croissante. En outre, on observe souvent que les ressources agricoles se d�gradent m�me lorsqu�elles sont exploit�es par des non-pauvres (cette question sera examin�e plus loin). Le ph�nom�ne appara�t aussi, et souvent plus nettement, lorsque la pauvret� tend � diminuer plut�t qu�� augmenter, par exemple lorsque de nouvelles possibilit�s d�activit�s r�mun�ratrices en dehors de l�agriculture entra�nent l�abandon de pratiques compliqu�es de conservation des ressources (parce qu�elles ne sont plus rentables) telles que l�entretien de terrasses pour conserver de petites parcelles de terre de mauvaise qualit� � flanc de collines, etc.

6.16 Il appara�t donc que les processus en cause sont plus complexes qu�il ne semble et qu�il serait simpliste d�attribuer directement � la pauvret� la d�gradation de l�environnement. Cela est g�n�ralement admis, et les travaux de recherche effectu�s sur le r�le des autres variables qui interviennent dans le rapport entre pauvret� et d�gradation de l�environnement peuvent fournir de pr�cieuses indications. Ces travaux mettent en lumi�re, par exemple: l�importance vitale des institutions qui r�gissent l�acc�s aux ressources (de propri�t� commune ou librement accessibles) et la mani�re dont ces institutions subissent des pressions lorsque la densit� de population augmente; la distribution in�gale des terres et l�existence d�un paysannat sans terre; les mesures qui d�couragent l�emploi de technologies qui contribueraient � la conservation des ressources, notamment en faisant baisser le rapport entre les prix des produits agricoles et ceux des engrais et en rendant l�usage des ces derniers non rentable l� o� une utilisation accrue serait indispensable pour pr�venir l��puisement des sols; et les effets d�entra�nement de politiques qui favorisent des interactions entre non-pauvres et pauvres qui portent � la d�gradation, par exemple quand le d�boisement et l�extension de l�agriculture sont encourag�s au moyen d�incitations en faveur d�op�rations foresti�res qui perceront des voies d�acc�s et cr�eront des possibilit�s de colonisation agricole dans des zones foresti�res auparavant inaccessibles, dont les sols sont parfois mal adapt�s � la production agricole.

6.17 Il est important de comprendre le r�le de ces variables et de ne pas s�en tenir � la notion simpliste que la d�gradation s�explique uniquement par la pauvret�, si l�on veut formuler et mettre en �uvre des politiques d�agriculture durable et de conservation des ressources. En effet, le contexte dans lequel sont �labor�es les politiques restera conditionn� � l�avenir par les pressions qui s�exercent sur les ressources agricoles, pressions li�es d�une mani�re ou d�une autre � la pauvret� rurale. Le nombre de ruraux pauvres qui vivent de l�exploitation des ressources agricoles augmentera sans doute encore dans certains pays bien qu�il puisse diminuer dans d�autres. On a not� plus haut que ces deux processus sont souvent associ�s � la d�gradation des ressources. Le probl�me fondamental qui se pose d�s lors en mati�re de politiques est de savoir comment r�duire au minimum les effets n�gatifs de ces deux processus sur l�environnement.

6.18 La d�gradation des ressources agricoles li�e � la pauvret� n�est qu�un aspect parmi d�autres de la situation. On sait que le processus de d�gradation est en partie li� aux actions de personnes n�appartenant pas � la cat�gorie des pauvres. La question pr�sente deux aspects. Le premier concerne les niveaux et les mod�les de consommation des non-pauvres, tant dans les pays d�velopp�s que dans les pays en d�veloppement. Par exemple, quelque 30 pour cent de la production c�r�ali�re mondiale servent � l�alimentation animale, et une bonne partie de la production de soja et des autres graines ol�agineuses est aussi utilis�e dans le cadre de la production animale. La majeure partie des produits de l��levage provenant de syst�mes utilisant des aliments concentr�s est consomm�e par des personnes � revenu moyen ou �lev�. Dans la mesure o� la production de c�r�ales et d�ol�agineux est une cause de d�gradation (dans certaines zones, mais pas dans d�autres), on peut affirmer qu�une partie de la d�gradation est imputable aux actions des riches, et non des pauvres. Il serait peut-�tre plus exact de dire qu�elle est caus�e par des interactions entre riches et pauvres.

6.19 Le deuxi�me aspect est que la d�gradation des ressources est �galement associ�e � un type d�agriculture pratiqu� par des exploitants qui ne sont pas pauvres. L��rosion du sol li�e � certaines cultures c�r�ali�res en Am�rique du Nord en est un exemple; l�emploi excessif d�engrais et d�autres produits agrochimiques en Europe en est un autre; et les effluents provenant d��levages intensifs font partie de la m�me cat�gorie. Autant d�exemples d�actions men�es par des non-pauvres qui ont des effets n�gatifs sur l�environnement. Tout cela montre qu�associer d�gradation des ressources et pauvret� n�explique qu�une partie du ph�nom�ne.

6.20 En derni�re analyse, il faut reconna�tre que la d�gradation des ressources a des cons�quences diff�rentes selon les pays et les groupes de population. Pour les pays pauvres, les cons�quences peuvent �tre tr�s graves car leur bien-�tre d�pend tr�s fortement du potentiel de production de leurs ressources agricoles. C�est pourquoi, du point de vue du d�veloppement et du bien-�tre au sens classique, il est juste que les probl�mes de la d�gradation des ressources soient abord�s avant tout du point de vue des pays en d�veloppement. Simultan�ment, il faut reconna�tre que cette d�gradation, non seulement dans les pays en d�veloppement mais n�importe o� dans le monde, notamment dans les grands pays d�velopp�s exportateurs de produits alimentaires, peut rendre plus difficile la solution des probl�mes de s�curit� alimentaire des pauvres car elle r�duit le potentiel mondial de production vivri�re. C�est pourquoi, m�me si les strat�gies sont principalement ax�es sur la s�curit� alimentaire des pauvres, la lutte contre la d�gradation des ressources dans les pays riches constitue une priorit�, et ce, ind�pendamment du fait que le bien-�tre des pays riches tel qu�il est mesur� habituellement, par exemple sur la base du revenu par habitant, ne serait peut-�tre pas s�rieusement compromis par une d�gradation limit�e de leurs propres ressources. Il existe bien entendu d�autres raisons imp�ratives pour que les pays riches accordent une priorit� �lev�e � la lutte contre la d�gradation de leurs propres ressources, consid�r�e comme un objectif en soi.

Dimensions futures

6.21 Les projections de la production, de l�utilisation des terres et des rendements � l�horizon 2010 pr�sent�es dans le pr�sent document laissent entrevoir une extension relativement modeste des superficies consacr�es � des usages agricoles et une ult�rieure intensification (doubles r�coltes, r�duction des jach�res et rendements plus �lev�s). Comme on l�a not�, ces processus ont �t� souvent associ�s, dans le pass�, avec des probl�mes de d�gradation des ressources et, plus g�n�ralement, d�environnement. A la question de savoir si le d�veloppement agricole sera ou peut �tre rendu durable d�ici � 2010, la r�ponse ne peut donc �tre que celle-ci, � savoir qu�il est impossible de pr�sumer que les forces, bri�vement examin�es dans la pr�sente section, qui ont jadis engendr� des r�sultats non durables, dispara�tront du jour au lendemain. Il s�ensuit que, du moins pendant un certain temps, le monde devra se r�soudre � choisir entre, d�une part augmenter la production et fournir des moyens de subsistance � une population rurale en expansion, et d�autre part pr�server l��cosyst�me et �viter la d�gradation des ressources. Cela �tant, on peut faire beaucoup pour minimiser ces formes de compromis et mettre en place les conditions d�une agriculture orient�e vers un d�veloppement plus durable. Voici quelques exemples:

6.22 Ce ne sont l� que quelques exemples des aspects de durabilit� (ou de non-durabilit�) du d�veloppement agricole et de la n�cessit� de trouver des r�ponses politiques pour att�nuer des inconv�nients qui semblent pour le moment in�vitables. Pour ne pas alourdir exag�r�ment le pr�sent document, on s�est abstenu de multiplier les exemples (en citant par exemple la d�sertification, l��rosion des sols, etc.). Mais il faut quand m�me mentionner bri�vement les incidences que l�agriculture et l�environnement mondial exercent r�ciproquement l�un sur l�autre:

6.23 Enfin, les pr�occupations et le d�bat que suscitent les perspectives � long terme doivent tenir compte de quelques faits fondamentaux: le taux de croissance de la population mondiale est en baisse (il passera de 1,5 pour cent par an de 1990 � 1995, � 1,0 pour cent par an de 2020 � 2025 et � 0,5 pour cent par an de 2045 � 2050); m�me en chiffres absolus, l�accroissement annuel de la population mondiale atteindra un maximum d�environ 90 millions dans les cinq prochaines ann�es, apr�s quoi il pourrait commencer � baisser, mais tr�s lentement. Il pourrait �tre, par exemple, de 80 millions de 2020 � 2025 et de 50 millions de 2045 � 2050 (projection des Nations Unies �tablie sur la base de la variante moyenne); de plus en plus de pays atteindront des niveaux moyens � �lev�s de consommation alimentaire par habitant, au-del� desquels la n�cessit� d�accroissements ult�rieurs diminuera proportionnellement.

6.24 Toutes ces hypoth�ses indiquent que la n�cessit� d�accro�tre la production agricole ira en diminuant et que, par cons�quent, les pressions que celle-ci exerce sur les ressources et l�environnement se feront moins intenses. Parall�lement, si le d�veloppement prend pied dans les pays � faible revenu, la conservation de l�environnement montera dans les priorit�s des gens, cependant que les moyens � investir dans cette conservation seront aussi moins difficiles � trouver. Il reste � voir si le monde peut, � ce stade, adopter des solutions durables pour att�nuer les pressions exerc�es par l�agriculture sur les ressources et l�environnement. Rien ne dit qu�il en sera ainsi si les �checs du d�veloppement continuent d�affliger de nombreux pays, comme c�est le cas aujourd�hui.


7. Conclusions

7.1 Pour conclure, la s�curit� alimentaire � long terme de l�humanit� ne se pr�sente pas forc�ment sous un jour sinistre si l�on prend d�s maintenant des mesures pour: premi�rement, modifier comme il convient les facteurs politiques, th�oriques et institutionnels responsables des �checs du d�veloppement; deuxi�mement, investir dans la cr�ation d�infrastructures et la diffusion de technologies propres � renforcer de mani�re durable le potentiel productif de l�agriculture; et troisi�mement, s�attaquer � la probl�matique population-d�veloppement d�une mani�re conforme au Programme d�action de la Conf�rence internationale de 1994 sur la population et le d�veloppement.

7.2 L�humanit� aurait donc les moyens de prendre les mesures qui un jour permettront de r�soudre les probl�mes de la s�curit� alimentaire mondiale. Ce message est-il exag�r�ment optimiste? On pourrait l�exprimer en n�gatif sous cette forme: �... � long terme, la s�curit� alimentaire de l�humanit� se pr�sentera sous un jour sombre si on ne prend pas des mesures d�s aujourd�hui...�. Quelle que soit la fa�on de le formuler, le pr�sent document montre clairement que, si rien n�est fait, de graves probl�mes d�ins�curit� alimentaire continueront de se poser pendant longtemps encore. Ce qui est loin d��tre une affirmation optimiste, bien au contraire; ce qui importe, c�est de prendre des mesures pour �viter une telle issue. C�est bien l� ce que se propose le Sommet mondial de l�alimentation.

7.3 Comme il a �t� not� plus haut, les march�s c�r�aliers mondiaux ont, ces deux derni�res ann�es, �mis des signaux (hausse des cours) qui indiquent que l��quilibre mondial entre l�offre et la demande solvable se d�t�riore. On peut donc l�gitimement se poser la question de savoir si m�me les quelques progr�s pr�vus � l�horizon 2010 selon le sc�nario pr�sent� ici pourront avoir lieu. En d�autres termes, les fondements du probl�me ont-ils v�ritablement chang�? Comme cette question se pose surtout du point de vue du fl�chissement du taux de croissance de la production c�r�ali�re mondiale, il faut, pour tenter de r�pondre, analyser l��volution r�cente de la production et la comparer avec ce qui �tait pr�vu pour le milieu des ann�es 90 dans les projections de WAT2010.

7.4 De l�analyse plus pr�cise de cette question figurant dans l�encadr� 2, il ressort d�une mani�re g�n�rale que, tout bien pes�, les r�centes d�faillances de la production et les d�veloppements observ�s sur les march�s mondiaux ne fournissent aucune raison imp�rieuse de revoir les niveaux projet�s � l�horizon 2010 concernant la production c�r�ali�re pour l�ensemble du monde et pour les grandes r�gions consid�r�es. Les principaux facteurs responsables des divergences que l�on observe entre les r�sultats r�els et ceux que pr�voyait une projection ordonn�e sont r�versibles. Par contre, le risque d�instabilit� accrue pourrait se r�v�ler �tre une modification structurelle du syst�me plus durable, qui appellerait des r�ponses politiques appropri�es.

7.5 Le probl�me primordial de la s�curit� alimentaire, sur le plan g�n�ral, reste celui-ci: la progression des disponibilit�s alimentaires par habitant (c�est-�-dire de la consommation) des pauvres dans les pays en d�veloppement dans leur ensemble est trop lente et le risque de stagnation pure et simple ou de r�gression dans plusieurs des pays les plus d�munis est tr�s fort.

 

Encadr� 2

Perspectives du secteur c�r�alier � l�Horizon 2010 vues du milieu de 1996

Evolution de 1990 � 1995

Les projections de l��tude de la FAO Agriculture mondiale: Horizon 2010 (WAT2010) concernant les c�r�ales sont pr�sent�es dans le tableau 5. Selon ces projections, la production mondiale aurait d� atteindre 2 334 millions de tonnes en 2010, contre les 1 679 millions de tonnes de la moyenne triennale de 1988-1990, base de l��tude. Si la production mondiale avait �volu� selon une courbe ascendante sans heurts et sans �-coups (ce qui n��tait pas ce que disait l��tude, tant s�en faut), elle aurait d� �tre de 1 840 millions de tonnes en 1995. Or, elle n�a �t� que de 1 713 millions de tonnes cette ann�e-l� (ou, pour �tre plus pr�cis, de 1 772 millions de tonnes pour la moyenne triennale de 1993, 1994 et dans les pr�visions de 1996). Cette sensible contre-performance soul�ve la question de savoir si le niveau projet� pour 2010 est encore r�aliste.

Pour r�pondre � cette question, il faut observer l��volution de la production � un degr� de ventilation plus pouss�. C�est ce qui est fait dans la figure p. 53 o� l�on distingue trois groupes de pays, deux des groupes des pays d�velopp�s du tableau 5 et un groupe pour les pays en d�veloppement dans leur ensemble. Il appara�t clairement que la contre-performance mondiale est principalement attribuable aux faits survenus dans la r�gion Europe de l�Est et ex-Union des r�publiques socialistes sovi�tiques (URSS) et, dans une moindre mesure, dans le groupe �autres pays d�velopp�s�. Les raisons de ce r�sultat et les implications qu�il comporte pour les cours des march�s mondiaux et les niveaux des stocks sont examin�es ailleurs et l�on n�y reviendra pas ici.

On voit aussi, dans la figure, que la production effective des pays en d�veloppement a suivi de tr�s pr�s la trajectoire indiqu�e dans les projections et que leurs importations nettes pour la moyenne des deux ann�es les plus r�centes (juillet/juin 1994/95 et pr�visions 1995/96) sont estim�es � 107 millions de tonnes soit, l� encore, un chiffre proche de celui qui pouvait �tre d�duit par interpolation pour 1995 d�apr�s la trajectoire progressive des importations nettes figurant dans l��tude (de 90 millions de tonnes en 1988-1990 � 162 millions de tonnes en l�an 2010). Logiquement, leur consommation c�r�ali�re totale aussi (production plus importations nettes) a �volu� dans le sens indiqu� par l��tude.

R��valuation des perspectives de la production mondiale pour 2010

Dans quelle mesure ces d�veloppements r�cents devraient conduire � revoir sensiblement les projections de la production c�r�ali�re mondiale �tablies pour 2010, cela d�pend de la fa�on dont on consid�re l�un, l�autre ou tous les facteurs qui expliquent les baisses de production de ces derni�res ann�es (r�formes intervenues dans les pays anciennement � �conomie planifi�e, perturbations m�t�orologiques, r�formes des politiques dans les grands pays exportateurs conduisant � une diminution des stocks d�tenus par l�Etat), et si l�on veut y voir, par nature, une modification structurelle permanente des fondements de l��conomie c�r�ali�re mondiale, allant au-del� des modifications d�j� incorpor�es dans les projections. A l��vidence, les baisses de production enregistr�es dans la r�gion de l�Europe de l�Est et de l�ex-URSS ne rel�vent pas de cette cat�gorie. On peut sans trop de risques poser comme hypoth�se que le r�tablissement qu�elle op�rera un jour placera la r�gion sur une trajectoire qui devrait amener sa production non loin du niveau l�g�rement sup�rieur � 300 millions de tonnes projet� pour 2010 (tableau 5). Toutefois, une partie des reculs observ�s dans la consommation apparente de la r�gion (principalement sous forme d�aliments pour animaux et de d�chets) se r�v�lera probablement d�finitive, ce qui, comme le pr�voyait l��tude, devrait amener la r�gion � devenir un petit exportateur net, alors que dans la p�riode ant�rieure aux r�formes elle se pr�sentait comme un gros importateur net.

Il n�est pas absolument prouv� que les baisses de production imputables aux conditions m�t�orologiques seront plus fr�quentes � l�avenir, ni que le temps puisse influer sur la tendance pr�vue de la production en soi. Il n�y a donc pas de raison imp�rative de penser que la production mondiale projet�e pour 2010 (entendue comme une moyenne de trois ans au moins) doit �tre r�vis�e pour cette seule raison.

Enfin, quelle que soit l�allure que prendront � l�avenir les fluctuations m�t�orologiques, leur importance du point de vue des march�s mondiaux doit �tre examin�e conjointement avec le troisi�me des facteurs susmentionn�s, � savoir les r�formes des politiques par lesquelles les grands pays exportateurs se sont d�tourn�s de la production d�exc�dents et ont opt� pour une diminution des stocks d�tenus par l�Etat. Il y a l�, effectivement, un facteur qui pourrait se r�v�ler �tre une modification structurelle d�finitive des fondements de l��conomie c�r�ali�re mondiale. Ou tout au moins le risque que, pour cette raison, les march�s c�r�aliers mondiaux puissent devenir plus capricieux � l�avenir, cela malgr� l�effet stabilisant d�un syst�me d��changes de plus en plus lib�ral. On peut actuellement s�interroger sur l�ampleur de ce risque, mais c�est un point qui, avec les mesures � prendre pour sauvegarder la s�curit� alimentaire mondiale, fait l�objet d�une attention toute particuli�re de la part de la FAO.

 

Graphique
PRODUCTION C�R�ALI�RE (RIZ EN �QUIVALENT DE RIZ USIN�): CHIFFRES, EFFECTIFS ET PROJECTIONS


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United Nations. 1993. World population prospects: the 1992 revision. New York.

United Nations. 1994. World population prospects: the 1994 revision. Tableaux annexes. New York.

 


1 La production c�r�ali�re de la Communaut� europ�enne des 12 a augment� de 55 millions de tonnes si l�on consid�re les moyennes quinquennales de 1968-1972 et 1988-1992. Au cours de la m�me p�riode, sa position commerciale nette est pass�e de 21 millions de tonnes d�importations nettes � 27 millions de tonnes d�exportations nettes, c�est-�-dire que 87 pour cent de l�accroissement total de la production ont �t� absorb�s par des modifications de la position commerciale nette. Cette �volution a �t� en r�alit� moins spectaculaire qu�il ne semble � premi�re vue car, dans le m�me temps, la r�gion a import� des quantit�s croissantes de produits de remplacement des c�r�ales pour ses march�s int�rieurs de produits d�alimentation animale. En un certain sens, la Communaut� europ�enne a contribu� � augmenter les disponibilit�s c�r�ali�res du reste du monde, en partie en �change de quantit�s accrues de produits de remplacement des c�r�ales, principalement du manioc et des graines ol�agineuses.

2 Voir, cependant, une analyse ant�rieure et celle qui, dans la section de conclusion, concerne le r�le nouveau jou� par les principaux pays d�velopp�s exportateurs apr�s les r�formes des politiques.

3 Il est clair que les conflits et l�instabilit� politique sont des variables importantes pour expliquer des �checs end�miques dans le domaine du d�veloppement et l�aggravation des probl�mes de s�curit� alimentaire, mais il est plus int�ressant de dire qu�il existe une relation de cause � effet jouant en sens contraire, � savoir que les �checs du d�veloppement conduisent � des conflits et � une instabilit� qui provoquent la mise en place d�un cercle vicieux. Si tel �tait le cas (comme il se pourrait fort bien, encore que des variables sociopolitiques et institutionnelles complexes interviennent probablement dans les relations en cause), il faudrait que les politiques con�ues pour am�liorer les perspectives du d�veloppement, politiques qui, dans de nombreux pays, seraient des politiques tendant � am�liorer les r�sultats de l�agriculture, fassent partie int�grante d�un train de mesures destin� � pr�venir l�apparition de conflits.

4 Pour 1994, voir Nations Unies, 1994.

5 Le taux de croissance de la consommation mondiale par habitant n�est pas un tr�s bon indicateur pour juger de ce qui se passe avec les probl�mes de s�curit� alimentaire. M�me si ce taux de croissance tombait � z�ro ou devenait n�gatif, il pourrait encore �tre compatible avec des am�liorations des disponibilit�s alimentaires par habitant dans le cas des pays qui ont de faibles niveaux nutritionnels et de forts taux de croissance d�mographique, sans recul correspondant dans les pays � niveau nutritionnel �lev� (voir les exemples de la section suivante concernant les c�r�ales). Il importe donc de r�aliser que le monde peut encore faire des progr�s dans la voie de la s�curit� alimentaire m�me si la production mondiale par habitant ne progresse que faiblement.

6 Voir note du tableau 3 expliquant pourquoi cette estimation est plus �lev�e que celle de l��tude originale de 1993.

7 La Chine n�est pas comprise parce que l�on ne dispose pas des donn�es (modalit�s de la production agricole et terres dot�es d�un potentiel agricole), par zone agro�cologique, qui sont n�cessaires, aux fins de l�analyse. Il semblerait, en outre, que les donn�es existantes sous-estiment les superficies consacr�es � l�agriculture et surestiment les rendements. Si cela est vrai, le potentiel de croissance ult�rieure de la production agricole pourrait �tre plus �lev� qu�on ne le pense g�n�ralement. Tant que ces incertitudes ne seront pas lev�es, aucune �valuation des perspectives futures de l�utilisation des terres et des rendements ne pourra �tre faite. On peut trouver dans Alexandratos (1996), une analyse de cette question tenant compte des r�centes pr�occupations qui se sont manifest�es � propos de l�augmentation des importations c�r�ali�res de la Chine.