7. Production alimentaire:
le r�le d�terminant de l'eau


Documents d'information technique
FAO, 1996


1.Introduction 

1.1 Il est inutile de rappeler que la terre et l�eau sont les deux principales ressources n�cessaires � l�agriculture et � toute vie. Quand l�eau est abondante et les sols fertiles, les civilisations humaines peuvent subsister, � condition que le climat soit lui aussi favorable. Mais quand l�eau manque, f�t-ce temporairement, l�agriculture d�p�rit et l�ins�curit� alimentaire r�gne. A notre �poque d�explosion d�mographique et de besoins alimentaires sans pr�c�dent, il est de plus en plus difficile de mettre davantage d�eau � la disposition des agriculteurs. Etant donn� les pressions croissantes qui s�exercent sur elles, il est plus essentiel et plus urgent que jamais de bien g�rer les fragiles ressources en terre et en eau de la plan�te.

1.2 L�eau douce est une ressource finie: elle n�est pas rare, mais il n�y en a pas partout. Sensible aux facteurs ext�rieurs et � la d�gradation de l�environnement, elle est d�autant plus difficile � g�rer qu�elle a une mobilit� sp�cifique, et elle est co�teuse � ma�triser et mettre en valeur. Les besoins d�eau augmentent sous l�effet de la pression d�mographique et du d�veloppement socio�conomique, tandis que la transformation de l�environnement mondial et du contexte g�opolitique rend les approvisionnements de plus en plus pr�caires. L�eau devient plus pr�cieuse � mesure que se multiplient les utilisations concurrentes: il sera de plus en plus n�cessaire et d�sirable de bien la g�rer. La p�nurie d�eau menace des facteurs essentiels � la s�curit� de la vie humaine: production alimentaire, sant� de l�environnement aquatique, stabilit� sociale et politique.

1.3 La gestion des ressources limit�es en eau douce doit avoir des objectifs quantitatifs et qualitatifs. La d�rivation des cours d�eau, la surexploitation des aquif�res, les d�versements incontr�l�s de d�chets dans les fleuves, les lacs, les estuaires et les aquif�res menacent ce qui reste d�eau utilisable. Il faut rem�dier � tous ces probl�mes; la d�gradation et l��puisement des ressources en eau ne sont pas in�luctables. Avec les connaissances et les ressources dont nous disposons, il est possible de nourrir l�humanit� sans compromettre l�avenir. A nous d�utiliser notre savoir et de mobiliser toute la volont� n�cessaire pour corriger une situation qui risque de devenir critique.

1.4 Diverses politiques de gestion des eaux sont possibles; mais c�est l� un probl�me sensible; la r�forme du comportement public � l��gard de l�eau sera une t�che difficile, comportant des co�ts politiques et administratifs �lev�s. Il n�y a probablement pas de solution parfaite. Les r�formes ont des r�percussions � long terme; il y a toujours des gagnants et des perdants, si bien que le changement n�est pas toujours accept� par toutes les parties int�ress�es, m�me lorsque les effets sont globalement tr�s positifs.

1.5 Le temps est un facteur critique. Toute strat�gie d�am�nagement doit �tre fond�e sur une �valuation des tendances probables � l��chelon mondial et � l��chelon local: croissance d�mographique, urbanisation, mondialisation, progr�s des techniques et de l�information, �volution des facteurs culturels et d�gradation de l�environnement. Il faut du temps pour faire accepter une politique de gestion des eaux et les mesures n�cessaires � son application. Les forces favorables � la r�forme et celles qui s�y opposent doivent �tre bien comprises; il faut leur laisser le temps de s�adapter.

1.6 L�agriculture est la principale utilisatrice d�eau: elle absorbe plus des deux tiers des eaux pr�lev�es dans les cours d�eau, les lacs et les aquif�res. L�eau devient de plus en plus rare et pr�cieuse � mesure que les populations augmentent et que l��conomie se d�veloppe. D�j�, dans beaucoup de pays, le d�veloppement est frein� parce que l�agriculture, l�industrie et les villes se disputent l�eau. Paradoxalement, malgr� cette p�nurie croissante, celle-ci est encore utilis�e de fa�on tr�s inefficiente dans beaucoup de zones. Jusqu�� 60 pour cent de l�eau d�riv�e ou pomp�e pour l�irrigation est perdue avant d�atteindre les cultures. Les r�seaux urbains de distribution ont des fuites et l�eau est livr�e gratuitement ou � des prix inf�rieurs au co�t de distribution. Certaines pertes sont in�vitables, mais beaucoup d�eau pourrait �tre r�cup�r�e et r�utilis�e. Les industries, les villes et l�agriculture polluent l�eau. Un certain degr� de pollution est inh�rent � toute utilisation de l�eau, mais trop d�eau est d�finitivement perdue � cause de pollutions irr�versibles.

1.7 La perte d�une ressource pr�cieuse n�est pas la seule cons�quence du gaspillage de l�eau d�irrigation: celui-ci entra�ne aussi l�engorgement et la salinisation des terres. Plus de 10 pour cent des terres irrigu�es souffrent de divers degr�s de salinisation; l�ampleur et l�intensit� de ce ph�nom�ne ne font qu�augmenter. La qualit� des eaux superficielles se d�t�riore � cause du d�versement de d�chets urbains et industriels et de r�sidus chimiques de l�agriculture. Non seulement les aquif�res sont pollu�s par des sources superficielles mais les intrusions d�eau de mer peuvent les rendre inutilisables. Les �cosyst�mes aquatiques des cours d�eau et des estuaires risquent aussi de souffrir si l�eau qui les alimente est insuffisante ou de mauvaise qualit�.

1.8 On se demande aujourd�hui s�il est bien raisonnable que l�agriculture continue d�absorber une part si importante des ressources en eau. Les gouvernements et les donateurs sont invit�s � s�interroger sur les justifications �conomiques, sociales et environnementales du financement et de la gestion des am�nagements hydrauliques par le secteur public. Malgr� les investissements et les subventions consid�rables, l�irrigation n�a pas partout am�lior� autant qu�on l�esp�rait les rendements agricoles et l�utilisation de l�eau. Non seulement l�agriculture utilise la plus grande partie de l�eau disponible, mais elle l�utilise en produisant relativement peu de valeur ajout�e, avec un mauvais rendement et � coup de subventions. Maintenant que l�on exploite presque toute l�eau douce qui peut �tre produite par le cycle hydrologique, il faut changer de politique.

1.9 Sur le plan �conomique, l�agriculture est souvent incapable de concurrencer les autres usagers de l�eau. Les villes et les industries peuvent la payer plus cher et en tirer un rendement �conomique sup�rieur: l�agriculture doit maintenant montrer que la part des ressources limit�es en eau qui lui est attribu�e est utilis�e efficacement pour assurer la s�curit� alimentaire, faute de quoi elle en sera r�duite � c�der de plus en plus d�eau aux usagers des villes et des industries qui en tirent plus de valeur. Malheureusement, elle doit produire de plus en plus tout en utilisant moins d�eau qu�aujourd�hui. On n�a pas encore pleinement mesur� l�effet qu�aura sur la production future d�aliments le transfert des ressources en eau de l�agriculture aux usages urbains.

1.10 La s�curit� alimentaire est �troitement li�e � la s�curit� hydrique. Quelque 30 � 40 pour cent des aliments sont produits sur les 17 pour cent des terres agricoles qui sont irrigu�es. Environ un cinqui�me de la production totale de poisson provient de l�aquaculture en eau douce. Au cours du prochain si�cle, la s�curit� et la stabilit� des approvisionnements alimentaires d�pendront �troitement de la ma�trise de l�eau. Le contr�le de l�humidit� au niveau des racines permet de maximiser et de stabiliser la production en �vitant aux cultures de souffrir des caprices des pluies, ce qui permet de r�aliser pleinement le potentiel des vari�t�s � haut rendement et les avantages des syst�mes int�gr�s de nutrition et de protection des v�g�taux. Ce n�est pas sur l�expansion (construction de barrages, de canaux, nivellement et �quipement de nouvelles terres) qu�il faudra compter, mais de plus en plus sur une meilleure gestion: remise en �tat des r�seaux inefficients et remplacement des techniques traditionnelles datant d�une �re d�abondance par des techniques plus rigoureuses. Pour cela, il faudra non seulement des cr�dits, mais aussi des agriculteurs et des gestionnaires qualifi�s et comp�tents.

1.11 Le Sommet mondial de l�alimentation est l�occasion de r�fl�chir aux relations inextricables entre les ressources hydriques et la s�curit� alimentaire, d�examiner la fa�on dont l�eau est actuellement g�r�e dans l�agriculture et de stimuler une r�flexion critique, un effort de recherche et des initiatives pour l�avenir. L��conomie de l�eau comprend des aspects physiques, �conomiques et sociaux qui doivent tous �tre pris en consid�ration � ce stade.


2. L'�conomie mondiale de l'eau

L�au, ressource limit�e

2.1 Les vastes r�serves d�eau que contiennent les oc�ans, les calottes glaciaires et les glaciers de l�Antarctique et du Groenland et les nappes profondes ne sont pas accessibles pour l�agriculture. L�eau douce utilisable pour les activit�s humaines et l�agriculture provient essentiellement des pluies re�ues par les continents. Mais le volume des pr�cipitations ne peut pas d�passer celui de l�eau qui s��vapore de la v�g�tation, de la terre et des plans d�eau libre, y compris les mers. L�eau est constamment recycl�e par l��vaporation que produit l��nergie solaire; les pr�cipitations et le d�bit des cours d�eau d�pendent des cycles saisonniers annuels.

2.2 Le volume annuel moyen des pr�cipitations continentales s��l�ve � quelque 110 000 km3 dont environ 70 000 retournent dans l�atmosph�re par �vaporation. La partie de l�eau qui s��vapore ainsi est parfois appel�e eau verte � c�est d�elle que d�pend toute la v�g�tation non irrigu�e, y compris les for�ts, savanes et prairies, ainsi que les cultures pluviales. Environ 26 pour cent de l�eau verte � 18 000 km3 � sont d�j� utilis�s par l�homme, principalement pour l�agriculture; il reste donc quelque 74 pour cent ou 52 000 km3 pour r�pondre aux besoins de toutes les autres esp�ces vivant sur terre et des communaut�s naturelles.

2.3 D�duction faite de l�eau pr�cipit�e sur les continents qui s��vapore, il reste chaque ann�e 40 000 km3 d�eau douce dans les lacs, r�servoirs et cours d�eau et dans les aquif�res en communication avec les eaux superficielles. Cette eau bleue est in�galement r�partie dans le temps et dans l�espace; c�est un flux qui s��coule jusqu�� un milieu r�cepteur tel que la mer ou une couche de sel. Tant qu�elle reste en surface, elle subit des pertes par �vaporation. Elle n�est pas en totalit� accessible: environ 20 pour cent des eaux bleues constituent le d�bit des tron�ons �loign�s de l�Amazone, du Za�re-Congo et des rivi�res non exploit�es du Grand Nord, dans des zones inaccessibles o� il n�y a pas de demande. Une grande partie du ruissellement n�est pas disponible au moment o� il est n�cessaire et il est difficile � capter parce qu�il s�agit d�eaux de crue (figure 1).

Figure 1: EAUX BLEUES ACCESSIBLES EN POURCENTAGE DES PR�CIPITATIONS ANNUELLES CONTINENTALES

2.4 On estime que le volume accessible dans des conditions raisonnables pour les utilisations humaines est de 9 000 km3, auxquels il faut ajouter les 3 500 km3 d�eaux de ruissellement capt�es dans les r�servoirs existants, soit au total 12 500 km3 d�eaux de ruissellement par an. Il serait difficile et co�teux de faire parvenir l� o� il est n�cessaire et au moment voulu le reste des eaux bleues, soit 27 500 km3, � cause de la topographie, de l��loignement des centres de population et de d�veloppement ainsi que des cons�quences sociales et environnementales des endiguements et des autres ouvrages de mise en valeur des eaux.

2.5Les quantit�s pr�lev�es chaque ann�e pour l�agriculture, l�industrie, les municipalit�s et les pertes dans les r�servoirs s��l�vent � 4 430 km3, dont environ 54 pour cent (2 285 km3) sont effectivement consomm�s tandis que 46 pour cent sont remis en circulation, mais avec une baisse de qualit�. Il faut laisser une partie des eaux superficielles suivre leur cours naturel pour permettre une bonne dilution des effluents et pour prot�ger les �cosyst�mes aquatiques. La quantit� d�eau qu�il faut laisser dans un cours d�eau d�pend de la saison et de nombreux facteurs sp�cifiques � chaque bassin hydrographique. Dans l�attente d�une meilleure connaissance de la complexit� du fonctionnement �cologique des cours d�eau, on estime que ces d�bits minimaux � pr�server dans les cours d�eau repr�sentent 2 350 km3, ce qui, avec les 4 430 km3 pr�lev�s pour les utilisations humaines, repr�sente au total 6 780 km3 par an, soit 54 pour cent des eaux de ruissellement accessibles (figure 2)1.

Figure 2: PROPORTION DES EAUX VERTES ET DES EAUX BLEUES D�J� CAPT�ES POUR LES UTILISATIONS HUMAINES

2.6 Ainsi, plus de la moiti� des eaux douces facilement accessibles sont d�j� utilis�es. Compte tenu des projections de la population et des besoins d�eau, il faudra g�rer plus rigoureusement l��conomie hydrique de la plan�te. Comme l�eau et la population sont in�galement r�parties, plusieurs pays et r�gions du monde connaissent d�j� une situation critique et des zones de plus en plus nombreuses manquent d�eau douce tandis que la concurrence entre les usagers s�intensifie. Les disponibilit�s d�eau par habitant sont analys�es ci-apr�s.

Eau utilis�e pour la production alimentaire

2.7 Depuis longtemps, c�est l�agriculture qui utilise la plus grande partie des eaux pr�lev�es par l�homme: environ 70 pour cent aujourd�hui. Les usages m�nagers, municipaux et industriels absorbent les 30 pour cent restants. Le climat et l��conomie influent sur l�utilisation des eaux pr�lev�es; ainsi, dans les pays industrialis�s des r�gions temp�r�es humides, la proportion de l�eau utilis�e pour l�agriculture est moins �lev�e que dans les pays en d�veloppement des tropiques arides (parfois moins de 30 pour cent, contre plus de 90 pour cent dans certains pays arides en d�veloppement). La r�partition de l�eau est un indicateur du d�veloppement: � mesure que l��conomie se d�veloppe, la part de l�agriculture diminue tandis que celle de l�industrie et des usages domestiques augmente.

2.8 La majeure partie de l�eau utilis�e pour l�agriculture sert � irriguer environ 250 millions d�hectares. L�eau effectivement utilis�e pour la production est �vapor�e au cours du processus biologique du d�veloppement des plantes. L�eau capt�e pour l�irrigation mais qui pour diverses raisons n�est pas absorb�e par les plantes ressort pour la majeure partie en aval sous forme d�eau de colature ou s�infiltre et alimente la nappe. L�irrigation modifie la qualit� des eaux d��coulement qui se salinisent et sont contamin�es par les exc�dents d�engrais et de pesticides.

2.9 A l��chelle mondiale, on estime que l�agriculture irrigu�e fournit pr�s de 40 pour cent des produits alimentaires et agricoles sur 17 pour cent des terres agricoles: les zones irrigu�es ont donc une importance hors de proportion avec leur superficie pour la s�curit� alimentaire mondiale. Cette remarquable productivit� est due aux divers effets des techniques de ma�trise de l�eau. En g�n�ral, l�irrigation permet de fournir suffisamment d�eau aux plantes pendant toute la p�riode v�g�tative, et donc d�obtenir des rendements �lev�s. Sous les tropiques et dans d�autres zones o� le climat le permet, on peut obtenir jusqu�� trois r�coltes dans l�ann�e si l�on dispose d�assez d�eau. Dans les r�gions humides, l�irrigation ne fait que compl�ter l�eau m�t�orique. L�irrigation exige de 2 000 � 20 000 m3 par hectare et par an selon le climat, les esp�ces cultiv�es et l�intensit� de culture. On estime que les eaux bleues repr�sentent approximativement la moiti� de l�eau effectivement absorb�e par les plantes cultiv�es, mais ce n�est l� qu�une moyenne mondiale; la proportion varie beaucoup selon le climat et les saisons et, dans les r�gions tr�s arides, toute l�eau du sol absorb�e par les plantes cultiv�es provient de l�irrigation.

2.10Rien ne peut remplacer l�eau dans les processus de production biologiques. En Californie, par exemple, la quantit� d�eau n�cessaire est de 1,3 m3/kg pour le bl�, 22 m3 pour l�huile de soja, 16 m3 pour la viande bovine et 5,8 m3 pour la viande de volaille. Les chiffres peuvent �tre un peu diff�rents selon le climat et les m�thodes de production dans les diverses r�gions du monde. Pour nourrir un Californien type, il faut environ 2 200 m3 d�eau par an, dont 64 pour cent pour la production de viande. En Tunisie, il faut 1 100 m3 par personne et par an, dont 27 pour cent pour la production de viande. On estime qu�en Californie environ 70 pour cent de cette eau provient de l�irrigation et en Tunisie pr�s de 60 pour cent. Beaucoup de r�gions, y compris la Californie et la Tunisie, importent et exportent des produits alimentaires et par cons�quent l�eau qu�ils contiennent2.

2.11 Les eaux bleues accessibles, dont 50 pour cent sont d�j� utilis�s � l��chelle mondiale, sont irrempla�ables dans certaines de leurs fonctions: eau potable pour les hommes et les animaux, eau pour la toilette et la lessive, pour l�assainissement et les usages urbains, pour l�industrie, pour l�aquaculture et les milieux aquatiques, pour l�environnement en g�n�ral. Elles ont donc une valeur de raret� sup�rieure � celle des eaux vertes et elles sont utilis�es de fa�on plus efficiente pour compl�ter l�humidit� du sol quand les pr�cipitations sont insuffisantes. Partout o� l�eau manque, on s�efforce de la r�colter et de faire parvenir aux racines une plus grande partie des pr�cipitations afin d��conomiser les eaux bleues dont la valeur de raret� est sup�rieure.

Bilans hydriques � l'�chelle des r�gions et des pays

2.12 Le tableau 1 montre qu�un tiers du ruissellement continental est produit en Asie. Si l�on rapporte le volume du ruissellement � la superficie (ruissellement par km2), on constate que l�Am�rique latine est plus riche en eau que les autres continents. Toutefois ces chiffres globaux, qui sont des moyennes concernant de vastes superficies comprenant aussi bien des r�gions tr�s humides que des d�serts, peuvent induire en erreur. Ainsi, si l�on consid�re s�par�ment l�Oc�anie et l�Australie, on constate que ce dernier continent est tr�s pauvre en eau, tandis que l�Indon�sie par exemple est riche. L��volution des disponibilit�s par habitant (en m3) entre 1960 et 2000 refl�te la croissance d�mographique. En Asie, en Europe et en Afrique, on est proche de la p�nurie. Toutefois, la situation est assez stable en Europe tandis qu�en Afrique les disponibilit�s d�eau par habitant ne sont aujourd�hui qu�un tiers de celles qu�elles �taient en 1960. Dans certains grands pays d�Asie, les disponibilit�s par habitant sont maintenant proches du seuil biologique, c�est-�-dire de la quantit� n�cessaire (sous forme d�humidit� du sol) pour produire de quoi nourrir la population (approximativement 2 000 m3 par personne). En Chine, o� les disponibilit�s sont de 2 300 m3 par personne et par an, environ 70 pour cent de la production alimentaire proviennent des cultures irrigu�es, et en Inde (2 000 m3 par personne et par an), la proportion d�passe 50 pour cent.

2.13 Les moyennes du tableau 1 ne font pas appara�tre les situations critiques qui existent en particulier en Afrique du Nord et au Proche-Orient. On trouvera au tableau 2 une liste de pays o� les disponibilit�s en eau par habitant seront faibles en l�an 2000 et qui devront donc en toute probabilit� faire face � un probl�me critique de gestion des ressources hydriques. Les eaux disponibles dans certains de ces pays ont leur origine sur le territoire national; mais d�autres sont tr�s tributaires de d�bits fluviaux transfronti�res. La liste n�est pas compl�te; plusieurs autres pays disposent de tr�s peu d�eau par habitant. En outre, m�me dans les pays o� les disponibilit�s moyennes sont suffisantes, certaines r�gions manquent d�eau. La crise de l�eau n�atteint pas toute la plan�te en m�me temps, mais s��tend graduellement en commen�ant par les zones arides et les r�gions � forte densit� d�mographique.

2.14 Le tableau 3 indique les quantit�s d�eau utilis�es par continent, sans compter le d�bit minimal des cours d�eau ni l��vaporation des r�servoirs. On peut voir que, comme il est indiqu� ci-dessus, plus des deux tiers de l�eau utilis�e dans le monde est absorb�e par l�agriculture; toutefois, la proportion d�passe 85 pour cent en Afrique et en Asie alors qu�elle n�est que de 33 pour cent en Europe; sur ce continent de dimension limit�e et tr�s industrialis�, plus de 50 pour cent de l�eau est utilis�e par le secteur industriel. C�est en Am�rique du Nord � o� l�agriculture et l�industrie sont l�une et l�autre tr�s d�velopp�es � que la consommation d�eau par habitant est le plus �lev�e. A l�autre extr�me, c�est en Afrique, o� les infrastructures hydrauliques sont sous-d�velopp�es et o� les ressources hydriques ne sont pas enti�rement exploit�es, qu�elle est le plus faible.

Tableau 1: Bilan hydrique par continent

Tableau 2: Pays qui manqueront d�eau en l�an 2000

Tableau 3: utilisation de l�eau par continent (1990

 

G�rer la p�nure

2.15 Par p�nurie d�eau, on d�signe une situation dans laquelle les utilisateurs se disputent l�eau disponible. Les interventions humaines provoquent des p�nuries d�eau du fait de la croissance d�mographique, du gaspillage ou de l�in�galit� d�acc�s aux ressources. La croissance d�mographique est un facteur de p�nurie par le simple fait qu�elle oblige � partager l�eau disponible entre un nombre plus grand de personnes. Les activit�s humaines sont aussi un facteur de p�nurie du fait qu�elles contaminent les ressources hydriques existantes et les rendent inutilisables. Quand les aquif�res sont surexploit�s, il faut pomper � des profondeurs encore plus grandes, ce qui fait monter les co�ts et favorise les intrusions d�eau sal�e qui risquent de rendre l�aquif�re inutilisable. La modification des conditions d�acc�s ou des syst�mes de distribution peut concentrer les disponibilit�s au profit d�un groupe tandis que les autres sont condamn�s � une p�nurie extr�me. Par exemple, des masses de citadins pauvres payent l�eau beaucoup plus cher et y consacrent une beaucoup plus grande partie de leur revenu que les familles desservies par un r�seau urbain de distribution.

2.16 Quand l�eau manque, l�agriculture est en concurrence avec d�autres utilisations � approvisionnement urbain et municipal, industrie � dont le potentiel et le poids �conomique sont plus grands. Il est difficile pour les soci�t�s rurales traditionnelles de s�adapter � la p�nurie d�eau et de s�en remettre au commerce pour leur s�curit� alimentaire. La restructuration des activit�s �conomiques et sociales d�une soci�t� rurale demande du temps, parfois plusieurs g�n�rations. Dans beaucoup de pays qui manquent d�eau ou sont pr�s d�en manquer, le temps est un facteur limitant pour la mise au point des politiques et strat�gies et il est urgent de d�velopper le cadre institutionnel et juridique ainsi que la capacit� de gestion n�cessaires.

2.17 Pour g�rer les ressources hydriques dans une situation de p�nurie, il faut bien comprendre les relations entre l��conomie de l�eau et l��conomie nationale. Il faut aussi comprendre les effets des divers instruments de la politique �conomique sur les bilans hydriques relatifs des divers secteurs de l��conomie, � l��chelle locale, r�gionale et nationale ainsi que sur la r�partition entre les m�nages, les exploitations agricoles et les entreprises. Les politiques macro�conomiques et sectorielles qui ne visent pas sp�cifiquement l��conomie de l�eau peuvent avoir un effet d�terminant sur l�allocation des ressources hydriques et sur la demande globale.

2.18 Face � la p�nurie d�eau, la marge de man�uvre est par d�finition �troite: non seulement il faut de toute urgence faire le n�cessaire pour satisfaire les besoins croissants, mais il n�existe gu�re de moyens d�accro�tre les disponibilit�s d�eau et le financement des mesures n�cessaires est en concurrence avec toutes sortes d�autres besoins. Les solutions actuelles laissent beaucoup � d�sirer, d�o� de grandes pertes de temps et de ressources pour assurer les approvisionnements n�cessaires. L�information, la sensibilisation et les interventions aux niveaux mondial et international ont peu d�effets car les groupes de pression �conomiques et environnementaux ne commencent � protester contre les pratiques non viables et � r�clamer la mise en valeur du potentiel pour assurer les approvisionnements futurs que quand les probl�mes et les p�nuries apparaissent aux niveaux national et local.

2.19 La gestion de l�eau doit se d�ployer sur plusieurs fronts:

2.20 L�unit� naturelle de gestion de l�eau est le bassin hydrographique. Dans un bassin donn�, l�eau peut provenir des pr�cipitations actuelles et de celles qui ont �t� emmagasin�es dans le pass� sous forme de neige, de glace, de r�servoirs souterrains ou superficiels, de lacs, ou dans le sol et les aquif�res; de d�rivations � partir d�autres bassins plus riches; enfin, de dessalement. L�eau peut cesser d��tre disponible de plusieurs fa�ons: elle peut �tre absorb�e par des milieux r�cepteurs tels que l�atmosph�re, o� elle s��chappe sous forme de vapeur (par �vaporation et �vapotranspiration), ou des masses d�eau sal�e avec lesquelles elle se m�lange (oc�ans, lacs sal�s, aquif�res saum�tres), enfin, elle peut �tre pollu�e par des sels et des �l�ments toxiques qui la rendent inutilisable.

2.21 L�eau pr�lev�e dans un bassin retourne g�n�ralement en partie ou en totalit�, sous forme d�eau us�e, dans le syst�me hydrique superficiel ou souterrain, et devient alors une source secondaire d�approvisionnement en eau, toujours de moins bonne qualit� que celle des sources primaires parce que l�eau se charge en polluants quand elle est utilis�e et parce que les utilisations qui consomment l�eau (�vaporation) accroissent la concentration de sel. Ainsi, � chaque �tape du recyclage de l�eau dans un bassin hydrographique, la quantit� absolue et la concentration des polluants augmentent. Etant donn� la complexit� des processus en cause, les mesures des quantit�s emmagasin�es et pr�lev�es peuvent induire en erreur.

2.22 Pour utiliser plus efficacement l�eau au niveau du bassin hydrologique, il faut contr�ler les d�versements dans les milieux r�cepteurs. L�action se d�roule sur plusieurs fronts:

2.23 L�am�lioration du rendement de l�irrigation (c�est-�-dire du pourcentage de l�eau pr�lev�e qui est effectivement absorb� par les racines) n�accro�t pas n�cessairement la quantit� d�eau disponible dans le bassin hydrographique. Les eaux d�infiltration (qui vont alimenter la nappe) et de colature provenant des r�seaux peu co�teux et � faible rendement existants peuvent en effet �tre recycl�es par les usagers d�aval. Pour accro�tre le rendement de l�eau � l��chelle du bassin, on peut r�duire l��vaporation improductive ou emp�cher l�eau douce de se m�langer avec de l�eau sal�e, par exemple en emmagasinant les eaux de crue dans un r�servoir jusqu�au moment o� on voudra les utiliser (Frederiksen, 1996; Appelgren et Klohn,1996).

 

Fonction des eaux souterraines

2.24 Les eaux souterraines jouent un r�le important dans l��conomie de l�eau; on oublie souvent d�en tenir compte dans l��valuation traditionnelle des ressources hydriques bas�e sur le d�bit des cours d�eau. Un tiers de ce d�bit provient des aquif�res souterrains et c�est l� la composante la plus stable des d�bits de surface. Dans les zones arides et semi-arides, o� les aquif�res ne sont pas toujours directement en communication avec le r�seau hydrographique de surface et o� les eaux superficielles sont rares et in�galement r�parties, les eaux souterraines peuvent �tre une source d�approvisionnement. Elles servent g�n�ralement de stocks tampons qui permettent de parer aux d�ficits saisonniers des pr�cipitations. C�est de cette fa�on que les eaux souterraines contribuent � isoler l��conomie agricole du sous-continent d�Inde du Nord des caprices de la mousson. Malheureusement, dans certaines des principales r�gions de production vivri�re, la surexploitation des eaux souterraines fait baisser le niveau des aquif�res. On observe cette tendance dans la plupart des zones arides (en Asie, au Mexique, au Proche-Orient, en Afrique du Nord et dans l�ouest des Etats-Unis par exemple).

 

Encadr� 1
DESSALEMENT

Le dessalement est une option co�teuse, ne serait-ce que parce qu�il demande beaucoup d��nergie. Les meilleures installations actuellement en activit� consomment � peu pr�s 30 fois la quantit� d��nergie minimale th�oriquement n�cessaire pour dessaler l�eau. Les progr�s techniques pourraient r�duire la consommation d��nergie � 10 fois le minimum th�orique, ce qui serait encore beaucoup. Dans un avenir pr�visible, le dessalement continuera probablement � �tre utilis� seulement pour produire de l�eau potable dans des pays pauvres en eau et riches en �nergie.

 

2.25 Les utilisateurs � par exemple les agriculteurs � ne peuvent pas continuer ind�finiment � pomper plus d�eau que la nappe n�en re�oit. A mesure que la nappe baisse, le pompage devient trop co�teux pour �tre rentable, ou l�eau trop sal�e pour pouvoir servir � l�irrigation, ou l�aquif�re s��puise. Quand la consommation d�eau souterraine est sup�rieure � l�alimentation naturelle, on ne peut pas compter la maintenir au m�me niveau � long terme et le syst�me n�est pas durable. L��puisement de la nappe n�est pas la seule cons�quence irr�versible de cette surexploitation. Dans les zones c�ti�res, un pompage excessif peut provoquer des intrusions d�eau sal�e, contaminer l�eau et ab�mer le r�servoir souterrain. L��puisement des aquif�res peut m�me entra�ner un compactage g�ologique qui r�duit leur capacit� naturelle de stockage.

2.26 La contamination des aquif�res est un probl�me de plus en plus inqui�tant de partout dans le monde, particuli�rement pour les approvisionnements en eau des villes. Une fois que des polluants tels que les nitrates provenant de l�agriculture ou les produits toxiques rejet�s par l�industrie p�n�trent dans un r�servoir souterrain, ils continuent � contaminer l�eau douce qui y est stock�e. L�assainissement d�un aquif�re contamin� peut prendre tr�s longtemps.

S�curit� alimentaire et s�curit� hydrique

2.27 Par s�curit� alimentaire on entend une situation dans laquelle tous les m�nages ont mat�riellement et financi�rement acc�s � une nourriture ad�quate pour tous les membres de la famille et ne risquent pas de perdre cet acc�s. En d�finitive, le principal d�terminant de la s�curit� alimentaire est le pouvoir d�achat de l�individu ou de l�unit� familiale. A l��chelon national, beaucoup de pays atteignent la s�curit� alimentaire par une politique d�autod�pendance qui consiste � tirer parti d�une fa�on optimale des cr�neaux du march� international pour compl�ter la production int�rieure.

2.28 Dans la plupart des pays situ�s en zone aride, les disponibilit�s d�eau par habitant ne sont d�j� pas suffisantes pour qu�il soit possible de produire localement de quoi nourrir la population. Certains de ces pays ont adopt� des politiques en vue de se prot�ger contre le risque de ne pouvoir importer d�aliments � aucun prix, par exemple en cas de guerre ou d�embargo. Ces politiques peuvent les amener � exploiter les eaux fossiles � qui ne sont pas renouvelables � pour produire des denr�es alimentaires de faible valeur. Elles am�nent aussi � produire des aliments pour un prix de revient plus �lev� que le prix sur les march�s internationaux, ce qui compromet la s�curit� alimentaire des plus pauvres. Le souci de garantir des approvisionnements en eau suffisants pour assurer la production vivri�re est une des causes des �guerres de l�eau�.

2.29 L�autod�pendance alimentaire n�est possible que si l��conomie produit des recettes d�exportation qui permettent de financer les importations alimentaires n�cessaires pour nourrir la population. Il faut en outre qu�il existe quelque part dans le monde assez d�eau pour produire de quoi nourrir toute l�humanit�. Le recours au commerce international comporte certains risques (d�t�rioration des termes de l��change sur les march�s mondiaux, incertitude des approvisionnements, instabilit� des prix).

2.30 Dans un contexte d�autod�pendance alimentaire, la s�curit� hydrique s�obtient au moyen d�une politique de d�veloppement �conomique et d�utilisation rationnelle et durable des ressources limit�es en eau. Il s�agit d�assurer l�approvisionnement en eau des m�nages et des municipalit�s, mais aussi du commerce, du tourisme et de l�industrie afin de pouvoir cr�er des emplois. L�insuffisance ou l�irr�gularit� de l�approvisionnement en eau des villes provoquent des troubles sociaux, des tensions politiques et une situation d�ins�curit� hydrique.

2.31 Combien d�eau faut-il au minimum pour assurer la s�curit� hydrique? Pour le Moyen-Orient, on a propos� le chiffre de 125 m3 par personne et par an, comprenant 100 m3 pour les besoins domestiques, urbains et industriels minimaux, plus une petite allocation de 25 m3 pour permettre une petite production de l�gumes frais, de b�tail et de volaille (Shuval, 1996). Etant donn� qu�environ 65 pour cent de l�eau livr�e pour les usages domestiques, urbains et industriels peut �tre recycl�e pour l�agriculture ou pour d�autres usages industriels ou urbains (eau potable exclue), le volume total effectivement disponible, y compris l�eau recycl�e, avec un approvisionnement primaire minimal de 125 m3 par personne et par an, pourrait atteindre 190 m3 par personne et par an3.

Politique de l�au et r�formes institutionnelles

2.32 Dans un monde o� certains manquent d�eau, il est impossible de ne pas se pr�occuper des probl�mes complexes de l�environnement naturel, de l��quit� sociale, de la survie des autres esp�ces et du bien-�tre des g�n�rations futures. La Conf�rence internationale sur l�eau et l�environnement a publi� une d�claration de principe qui a servi de base au chapitre relatif � l�eau du Plan d�action mondial issu de la Conf�rence des Nations Unies sur l�environnement et le d�veloppement (CNUED), Rio de Janeiro, Br�sil, 1992. En 1993, la Banque mondiale a publi� une politique de l�eau proposant un cadre pour la gestion des ressources hydriques (Banque mondiale, 1993b). Tous ces documents exhortent � prendre conscience des relations entre le d�veloppement �conomique et la protection des �cosyst�mes naturels, � traiter l�eau comme un bien �conomique et � planifier l�utilisation et la mise en valeur des eaux avec la participation du public. Beaucoup de pays ont depuis entrepris de r�viser et r�former leur politique de l�eau (FAO, 1995d; FAO et PNUD, 1995).

2.33 Les institutions �tablissent les r�gles du jeu qui r�gissent le fonctionnement du syst�me �conomique. Par exemple les droits de propri�t� sont un �l�ment du cadre institutionnel r�gissant les activit�s �conomiques et en particulier l�utilisation de l�eau. Le r�gime de l�eau d�pend beaucoup de la raret� relative de cette ressource et des co�ts de transfert auxquels il faut faire face pour �tablir et faire respecter les droits d�eau. La raret� est d�termin�e par l�offre et la demande. Les co�ts de transfert comprennent le co�t de l�information, de la n�gociation des droits et de l�application de ces droits. En raison des sp�cificit�s de l�offre et de la demande d�eau, ces co�ts de transfert sont relativement �lev�s et la valeur de l�eau est relativement faible en comparaison avec d�autres ressources naturelles ou produits.

2.34 Dans tous les pays, une fonction fondamentale de la politique sociale est d��tablir une structure institutionnelle de r�partition de l�eau. Le choix de cette structure sera un compromis dict� par la sp�cificit� physique de l�eau, les r�actions humaines aux diverses options possibles et les objectifs sociaux concurrents. Dans chaque culture, l�arbitrage d�pendra de l�importance relative des divers objectifs. Les pays essaient par divers moyens de r�aliser un compromis entre la rentabilit� �conomique (maximisation du rendement d�une ressource donn�e) et l��quit� (traitement �gal pour tous). La libert� individuelle, l��quit�, la participation populaire, l�exercice local du pouvoir et le r�glement harmonieux des conflits sont d�autres objectifs importants que la soci�t� doit pond�rer lorsqu�elle choisit une structure de r�partition de l�eau. Ce processus est d�j� avanc� avec l�appui actif de la FAO, de la Banque mondiale et de divers donateurs (voir FAO, 1995d; FAO et PNUD, 1995).

Partage des ressources transfronti�res

2.35 Une grande partie des ressources en eau douce se trouve dans des bassins ou aquif�res chevauchant des fronti�res internationales. Plus de 200 cours d�eau traversent plus d�un pays et les fronti�res politiques traversent les bassins versants. Quand les ressources sont inf�rieures aux besoins (ou � l�id�e que l�on se fait des besoins), la comp�tition entre les divers usagers d�un m�me pays et entre les pays cr�e une menace pour la s�curit�. Maintenant que presque toute l�humanit� est entr�e dans une �re de jeux � somme nulle et qu�il n�est pratiquement pas possible d�augmenter les ressources globales, il faut trouver des arbitrages entre les utilisateurs concurrents dans un contexte g�n�ral de d�veloppement et de s�curit�.

2.36 Pour l�instant, le droit international n�offre gu�re de solutions concr�tes pour r�gler les conflits portant sur l�eau, car il ne comporte aucun cadre juridique r�gissant l�allocation et l�utilisation des eaux internationales et il ne tient pas compte de l�utilit� de l�eau pour les �cosyst�mes. L�Association de droit international et la Commission du droit international des Nations Unies (CDI) ont �nonc� certains principes et en particulier quatre obligations, � savoir: informer et consulter les voisins utilisant les m�mes eaux avant de prendre aucune mesure qui puisse les affecter, �changer r�guli�rement des informations hydrologiques, �viter de porter des pr�judices importants � d�autres usagers de l�eau, et assurer une allocation raisonnable et �quitable des eaux des bassins hydrographiques. Concr�tement, ces principes ne donnent pas suffisamment d�indications pratiques. En particulier, on peut interpr�ter de fa�on bien diff�rente ce qui constitue une r�partition raisonnable et �quitable.

2.37 La gestion et l�allocation efficientes et �quitables des ressources hydriques se heurtent � divers probl�mes: variabilit� et incertitude des disponibilit�s, interd�pendance complexe entre les usagers, p�nurie et co�t croissants de l�eau. Les particuliers et les pays sont �videmment tent�s de capter et d�utiliser l�eau avant qu�elle ne leur �chappe, c�est-�-dire de construire des r�servoirs en amont des limites territoriales. Ils n�ont gu�re d�incitation � �conomiser l�eau et � prot�ger l�approvisionnement des usagers d�aval. Pour r�soudre les conflits, il faut adopter une perspective plus large et envisager la finalit� de la ma�trise des eaux: d�veloppement �conomique, s�curit� alimentaire, sant� et protection de l��cosyst�me, etc.

2.38 Le partage de l�eau et la pr�vention des conflits d�pendent des trait�s entre les pays riverains d�un m�me cours d�eau. Il n�existe aucun trait� regroupant tous les pays appartenant � un m�me bassin. Les bassins et r�gions consid�r�s comme critiques � cet �gard sont ceux du Jourdain, de l�Euphrate, du Nil, du Gange et de la mer d�Aral. A la demande des gouvernements, la FAO offre des services consultatifs interdisciplinaires sur la gestion des ressources hydriques, la protection des bassins versants, les p�ches continentales, les politiques de l�eau, le r�gime juridique et les institutions afin de promouvoir en douceur des solutions susceptibles d��tre accept�es comme raisonnables et �quitables par toutes les parties int�ress�es.


3. R�le de la ma�trise dans les approvisionnements alimentaires

Crise de l'eau et production vivri�re

3.1 Comme on l�a vu plus haut, 30 � 40 pour cent de la production vivri�re mondiale proviennent de 250 millions d�hectares irrigu�s. La proportion des terres agricoles qui sont irrigu�es varie beaucoup selon les r�gions: 38 pour cent en Asie, 15 pour cent en Am�rique latine et 4 pour cent en Afrique subsaharienne. Dans le monde en d�veloppement, environ 20 pour cent des terres arables sont irrigu�es, mais l�intensit� d�irrigation varie beaucoup selon les cultures vivri�res. Dans les pays en d�veloppement, les rendements des cultures irrigu�es d�passent le plus souvent ceux des cultures pluviales dans une proportion allant de 50 � 200 pour cent en moyenne.

3.2 L�intensit� d�irrigation des principales cultures vivri�res varie beaucoup selon les r�gions. La pr�carit� de l�agriculture pluviale explique que l�alimentation soit tr�s tributaire de l�irrigation dans les pays du Proche-Orient et d�Afrique du Nord. Le quart de la production de bl� de la r�gion, toutes les cultures vivri�res de l�Egypte et plus de la moiti� de celles de l�Iraq et de l�Iran sont attribuables aux terres irrigu�es. En Am�rique latine-Cara�bes et en Afrique subsaharienne, environ 10 pour cent seulement de la production agricole provient des terres irrigu�es, mais plusieurs pays, dont le Chili, le P�rou et Madagascar, d�pendent de l�irrigation pour une proportion consid�rable de leur production agricole. C�est toutefois en Asie que l�irrigation fournit la plus grande contribution � la s�curit� alimentaire globale: pr�s de 80 pour cent de la production alimentaire du Pakistan, 70 pour cent de celle de la Chine et plus de la moiti� de celle de l�Inde et de l�Indon�sie en d�pendent.

Potentiel irrigable

3.3 L��valuation du potentiel irrigable d�un pays ou d�une r�gion pose des probl�mes conceptuels et techniques d�une grande complexit�. Des estimations tr�s diverses ont �t� propos�es, mais toutes indiquent qu�il existe un vaste potentiel d�expansion de l�irrigation. Selon une �tude de la Banque mondiale et du PNUD (1990), la superficie irrigu�e dans les pays en d�veloppement pourrait �tre accrue de 110 millions d�hectares (59 pour cent), dont 69 millions d�hectares en Asie.

3.4 Th�oriquement, la r�alisation de ce potentiel permettrait d�accro�tre de 3 � 400 millions de tonnes la production de c�r�ales: de quoi nourrir 1,5 � 2 milliards de personnes. Pour cela, il faudrait investir quelque 500 millions � 1 milliard de dollars. Si l�expansion de l�irrigation se poursuit au m�me rythme que depuis 30 ans, le potentiel sera int�gralement r�alis� en 2015; au rythme nettement plus lent des ann�es 80, il le sera en 2025.

S�cheresses et gestion de l�au

3.5 La variabilit� des pr�cipitations dans le temps est une caract�ristique au moins aussi importante que la moyenne annuelle. Les valeurs inf�rieures � la moyenne n�indiquent pas n�cessairement une s�cheresse. En climatologie, on dit qu�il y a s�cheresse quand les pr�cipitations sont inf�rieures au niveau normal. Mais dans des zones habituellement tr�s arros�es, la production agricole ne souffre gu�re si les pluies sont r�duites de moiti�, bien que le d�bit des cours d�eau (eau bleue) puisse beaucoup diminuer. Les s�cheresses climatologiques suivent des mod�les g�ographiques et statistiques complexes. En agriculture, on dit qu�il y a s�cheresse quand il n�y a pas assez d�eau pour les cultures ou le b�tail. La s�cheresse est un ph�nom�ne temporaire alors que la p�nurie d�eau est une caract�ristique permanente.

3.6 Les s�cheresses agricoles sont des ph�nom�nes complexes: les �valuations d�impact et la planification de l�agriculture doivent tenir compte d�informations d�taill�es sur les syst�mes agricoles, les sols et l�ensemble de l��conomie et non pas seulement des facteurs climatologiques. Des s�cheresses �invisibles� peuvent �tre provoqu�es par la d�gradation de l�environnement aussi bien que par les facteurs m�t�orologiques. La plupart des pays d�Afrique souffrent de s�cheresses fr�quentes et graves dont les effets sont tr�s �tendus; il est essentiel de les att�nuer pour assurer la s�curit� alimentaire, une reprise �conomique durable et le d�veloppement futur.

3.7 Les effets macro�conomiques des al�as climatiques sont g�n�ralement ignor�s. Ce n�est pas seulement le secteur agricole qui est touch�; la production industrielle, les centrales �lectriques, les recettes publiques, les recettes d�exportation et le PIB souffrent aussi. Ainsi, on estime que les pertes de production agricole r�sultant directement de la s�cheresse de 1991-1992 au Zimbabwe ont �t� accompagn�es de pertes �conomiques d�un montant �quivalent.

3.8 La vuln�rabilit� � la s�cheresse varie d�un pays � l�autre, selon le degr� de d�veloppement et toutes sortes d�autres facteurs. Les pays les plus vuln�rables sont ceux o� la transition entre l�agriculture de subsistance et une �conomie agricole plus moderne et plus productive, qui doit approvisionner une masse de consommateurs urbains, en est aux premiers stades. A mesure que la population augmente, le nombre de victimes potentielles augmente aussi et le patrimoine naturel risque d��tre menac� par l�exploitation et la d�gradation progressives. Les interactions entre la s�cheresse et les soci�t�s humaines et l�agriculture sont assez bien connues; depuis une vingtaine d�ann�es, les syst�mes d�alerte rapide et de pr�vention se sont en g�n�ral am�lior�s.

3.9 La mesure dans laquelle les investissements dans la ma�trise de l�eau peuvent pr�venir les effets de la s�cheresse d�pend des situations locales. Un syst�me d�irrigation pouvant compter sur une r�serve de plusieurs ann�es d�eau peut �tre une arme efficace contre la s�cheresse. Le haut barrage d�Assouan, en Egypte, a jou� ce r�le pendant les ann�es 80. Mais une capacit� relativement r�duite, con�ue pour amortir les fluctuations saisonni�res, ne permet pas d�assurer les approvisionnements pendant une s�cheresse qui se prolonge sur plusieurs ann�es. Quand l�irrigation utilise des eaux souterraines, elle n�est g�n�ralement pas affect�e par la s�cheresse. Malheureusement, les eaux souterraines sont souvent �puis�es en permanence � cause d�une mauvaise gestion, aussi bien dans les pays avanc�s que dans les pays en d�veloppement, et la capacit� de stockage souterrain des aquif�res est en grande partie perdue.

 

Encadr� 2
LES S�CHERESSES AFRICAINES

Pour autant qu�on sache, la pluviom�trie en Afrique n�a pratiquement pas chang� par rapport au si�cle dernier. Le continent africain a une longue histoire de fluctuations des pr�cipitations et de s�cheresses de dur�e et d�intensit� variables. Les plus graves s�cheresses de l�histoire sont celles des ann�es 1910 qui ont frapp� aussi bien l�est que l�ouest du continent. Elles ont en g�n�ral �t� suivies de p�riodes pluvieuses, mais la pluviom�trie a recommenc� � baisser � partir de 1950 pour tomber au plus bas en Afrique de l�Ouest en 1984. Depuis 1988, le Sahel a connu une s�rie de bonnes ann�es (avec des inondations fr�quentes) qui, selon certains, marquent la fin de la p�riode de s�cheresse.

La r�partition dans le temps des bonnes ann�es et des mauvaises ann�es n�est pas la m�me dans le Sahel, en Afrique de l�Est et en Afrique australe: il semble donc qu�il existe des r�gimes des pluies diff�rents, non corr�l�s, dans les grandes r�gions climatiques du continent. On peut toutefois distinguer certains caract�res g�n�raux de variabilit� et de persistance.

  • Variabilit�: Comme on l�a vu plus haut, la pluviom�trie est g�n�ralement plus variable dans les zones arides et semi-arides que dans les r�gions plus arros�es. Le Sahel, la Corne de l�Afrique et les pays qui entourent le d�sert du Kalahari sont caract�ris�s par une grande variabilit� interannuelle et intrasaisonni�re des pluies.
  • Persistance: La persistance est l�inertie qui caract�rise beaucoup de variables m�t�orologiques. Les bonnes et les mauvaises ann�es ne sont pas r�parties de fa�on al�atoire mais tendent � �tre group�es. Cela a de graves cons�quences pour la s�curit� alimentaire et cela oblige � stocker de la nourriture et de l�eau pour plusieurs ann�es. Dans les zones pastorales, il est impossible de reconstituer le cheptel si plusieurs mauvaises ann�es successives s�intercalent entre les bonnes ann�es.

Il faut s�attendre � ce que la pluviom�trie africaine continue � fluctuer amplement; on continuera d�observer de bonnes ann�es et de mauvaises ann�es. Toutefois, les travaux r�cents concernant l�influence des temp�ratures de surface de l�oc�an Pacifique sur la circulation atmosph�rique mondiale (le ph�nom�ne El Ni�o/oscillation australe) permettent d�esp�rer qu�il sera possible dans un avenir relativement proche de faire des pr�visions m�t�orologiques plus fiables en Afrique orientale et australe.

 

3.10 Dans les projets d�am�nagement hydraulique con�us pour assurer l�approvisionnement en eau pendant des p�riodes prolong�es de s�cheresse, il faudrait faire intervenir dans l�analyse �conomique des aspects qui sont souvent n�glig�s tels que le co�t social de la s�cheresse et de l�ins�curit� alimentaire et la d�gradation irr�versible des ressources naturelles qui r�sultent d�un pr�l�vement excessif pendant les p�riodes de s�cheresse.

La situation en Afrique

3.11 On estime qu�en Afrique 12,2 millions d�hectares sont irrigu�s (FAO, 1995b). Ce chiffre comprend toutes les terres o� l�eau sert � la production agricole (sans compter la surface irrigu�e par �pandage des eaux de crue ou r�colte de l�eau). Cela repr�sente en moyenne 7,5 pour cent de la superficie arable, mais la proportion varie beaucoup selon les pays. A un extr�me, 99 pour cent des terres arables d�Egypte sont irrigu�es, tandis qu�� l�autre bout du spectre, la proportion n�est que de 0,2 pour cent au Za�re. Pr�s des trois quarts de terres irrigu�es en Afrique sont concentr�es dans six pays (Egypte, Madagascar, Maroc, Nig�ria, Afrique du Sud et Soudan) tandis que 24 des 53 pays d�Afrique ne poss�dent entre eux que 1 pour cent des terres irrigu�es. En Afrique subsaharienne, la ma�trise de l�eau n�a pas jusqu�ici jou� un grand r�le dans le d�veloppement agricole; elle �tait essentiellement limit�e aux syst�mes traditionnels de petite irrigation dans les zones sujettes � la s�cheresse, et � la mise en valeur des mar�cages.

3.12 Les chiffres globaux recouvrent une grande diversit� de situations, depuis les terres mar�cageuses tr�s productives utilis�es depuis des si�cles par les agriculteurs autochtones (par exemple dans la r�gion du golfe de Guin�e ou les montagnes d�Afrique centrale) jusqu�aux p�rim�tres modernes d�irrigation avec pleine ma�trise de l�eau (comme au Zimbabwe et au Maroc). Il est difficile de recenser les syst�mes d�irrigation non structur�s, pour lesquels il n�existe jamais de documentation compl�te, mais on pense qu�ils repr�sentent de 35 � 50 pour cent des superficies irrigu�es en Afrique, la proportion allant de plus de 70 pour cent dans des pays tels que le Burkina Faso ou le Nig�ria � moins de 10 pour cent au Zimbabwe et au Soudan, o� le gouvernement a �nergiquement encourag� les grands p�rim�tres.

3.13 L�analyse des techniques d�irrigation contr�l�e r�v�le aussi de grandes diff�rences. La m�thode la plus courante est l�irrigation superficielle (par cuvette, par rigole d�infiltration et � la planche). L�eau provient de cours d�eau ou de r�servoirs et est achemin�e par gravit� dans des r�seaux de canaux. Quand l�irrigation gravitaire n�est pas possible, on �l�ve l�eau par pompage. L�irrigation par aspersion (avec gicleur ou diffuseur) est utilis�e dans les grandes plantations de canne � sucre et, dans une moindre mesure, dans les vergers et les potagers. Les cultures de d�crue et l�irrigation par �pandage des eaux de crue sont pratiqu�es depuis longtemps dans diverses r�gions d�Afrique. L�intensit� de culture est diff�rente selon les zones: tandis que dans le nord et le nord-est de l�Afrique elle est actuellement de l�ordre de 130 pour cent, elle ne d�passe pas 110 pour cent environ dans le reste du continent.

3.14 Le r�le de la ma�trise de l�eau varie beaucoup selon les r�gions. Dans les zones arides, il n�y a pas d�agriculture possible sans irrigation (c�est le cas par exemple en Egypte) tandis que dans les zones semi-arides et subhumides, l�irrigation sert d�appoint et permet de garantir un certain niveau de production. Dans les pays comme la Namibie, on estime que le rendement du ma�s est trois fois plus �lev� avec l�irrigation qu�en culture pluviale. Cet accroissement du rendement est d� en grande partie � l�am�lioration des pratiques agricoles qui accompagne l�irrigation. En Afrique, selon l�Organisation des Nations Unies pour l�alimentation et l�agriculture, le rendement des cultures irrigu�es est plus du double de celui des cultures pluviales (2,2 fois plus). Un autre avantage important de l�irrigation est qu�elle permet aux producteurs de programmer la date de leur r�colte en fonction de la demande du march�, ce qui accro�t la rentabilit� des cultures.

3.15 Depuis une trentaine d�ann�es, la superficie irrigu�e en Afrique a augment� au taux moyen de 1,2 pour cent par an. Toutefois, l�expansion a commenc� � ralentir au milieu des ann�es 80. Elle est maintenant inf�rieure � 1 pour cent par an. Le taux de croissance varie beaucoup d�un pays � l�autre. L��volution future sera dict�e par toute une s�rie de facteurs: options politiques, capacit� d�investissement, progr�s techniques, imp�ratifs sociaux et �cologiques.

3.16 Il est difficile d��valuer le potentiel d�expansion de l�irrigation en Afrique, bien que les principaux d�terminants soient connus puisqu�il s�agit des ressources naturelles (terre et eau). La superficie qu�il serait techniquement possible d�irriguer a �t� estim�e � plusieurs reprises. Les estimations varient de 30 � 150 millions d�hectares, selon les hypoth�ses de d�part. Les r�sultats d�une �tude r�cente (FAO, 1996c), dans laquelle on a compar� les donn�es disponibles au niveau des pays avec les estimations des ressources hydriques au niveau des bassins hydrographiques, sont r�capitul�s au tableau 4. Ces estimations sont bas�es sur le potentiel physique local: il n�est pas tenu compte de la possibilit� de gros investissements tels que des transferts entre bassins. Pourtant, dans des pays comme le Maroc, la Tunisie ou l�Afrique du Sud, o� les ressources en eau sont sollicit�es au maximum, le transfert d�un bassin � l�autre est d�j� une r�alit�.

3.17 Le tableau 4 fait appara�tre le rapport entre les superficies irrigu�es et les superficies potentiellement irrigables dans les diverses r�gions d�Afrique. En moyenne, 29 pour cent du potentiel est r�alis�, mais il y a de grandes disparit�s d�une r�gion � l�autre. En Afrique du Nord, le potentiel est d�j� exploit� � 83 pour cent. A l�autre extr�me, il reste de grandes possibilit�s de d�veloppement en Afrique centrale, o� les ressources en eau sont relativement abondantes. Ces chiffres doivent �tre interpr�t�s avec prudence; toutefois, il est clair qu�une expansion consid�rable est encore possible. En Afrique subsaharienne, seulement  pour cent des terres arables sont irrigu�es contre une moyenne mondiale de 18,5 pour cent; de toutes les r�gions du monde, c�est celle o� le taux de r�alisation du potentiel est le plus bas.

3.18 Les am�nagements hydrauliques ont progress� en Afrique depuis le d�but des ann�es 80. Une grande partie de ce progr�s est attribuable aux investissements du secteur priv� et au d�veloppement des r�seaux d�irrigation de village. On observe une tendance g�n�rale � laisser aux irrigants plus de responsabilit� dans la gestion des p�rim�tres grands et moyens. Depuis dix ans, l�emploi de petites pompes a r�volutionn� dans certains pays l�irrigation au niveau des villages et des exploitations plus qu�aucune autre perc�e technique ou innovation dans le domaine de la gestion. Ces pompes �taient d�abord utilis�es pour la production de l�gumes � proximit� des villes; elles servent maintenant aussi � irriguer les rizi�res le long des cours d�eau ou autour des sources d�eau superficielle, m�me dans des zones recul�es. Ainsi, au Nig�ria, la superficie des fadamas (bas-fonds inondables) irrigu�e est pass� de 120 000 ha en 1960 � 800 000 en 1995 (Harrison, 1987). Toutefois, cette expansion rapide ne va pas sans probl�mes: saturation des march�s locaux, co�t �lev� du pompage, manque de ressources pour financer l�investissement initial, et dans certaines r�gions, �puisement des eaux souterraines.

 

Tableau 4: Superficie irrigu�e et superficie techniquement irrigable en Afrique, par r�gion

3.19 L�irrigation a la r�putation d��tre un investissement peu rentable, particuli�rement en Afrique, beaucoup d�autres activit�s, notamment les investissements urbains, �tant en comp�tition avec l�irrigation pour des ressources financi�res limit�es. En Afrique subsaharienne, les petits et moyens p�rim�tres sont peut-�tre plus rentables que les grands pour les raisons suivantes:

3.20 Toutefois, dans bien des projets publics de petite irrigation, les modalit�s d�ex�cution ont annul� ces avantages potentiels, de sorte qu�on a abouti � des versions miniatures des grands p�rim�tres traditionnels. En revanche, tout porte � croire que lorsqu�elle est entre les mains des irrigants eux-m�mes, la petite irrigation donne de bien meilleurs r�sultats que les syst�mes g�r�s par l�Etat (Rosegrant et Perez, 1995).

La situation en Asie

3.21 Les deux tiers des terres irrigu�es se trouvent en Asie, o� environ 35 pour cent des terres arables sont irrigu�es et fournissent plus de 50 pour cent de la production agricole; ce pourcentage devrait augmenter encore. La superficie irrigu�e en Asie a presque doubl� entre 1960 et 1990 et la production agricole a augment� de fa�on spectaculaire. Depuis dix ans la production agricole moyenne des pays d�Asie a progress� de 50 pour cent tandis que la population augmentait de 20 pour cent: le secteur agricole a donc jou� un r�le consid�rable dans le d�veloppement et l�am�lioration du bien-�tre. L�accroissement de la productivit� est certes d� � l�irrigation, qui permet de g�rer l�humidit� du sol, mais aussi � l�emploi des vari�t�s � haut rendement et des engrais.

3.23 Le taux d�expansion de l�irrigation est actuellement de 1,4 pour cent par an; il devrait tomber � 1 pour cent en 2010 parce que le nombre de grands projets financ�s par des fonds publics diminue. Les co�ts augmentent rapidement, en partie parce qu�on am�nage des zones de plus en plus difficiles, et en partie parce que l�on a adopt� une approche plus int�gr�e afin de rentabiliser plus vite les infrastructures.

3.24 Dans un certain nombre de p�rim�tres, la productivit� n�a pas atteint les niveaux esp�r�s; cet �chec relatif est d� � plusieurs facteurs: mauvais rendement de l�eau, faible intensit� de culture, manque d�entretien, engorgement et salinisation. On estime que l�intensit� de culture dans les terres irrigu�es est actuellement de 120 pour cent en Asie tandis que les �tudes de faisabilit� des projets d�irrigation prennent g�n�ralement comme hypoth�se des intensit�s de 180 � 200 pour cent. Il reste donc des possibilit�s d�intensifier les cultures. On estime que 10 � 15 pour cent des superficies irrigu�es sont plus ou moins d�grad�es � cause de l�engorgement ou de la salinisation, principalement dans les r�gions arides. L�impact de l�irrigation sur les ressources en sol et en eau est devenu une grave cause de pr�occupation.

3.25 Il importe de diversifier les cultures: � la riziculture irrigu�e doivent s�ajouter des cultures d�une plus grande valeur commerciale. Le passage des cultures de bas-fonds aux cultures de coteaux n�cessite de bonnes pratiques de drainage, de pr�paration du terrain et d�irrigation. Les paysans qui n�ont pas l�habitude des vari�t�s les plus adapt�es, des pratiques culturales optimales, des fluctuations de prix et des march�s devront �tre beaucoup mieux inform�s. Il faudra appuyer efficacement les agriculteurs pour qu�ils puissent accro�tre la productivit� de l�agriculture irrigu�e.

3.26 Le co�t du d�veloppement de l�irrigation et les probl�mes qui lui sont associ�s ont amen� les gouvernements et les institutions financi�res � s�interroger sur l�opportunit� de l�irrigation. Dans beaucoup de p�rim�tres, la productivit� est d�cevante et la durabilit� de beaucoup de r�seaux est menac�e pour des raisons de rentabilit�. Les redevances d�eau sont difficiles � recouvrer et les politiques actuelles ne sont pas favorables au financement public des co�ts d�exploitation et d�entretien. Pour toutes ces raisons, les investissements dans les projets d�irrigation sont aujourd�hui tr�s discut�s.

3.27 Comme les ressources en eaux et en terres appropri�es sont limit�es, il faudra que l�irrigation en Asie devienne plus performante, plus productive et plus rentable de fa�on � pouvoir faire face � l�accroissement de la demande de produits alimentaires. La construction de nouveaux r�seaux ralentira et une approche int�grant des consid�rations techniques, institutionnelles, socio�conomiques, agricoles et environnementales sera instaur�e. Les principaux probl�mes de l�irrigation en Asie sont la rentabilit�, la performance des syst�mes et la productivit� agricole.

3.28 La hausse des co�ts am�ne � s�interroger sur la rentabilit� des nouveaux projets. De plus, la charge financi�re de l�entretien et de l�exploitation ne peut plus �tre support�e par les budgets publics. On tend de plus en plus � s�en remettre au secteur priv� aussi bien pour les nouveaux p�rim�tres que pour les anciens. Beaucoup de pays ont une politique d�clar�e de privatisation de la gestion d�au moins une partie du syst�me d�irrigation. On a montr� que les investissements priv�s dans l�irrigation peuvent �tre rentables. Par exemple, au Bangladesh, l�accroissement de 40 pour cent en cinq ans de la superficie irrigu�e s�explique par la lib�ralisation en 1988 des importations et de la vente des petites pompes. Le succ�s de la privatisation de l�hydraulique agricole n�cessite un appui soutenu aux associations d�agriculteurs, un cadre juridique et r�glementaire appropri� et des mesures d�accompagnement.

3.29 La mauvaise performance de beaucoup de r�seaux d�irrigation est reconnue; elle s�explique en partie par des d�fauts de planification et de conception et en partie par une mauvaise gestion. Les effets de l�irrigation sur les eaux et les sols sont devenus une cause de pr�occupation. On estime que 10 � 15 pour cent des terres irrigu�es souffrent � un degr� plus ou moins grand d�engorgement et de salinisation. Il faut rem�dier par une bonne gestion de l�irrigation aux probl�mes que posent l�utilisation des produits agrochimiques et la propagation des maladies transmises par l�eau. Il est possible d�am�liorer beaucoup la performance au moyen de syst�mes informatis�s de distribution de l�eau et d�information. Ces techniques devraient permettre d�accro�tre le rendement et de faciliter le recouvrement des redevances.

3.30 Pour �tre rentables, les cultures irrigu�es doivent devenir plus productives. A cet effet, il est essentiel d�introduire des pratiques culturales et des techniques de gestion de l�eau adapt�es aux cultures autres que le riz. D�une fa�on g�n�rale, les agriculteurs ont besoin d�un appui efficace pour accro�tre la productivit� de l�agriculture irrigu�e. L�action devra �tre men�e sur deux fronts: introduction de syst�mes de culture plus intensifs et plus diversifi�s, avec des pratiques appropri�es de conduite des cultures et de gestion de l�eau, et d�veloppement de communaut�s agricoles autod�pendantes assumant la responsabilit� de l�exploitation et de l�entretien du syst�me d�irrigation.

La situation en Am�rique Latine

3.31 Il existe aujourd�hui quelque 13 millions d�hectares de terres irrigu�es en Am�rique latine. La moiti� sont au Mexique et l�essentiel du reste en Argentine, au Br�sil, au Chili et au P�rou. La superficie irrigu�e repr�sente quelque 15 pour cent des terres agricoles mais une proportion beaucoup plus grande de la valeur de la production agricole - jusqu�� 50 pour cent dans le cas du Mexique. La production irrigu�e permet de satisfaire la demande int�rieure d�aliments et de fibres, et dans certains pays (Chili, Costa Rica, Mexique, Uruguay), elle est une importante source d�exportations. Environ 40 pour cent des terres irrigu�es appartiennent au secteur priv�. Dans certains pays (Br�sil et Chili) les superficies irrigu�es gr�ce � des investissements priv�s augmentent beaucoup plus vite que les r�seaux g�r�s par le secteur public.

3.32 Le bilan des investissements publics dans l�irrigation est mitig�. Dans bien des cas, le temps n�cessaire pour d�velopper l�irrigation a �t� tr�s sous-estim� et l�accent a �t� mis sur la construction du r�seau: les probl�mes d�exploitation �taient n�glig�s et les d�cisions �taient prises sans consulter les agriculteurs. A cela, il faut ajouter les probl�mes sociaux et techniques. En cons�quence, le rendement des r�seaux �tait faible et une faible partie seulement des terres �quip�es �tait effectivement irrigu�e. Toutefois, s�il est vrai que le potentiel �conomique de ces p�rim�tres publics est loin d�avoir �t� r�alis�, il est aussi vrai qu�ils ont favoris� la stabilit� sociale et le d�veloppement socio�conomique dans leurs zones d�influence.

3.33 Les r�sultats m�diocres des r�seaux publics d�irrigation, joints aux difficult�s financi�res que connaissent beaucoup de gouvernements, ont entra�n� une r�duction des interventions publiques dans le domaine de l�irrigation. On observe depuis 1990 une nette tendance � transf�rer la responsabilit� des syst�mes aux usagers, par exemple en Argentine, au Br�sil, au Chili, en Colombie, au Costa Rica, en Equateur, au Guatemala, au Mexique, au Panama et au P�rou. Au Mexique en particulier, les deux tiers des 3 millions d�hectares de p�rim�tres publics ont �t� privatis�s. La premi�re �valuation des effets de cette privatisation est encourageante: dans la plupart des cas, la distribution est devenue plus efficiente, l�entretien est mieux assur�, le taux de recouvrement des redevances d�eau s�est am�lior�.

3.34 La r�gion poss�de d�abondantes ressources hydriques et un vaste domaine irrigable (20 millions d�hectares), situ� pour l�essentiel au Br�sil. Les am�nagements hydrauliques futurs seront probablement motiv�s par des consid�rations financi�res et financ�s principalement par le secteur priv�.


4. Strat�gies de transformation et d�m�lioration

Pourquoi une nouvelle g�n�ration de projets d'am�nagement hydraulique?

4.1 Le r�le que peut jouer la ma�trise de l�eau dans la s�curit� alimentaire n�est plus � prouver. C�est certainement l� une raison n�cessaire � mais peut-�tre pas suffisante � pour justifier une relance du d�veloppement de l�irrigation et un nouvel effort de restauration des r�seaux existants. D�autres consid�rations militent aussi en faveur de l�irrigation et pourraient inspirer une nouvelle g�n�ration de projets efficaces:

4.2 Depuis 25 ans, la strat�gie agricole h�site, particuli�rement en Afrique, entre le passage � un nouveau syst�me et l�am�lioration du syst�me existant. Le prix Nobel Theodore Schultz a prouv� que l�am�lioration des mod�les existants de d�veloppement agricole n�est pas toujours une option valable, � moins qu�elle ne soit appuy�e par de nouveaux investissements qui g�n�ralement comprennent des am�nagements hydrauliques. Deux strat�gies s�opposent aussi sur un autre point: vaut-il mieux reproduire les initiatives de d�veloppement qui ont donn� de bons r�sultats dans des zones poss�dant un potentiel suffisant ou bien r�partir l�effort de fa�on � compenser le handicap des zones marginales plus d�favoris�es?

4.3 La transformation s�est accomplie notamment gr�ce � des projets de choc, � des programmes de m�canisation et � la colonisation de vastes zones nouvellement irrigu�es. On peut am�liorer les services de recherche ou de vulgarisation ou promouvoir l�utilisation de tel ou tel intrant, par exemple lancer une campagne en faveur des engrais. La politique consistant � concentrer l�effort dans les zones � fort potentiel, qui a �t� appliqu�e dans beaucoup de pays d�Asie, am�nerait � investir dans des zones � forte densit� d�mographique, bien arros�es, et poss�dant de bons sols, g�n�ralement situ�es � proximit� des march�s. Si au contraire on veut r�partir les apports pour compenser le handicap des zones marginales, il faudra d�velopper les infrastructures et en particulier les routes dans les zones recul�es et peu arros�es, qui ont jusqu�ici �t� n�glig�es et o� le paup�risme est un probl�me flagrant. Il existe des exemples de toutes ces options. Toutefois, pendant les ann�es 60 et au d�but des ann�es 70, on tendait � privil�gier les projets qui offraient les meilleures chances de succ�s, tandis que, depuis la fin des ann�es 70 et au cours des ann�es 80, le souci d��quit� a amen� � concentrer les efforts sur les zones plus d�favoris�es.

4.4 Il semble qu�il soit de nouveau possible d�intervenir pour changer la donne au moyen d�interventions tr�s diverses, y compris les grands programmes de ma�trise de l�eau, � condition d�avoir bien assimil� les enseignements de l��chec relatif des projets ant�rieurs. La politique consistant � r�partir les ressources de fa�on � en faire profiter les zones d�favoris�es doit �tre �valu�e en tenant compte de certains aspects sp�cifiques de ces zones: complexit� des probl�mes, co�ts particuli�rement �lev�s du d�veloppement, exode rural, �cosyst�mes fragiles menac�s par les populations humaines et animales. Il faut aujourd�hui adopter une politique plus diff�renci�e, souple et pragmatique, fond�e sur une �tude beaucoup plus approfondie des sp�cificit�s locales et des besoins ressentis par les populations. Toutefois, �tant donn� la p�nurie de ressources et la n�cessit� de combler le d�ficit vivrier, il faut donner priorit� aux options les plus productives.

Politique de l'eau et cadre juridique

4.5 Les syst�mes juridiques et administratifs doivent s�adapter pour r�pondre aux besoins croissants qui sollicitent les ressources en eau et les finances publiques. La plupart des pays qui entreprendront de r�examiner l��conomie nationale de l�eau se heurteront sans doute � un certain nombre de probl�mes juridiques et institutionnels.

4.6 Un aspect fondamental de la mise en valeur de l�eau est qu�elle doit garantir la s�curit� de jouissance ainsi qu�un flux quantitativement et qualitativement fiable, et donc une protection contre la pollution. Le probl�me de la s�curit� juridique est issu de conflits existants ou potentiels; la solution r�side dans des m�canismes juridiques de r�glement des conflits. La s�curit� doit aussi �tre assur�e dans des situations non conflictuelles, par exemple lorsque les droits font l�objet de transactions commerciales entre usagers et investisseurs priv�s. Pour pr�venir les conflits et permettre aux forces du march� de stimuler une gestion efficiente de l�eau, il faut que les droits d�eau soient clairement d�finis par des instruments juridiques solides et sans �quivoque.

4.7 Dans beaucoup de pays, le droit coutumier et les traditions jouent un r�le important dans le r�glement des conflits concernant l�eau. Ces traditions sont pr�cieuses, car le recours aux tribunaux pour r�gler juridiquement les conflits est souvent risqu�, co�teux, et incompatible avec la culture locale.

4.8 L�allocation de l�eau aux usagers est normalement administr�e par un r�gime de licences, qui doit �tre suffisamment souple tout en permettant de pr�venir ou d�att�nuer les conflits. Quand on modifie les allocations pour privil�gier des utilisations plus rentables (par exemple quand on passe d�un usage agricole � un usage industriel), il faut que ce changement soit r�gi par des m�canismes juridiques d�finissant les compensations auxquelles ont droit les anciens titulaires de licence.

4.9 Il est essentiel pour la mise en valeur des ressources hydriques qu�il existe un march� des droits d�eau pour stimuler l�investissement dans des pratiques permettant d��conomiser l�eau et favoriser une utilisation plus rentable de l�eau ainsi �conomis�e. Toutefois, la r�allocation peut l�ser des tiers (par exemple quand on r�cup�re les eaux de colature au lieu de les laisser s�infiltrer pour alimenter la nappe). Pour pr�venir la sp�culation, surtout en situation de p�nurie d�eau, on consid�re en g�n�ral que l�eau d�irrigation est indissociable de la terre irrigu�e. Il existe rarement un march� libre de l�eau et les cessions, pour �tre compatibles avec la politique nationale et les plans d�am�nagement des eaux, sont g�n�ralement directement contr�l�es par l�administration publique responsable des eaux.

4.10 Les r�formes agraires et les programmes de redistribution des terres entrepris dans un souci de justice sociale cr�ent une s�curit� d�occupation des terres et des droits de propri�t�, faisant dispara�tre des r�gimes tels que le fermage et le m�tayage qui freinent l�investissement et emp�chent une utilisation �conomique et durable des terres irrigu�es. Des m�canismes juridiques de transformation des droits coutumiers en titres modernes et �changeables sont n�cessaires pour appuyer la transition entre l�agriculture traditionnelle et l�agriculture moderne. A terme, il faudra promulguer et adopter partout des syst�mes agraires bas�s sur des titres de propri�t� �crits.

4.11 Il convient de promouvoir le transfert de la gestion aux usagers de l�eau. Il faut �tablir un cadre r�glementaire r�gissant la propri�t� des �quipements hydrauliques, leur �ventuelle privatisation (en faveur des usagers) et leurs conditions d�utilisation. Le statut des groupements d�irrigants doit �tre dict� par leur nature et leurs fonctions, et doit �tre �tabli en droit.

4.12 Le facteur d�cisif pour am�liorer la performance de la gestion de l�eau est une bonne gestion des affaires publiques. Des progr�s consid�rables ont �t� r�alis�s ces derni�res ann�es, mais des am�liorations sont encore n�cessaires dans beaucoup de pays (FAO, 1993). On peut distinguer � cet �gard quatre aspects de la gestion des affaires publiques au niveau national ou local: la l�gitimit� du gouvernement; sa responsabilit�; sa comp�tence; et son respect pour les droits de l�homme et l�Etat de droit.

D�termination du prix de l'eau

4.13 L�importance du prix de l�eau et d�autres facteurs pouvant inciter les irrigants � maximiser le rendement de l�eau d�pend de la valeur relative de cette ressource. Quand l�eau est abondante, il n�est pas rentable d�investir dans des m�canismes co�teux de surveillance et de d�termination des prix. Mais si les ressources en eau sont limit�es, il devient int�ressant de mesurer l�eau, de surveiller son utilisation et de la faire payer. A notre �poque, l�eau est une ressource rare dans beaucoup de r�gions du monde et elle est souvent tr�s mal utilis�e parce que son prix n�est pas suffisant.

4.14 En pratique, il est rare que les forces du march� �tablissent le prix de l�eau: celui-ci est g�n�ralement fix� par des organismes publics ou par des compagnies priv�es r�glement�es. Le prix de l�eau (ou les redevances) influe sur l�efficience et sur l��quit� et d�termine les recettes de l�organisme responsable des ressources hydriques. Le m�canisme de d�termination des prix peut �tre �valu� en fonction de plusieurs crit�res: efficience des allocations, r�partition �quitable des revenus, juste partage des co�ts. Des crit�res secondaires interviennent: simplicit�, facilit� de gestion et stabilit� (FAO, 1993).

4.15 Des facteurs juridiques et institutionnels entravent souvent le recouvrement des co�ts: exon�ration des agriculteurs, redevances et r�mun�ration de service, manque de pouvoir pour exiger le versement des redevances et de moyens de les percevoir, manque de m�canismes budg�taires et institutionnels permettant de r�investir les recettes dans le sous-secteur de l�hydraulique agricole. Tout en conservant l�objectif de d�sengagement de l�Etat, il convient d��tablir un cadre juridique et des institutions appropri�es pour le transfert des responsabilit�s aux usagers.

4.16 Dans beaucoup de projets d�irrigation, il serait souhaitable d�affecter � l�eau un prix correspondant aux co�ts d�opportunit�, mais il est plus r�aliste de fixer des redevances assurant le recouvrement des co�ts et donc la viabilit� financi�re des syst�mes de gestion des eaux. Tout porte � croire que les irrigants sont dispos�s � payer pour avoir la garantie d�un approvisionnement fiable en eau. Mais en pratique, la perception des redevances est une t�che complexe. Pour �viter d��tablir des compteurs au niveau de chaque exploitation et de percevoir les redevances aupr�s de chaque irrigant, on peut mesurer le d�bit livr� aux prises d�eau tertiaires et charger les associations d�irrigants de distribuer l�eau et de percevoir les redevances.

D�veloppement institutionnel

4.17 Il est relativement facile d�intensifier l�agriculture gr�ce � la ma�trise de l�eau quand on a affaire � des agriculteurs ayant une bonne exp�rience de l�irrigation traditionnelle. Mais quand les am�nagements hydrauliques sont destin�s � des populations habitu�es aux cultures pluviales et au pastoralisme, l�inexp�rience des agriculteurs, des administrateurs et des vulgarisateurs pose de s�rieux probl�mes. Il faut alors r�former les services consultatifs publics et renforcer leurs comp�tences en mati�re d�hydraulique agricole et de gestion de l�eau. C�est une t�che particuli�rement difficile dans une p�riode de r�duction des services publics. Le succ�s mitig� des organismes traditionnellement responsables du secteur agricole et les perspectives prometteuses qu�ouvrent les am�nagements hydrauliques militent en faveur de r�formes institutionnelles. Les principaux aspects de cette r�forme sont les suivants:

D�s�quilibres macro�conomiques et gestion des eaux

4.18 Les relations entre les politiques macro-�conomiques, commerciales et sectorielles et l�utilisation de l�eau sont souvent difficiles � cerner, mais il est certain que la politique �conomique influe sur la rentabilit� relative de l�irrigation et des autres activit�s d�un pays ainsi que sur la comp�titivit� internationale de leurs produits. Depuis le d�but des ann�es 80, la recherche a montr� l�impact que peuvent avoir les quatre grandes variables macro�conomiques (taux d�int�r�t, taux de change, niveau g�n�ral des prix et niveau des salaires).

4.19 Par exemple, une d�valuation de la monnaie peut agir de plusieurs fa�ons sur l�utilisation des ressources hydriques. La plupart des produits de l�agriculture irrigu�e peuvent entrer dans le commerce international, c�est-�-dire qu�ils sont exportables ou qu�ils peuvent remplacer des importations; la sur�valuation du change fait baisser le prix relatif des biens pouvant faire l�objet du commerce international par rapport aux autres. Une d�valuation r�elle corrige cette distorsion et stimule la production de biens pouvant faire l�objet de commerce international (y compris les produits de l�agriculture irrigu�e).

4.20 D�une fa�on plus g�n�rale, les politiques macro�conomiques peuvent influer sur l�offre et la demande des produits de l�agriculture irrigu�e et sur l�utilisation de l�eau. Par exemple, un niveau excessif d�endettement de l�Etat et de d�ficit budg�taire peut faire baisser les prix relatifs des produits agricoles par rapport � ceux des biens n�entrant pas dans le commerce international (y compris les services et le capital produit dans le pays). Cet effet n�gatif sur les termes de l��change agricole est souvent encore accentu� par la sur�valuation du taux de change nominal, maintenue au moyen d�une r�glementation des mouvements de capitaux et d�un r�gime de licences d�importation. Il est vrai que ce type de politique macro�conomique a un effet dissuasif sur la production de tous les biens entrant dans le commerce international, tant agricoles que non agricoles, mais ces derniers sont prot�g�s contre la concurrence ext�rieure par des droits de douane et des restrictions quantitatives appliqu�s par les politiques d�industrialisation. Ainsi, les politiques macro�conomiques et commerciales peuvent avoir indirectement des effets n�gatifs sur les termes de l��change de l�agriculture irrigu�e par rapport aux biens n�entrant pas dans le commerce international et aux biens non agricoles, y compris ceux qui entrent dans le commerce international.

4.21 Aux effets n�gatifs des politiques macro�conomiques s�ajoutent souvent ceux de politiques de prix sectorielles (taxes � la fronti�re frappant les exportations agricoles, r�glementation des prix, �cart entre les prix � la fronti�re et les prix � l�exploitation r�sultant du comportement monopolistique des organismes para�tatiques et des offices publics de commercialisation). Pour assurer aux populations urbaines une alimentation peu co�teuse, beaucoup de pays subventionnent les importations, ce qui p�nalise les agriculteurs nationaux et exerce un effet dissuasif sur l�investissement et la production agricoles.

4.22 Les responsables des politiques �conomiques s�attaquent souvent � chaque probl�me s�par�ment et �noncent des objectifs sp�cifiques. Or, une politique ax�e sur un objectif unique a en g�n�ral des effets non d�sir�s et non identifi�s. Les responsables de la gestion des eaux et des politiques doivent avoir une vision globale de toutes les interventions de l�Etat pour bien comprendre les impacts �conomiques, sociaux et environnementaux de chaque d�cision sur chaque secteur, r�gion ou groupe de populations. Les politiques de l�eau doivent �tre int�gr�es dans l�environnement macro�conomique aussi bien au sens large (institutions, etc.) qu�au sens �troit (politiques budg�taire et mon�taire). L�exp�rience prouve que l�agriculture irrigu�e b�n�ficie des r�formes des politiques macro�conomiques, commerciales et de prix.

Aspects soicaux de l'irrigation

4.23 Sur le plan sociologique, les �valuations de l�irrigation visent � d�terminer si les fruits des politiques et des investissements sont �quitablement r�partis. L�id�e que le d�veloppement de l�irrigation peut avoir des effets diff�rents pour les hommes, les femmes et les enfants n�est pas universellement r�pandue. L�introduction de certains syst�mes d�irrigation peut amener une r�partition in�gale du travail ainsi que des avantages et des revenus entre les diff�rents membres du m�nage. L��valuation de l�effet net sur le d�veloppement de la mise en place ou de la transformation d�une infrastructure sociale telle qu�un r�seau d�irrigation n�cessite donc une analyse sociologique fine.

4.24 L�analyse par sexe vise � discerner les impacts sexosp�cifiques des interventions envisag�es (r�les respectifs des hommes et des femmes dans la production des moyens de subsistance, la conduite du m�nage, l�innovation ou l�adaptation aux innovations �conomiques et sociales, ou au contraire la r�sistance � l�innovation). L�analyse est effectu�e essentiellement au niveau des m�nages, mais elle envisage aussi l�impact de ces sexosp�cificit�s sur les structures et processus socio�conomiques au niveau de la communaut� dans le contexte de la transformation du monde agraire.

4.25 Dans le contexte de l�irrigation, l�analyse par sexe vise � assurer l�efficacit�, l�efficience et l��quit� et � faire en sorte que les projets contribuent concr�tement au d�veloppement. Pour cela, il faut �viter aussi bien les politiques qui ne tiennent aucun compte des sexosp�cificit�s (qui reviennent � consid�rer que l�effet est le m�me pour tous) que celles qui leur sont rigidement li�es (qui reviennent � admettre que la r�partition du travail entre les sexes est immuable), et promouvoir au contraire des politiques de parit� r�pondant aux besoins des deux sexes et garantissant que tous deux b�n�ficient des fruits du d�veloppement (qui fait quoi, quand et pourquoi? Qui a acc�s aux ressources? Qui les g�re?).

4.26 A mesure que les ressources en eau s�amenuisent et deviennent plus pr�cieuses, leur utilisation doit �tre planifi�e et g�r�e de fa�on plus fine. Pour promouvoir l�efficience et l��quit�, il faut remettre en question les pr�jug�s traditionnels selon lesquels l�homme serait le seul � faire vivre la famille, les deux sexes auraient un r�le �gal dans les d�cisions concernant la terre ou l�eau et les m�nages seraient compos�s d�une famille nucl�aire vivant en bonne harmonie. L�analyse sociologique doit �tre int�gr�e d�s les premiers stades de la pr�paration des projets.

Adaption technologique

4.27 La technologie ne peut pas r�soudre tous les probl�mes du secteur, mais c�est un outil utile pour accro�tre la production vivri�re. Beaucoup de r�seaux d�irrigation, con�us il y a 50 ou 80 ans, continuent de fonctionner avec les techniques de l��poque. Maintenant que l�hydraulique agricole entre dans l��re de l��lectronique, de nouvelles possibilit�s apparaissent. Les techniques modernes de communication et de ma�trise de l�eau permettent de privil�gier les services plut�t que la fourniture de l�eau. Gr�ce � ces techniques, il est possible de fournir des services plus souples, r�pondant aux besoins des irrigants et permettant de diversifier les cultures et d�adapter la production au march�. La notion de service est fondamentale pour les syst�mes modernes. La fourniture de l�eau est con�ue comme un service qui doit �tre aussi souple et aussi pratique que possible pour les usagers; ceux-ci doivent en revanche en payer le co�t (Plusquellec, Burt et Wolter, 1994).

4.28 La modernisation peut prendre bien des formes diff�rentes. L�observation et l�analyse des tendances technologiques r�centes donnent � penser que les progr�s qui ont le plus de chances de permettre une exploitation viable sur le plan environnemental comme sur le plan �conomique des r�seaux d�irrigation sont ceux qui consistent � substituer la notion de service � la notion de fourniture, � savoir notamment:

4.29 Le transfert direct des technologies est rarement possible; le plus souvent, il faut des recherches appliqu�es pour les adapter aux conditions locales. Un des objectifs importants de la recherche doit �tre de mettre au point des m�thodes de diagnostic appropri�es permettant d�identifier les objectifs sp�cifiques de la modernisation ainsi que les contraintes. En outre, il est urgent de disposer d�informations fiables sur la performance des r�seaux d�irrigation modernis�s. Les priorit�s de la recherche devront �tre d�termin�es en fonction des besoins sp�cifiques de chaque pays. Il faudra faire un nouvel effort pour analyser les exp�riences sp�cifiques et tirer des conclusions g�n�rales utiles pour faciliter le transfert des m�thodes et techniques qui ont donn� de bons r�sultats.

Promotion des initiatives du secteur priv�

4.30 De plus en plus d�exemples prouvent que l�intervention du secteur priv� am�liore la performance de l�irrigation, particuli�rement en Afrique australe. Des syndics recrut�s par les associations d�irrigants g�rent efficacement des p�rim�tres complets ou fournissent les services essentiels. Affranchis du joug des proc�dures bureaucratiques, ils peuvent appliquer les m�thodes du secteur priv� pour fournir au moment voulu des services efficaces et �conomiques. Il est toutefois n�cessaire que les gouvernements conservent la responsabilit� des politiques et veillent � ce que les syndics honorent leurs obligations contractuelles.

4.31 Les investissements priv�s sont une source particuli�rement prometteuse de financement et de comp�tences techniques, qui se d�veloppera encore quand l�environnement deviendra plus favorable aux entreprises en Afrique. Le capital peut provenir de l��pargne int�rieure ou de sources �trang�res. Les investissements �trangers directs dans les pays en d�veloppement, qui fournissent un ensemble int�gr� de capital, services commerciaux, technologies et formation, se sont �lev�s � 80 milliards de dollars en 1993 et augmentent rapidement. Le secteur des eaux devra y recourir de plus en plus � l�avenir4.


5. M�thodes efficaces de mise en valeur des eaux

5.1 Une deuxi�me g�n�ration de syst�mes de mise en valeur des eaux est apparue dans toutes les r�gions du monde. Ces syst�mes comprennent en g�n�ral certains des �l�ments essentiels au succ�s pr�sent�s dans la section pr�c�dente. Ceux qui ont donn� de bons r�sultats sont bri�vement d�crits ci-dessous.

Irrigation fr�quente et peu abondante

5.2 La science et l�art de l�irrigation ont fait ces derni�res ann�es des progr�s r�volutionnaires. On comprend mieux les interactions entre le climat et les m�thodes d�irrigation d�une part et le complexe sol-culture-r�gime hydrique de l�autre. Ce progr�s des connaissances s�est accompagn� d�une s�rie d�innovations dans les techniques de ma�trise de l�eau, gr�ce auxquelles il est maintenant possible d��tablir et de maintenir presque en permanence une humidit� du sol quasi optimale. La principale de ces innovations consiste � administrer fr�quemment de faibles doses d�eau (et d��l�ments fertilisants) au moment pr�cis o� les cultures en ont besoin et dans les quantit�s exactes n�cessaires. L�apparition de syst�mes relativement peu co�teux de distribution de l�eau, qui peuvent �tre install�s en permanence ou pour la saison, ainsi que de dispositifs de r�gulation automatique, a fait dispara�tre les obstacles �conomiques � la g�n�ralisation de l�irrigation fr�quente (FAO, 1996a).

5.3 Bien administr�s, les nouveaux syst�mes d�irrigation permettent d�accro�tre les rendements tout en limitant les pertes (par ruissellement, �vaporation ou infiltration excessive), r�duisent les besoins de drainage et favorisent l�int�gration des op�rations compl�mentaires essentielles (fumure, labour, lutte contre les ravageurs). Ils permettent d�utiliser plus facilement les eaux saum�tres et d�irriguer des sols grossiers ainsi que des terrains en pente, sableux ou pierreux consid�r�s autrefois comme improductifs. Ces progr�s et leurs cons�quences ne pouvaient pas �tre pr�vus dans la litt�rature des d�cennies ant�rieures.

5.4 Malgr� tous ces progr�s, des syst�mes p�rim�s et inefficaces persistent dans bien des zones. Les techniques modernes ne sont appliqu�es que sur environ 3 pour cent des terres irrigu�es du monde. Trop souvent, le gaspillage est perp�tu� par des normes officielles bas�es sur des apports d�eau excessifs. Toutefois, cette situation n�est due qu�en partie � l�inertie institutionnelle et au conservatisme. Certains des nouveaux syst�mes d�irrigation mis au point dans les pays industrialis�s sont trop m�canis�s, trop complexes, trop gourmands en �nergie et de trop grande �chelle pour pouvoir �tre directement transf�r�s dans la petite agriculture � faible intensit� de capital et faible technicit� des pays en d�veloppement, o� les co�ts relatifs du travail et du capital sont tr�s diff�rents. Le transfert arbitraire des technologies modernes est donc le plus souvent vou� � l��chec. Les syst�mes perfectionn�s et co�teux import�s pour moderniser du jour au lendemain l�agriculture deviennent rapidement des gouffres financiers et d�inutiles monuments � des techniques inadapt�es. Ce qu�il faut diffuser, ce sont les principes modernes, mais pas n�cessairement les appareils les plus perfectionn�s. Au lieu de transf�rer la technologie, il faut l�adapter ou la transformer en fonction des conditions locales.

5.5 Le meilleur moyen d�am�liorer l�efficience de la distribution d�eau est d�utiliser des syst�mes d��coulement en charge d�livrant un d�bit pr�cis, calibr� en fonction des besoins continus des cultures de fa�on � �viter le gaspillage, la salinisation et la remont�e de la nappe. La meilleure strat�gie pour am�liorer le rendement de l�eau semble �tre un r�gime d�irrigation fr�quente, � faible volume et � basse pression appliqu�e s�lectivement aux cultures � rendement potentiel �lev�.

R�colte de l'eau

5.6 La r�colte de l�eau est une technique ancienne bas�e sur un principe simple: il s�agit de recueillir le ruissellement d�une zone de r�ception relativement vaste pour le concentrer sur une superficie plus petite afin d�accro�tre l�humidit� du sol. Les eaux de ruissellement peuvent �galement �tre emmagasin�es dans des citernes, �tangs ou r�servoirs, pour les usages domestiques, l�abreuvement du b�tail ou la petite irrigation. L�eau peut �tre recueillie sur les toits ou au sol ainsi que dans les cours d�eau intermittents. Dans un contexte de p�nurie hydrique, la r�colte de l�eau accro�t les disponibilit�s parce que l�eau ainsi recueillie aurait autrement �t� perdue par �vaporation de surface, �vapotranspiration de la v�g�tation naturelle ou �coulement des eaux de crue.

5.7 La r�colte de l�eau permet de beaucoup accro�tre et r�gulariser les rendements agricoles en zones semi-arides. Au Burkina Faso, au Kenya et au Soudan, les rendements ont �t� multipli�s par trois ou quatre. En emmagasinant l�eau et en utilisant des m�thodes d�irrigation d�un bon rendement, par exemple l�irrigation microlocalis�e ou l�arrosage � la main, on peut produire des cultures de prix dans des zones o� il n�y aurait autrement pas d�eau.

5.8 Le co�t des syst�mes de r�colte de l�eau est tr�s variable. Si l�on utilise des m�thodes de construction � fort coefficient de main-d��uvre, les besoins financiers ne sont pas grands, mais il faut investir de 70 � 150 journ�es de travail par hectare selon les conditions et la technique utilis�e. L�entretien peut n�cessiter de 20 � 40 journ�es de travail par hectare et par an. Des innovations techniques r�centes (machines sp�ciales pour le sous-solage et la construction de diguettes selon les courbes de niveau) peuvent acc�l�rer l�am�nagement et r�duire les besoins de main-d��uvre, qui restent un des principaux facteurs limitant la r�colte syst�matique de l�eau. En outre, de nouveaux produits peu co�teux et durables de traitement du sol (m�thyl silanolate de sodium) permettront de traiter des superficies plus vastes pour accro�tre les taux de ruissellement superficiel.

5.9 Il n�y a pas d�estimation fiable du potentiel global de r�colte de l�eau; mais il est certain que la r�colte de l�eau dans des bassins moyens et des microbassins permettrait d�accro�tre sensiblement la production vivri�re dans les zones semi-arides. Le processus g�n�ral de d�sertification dans ces r�gions s�est traduit par l�apparition de vastes zones d�nud�es ou encro�t�es o� il est tr�s difficile de r�tablir une couverture v�g�tale. Ces surfaces produisent un ruissellement abondant, qui pourrait �tre capt� � l��chelle de bassins petits ou moyens avec des syst�mes d��coulement en charge pour irriguer les vergers.

5.10 La r�colte de l�eau est pratiqu�e depuis des si�cles au Proche-Orient, ce qui prouve que les syst�mes sont viables. Mais la situation socio�conomique des paysans des pays arides et semi-arides est diff�rente. Beaucoup de syst�mes de r�colte de l�eau r�cemment am�nag�s ont �t� abandonn�s, malgr� leurs avantages �vidents. La technique ne s�est pas diffus�e comme on l�esp�rait. Le moment est peut-�tre venu de repenser la r�colte de l�eau dans la perspective des syst�mes agricoles, en tenant compte du rendement potentiel avec diff�rents niveaux de technicit�, des risques de mauvaises r�coltes, des flux de liquidit�s au niveau des m�nages et des besoins de main-d��uvre. La solution de la plupart des probl�mes techniques que pose la r�colte de l�eau est connue. Les progr�s de la t�l�d�tection, de l�hydrologie et de la p�dologie ont aid� � identifier des zones prometteuses pour des syst�mes de r�colte de l�eau. L�effort de recherche-d�veloppement doit d�sormais porter sur les aspects �conomiques et institutionnels et sur les politiques d�accompagnement. Il faut que les gouvernements se rendent compte que la promotion de la r�colte de l�eau est un moyen important de stimuler le d�veloppement rural et doit donc faire partie de toutes les politiques de mise en valeur des eaux et de d�veloppement agricole dans les pays arides et semi-arides.

Mise en valeur des bas-fonds

5.11 Les bas-fonds sont les fonds de vall�e, leurs franges hydromorphiques et les plaines d�inondation du cours sup�rieur des rivi�res. Leurs sols sont submerg�s ou satur�s pendant une bonne partie de l�ann�e. On les appelle bas-fonds, marais ou marigots en Afrique francophone, fadamas au Nig�ria et vleis, dambos ou mapani en Afrique australe.

5.12 Les bas-fonds ont des caract�ristiques et des fonctions hydrog�ologiques tr�s diff�rentes selon le climat, la g�ologie et la g�omorphologie. Traditionnellement, ils sont utilis�s principalement pour la chasse, l�extraction de bois de feu, la p�che, l�approvisionnement en eau et le p�turage en saison s�che. En Afrique de l�Ouest, de 10 � 25 pour cent seulement des bas-fonds sont actuellement cultiv�s (essentiellement pour la production de riz) et les rendements sont souvent faibles.

5.13 Faute d�une m�thode universelle de classement, les estimations de la superficie totale des bas-fonds sont tr�s diff�rentes. Comme les mar�cages riverains sont tr�s �troits (souvent moins de 200 m), il est impossible de les rep�rer sur les cartes � petite �chelle. On estime qu�en Afrique de l�Ouest quelque 20 � 50 millions d�hectares pourraient �tre class�s comme bas-fonds: il y a donc l� un vaste potentiel pour accro�tre la production vivri�re, car ces terres sont riches en eau. La mise en valeur m�me partielle des bas-fonds pourrait fournir un surcro�t de production agricole qui am�liorerait beaucoup la s�curit� alimentaire.

5.14 Etant donn� la grande h�t�rog�n�it� des bas-fonds, les mod�les de mise en valeur doivent �tre choisis en fonction des conditions locales. Par exemple, pour d�velopper la riziculture dans les bas-fonds de la zone soudano-sah�lienne (qui re�oivent de 800 � 1100 mm de pr�cipitations par an), on pourrait utiliser une irrigation d�appoint pour les p�riodes de s�cheresse pendant la saison des pluies. C�est ce qui a �t� fait au B�nin, par exemple, o� l�on a construit des puits peu profonds et des r�servoirs pour irriguer les potagers. Dans la zone �quatoriale humide, le drainage abaisse le niveau de la nappe dans les parcelles cultiv�es, ce qui permet de planter des vari�t�s am�lior�es. Au Zimbabwe, on a mis au point un syst�me de billons et sillons larges pour les cultures mixtes de riz et de ma�s dans les dambos. Ce syst�me permet de retenir un maximum d�eau et de limon provenant de l�amont et de rejeter les eaux de colature d�barrass�es de leur limon. Les eaux souterraines s��coulent lentement, ce qui prolonge la saison pendant laquelle les rivi�res sont en eau. Ce syst�me est tr�s prometteur. En bonne ann�e, le rendement de ma�s a atteint 7,6 tonnes � l�hectare et m�me lors de la s�cheresse de 1992, les terres ont encore produit 1 tonne � l�hectare, contre 80 kg � l�hectare seulement sur les versants avoisinants.

5.15 L�am�nagement des bas-fonds a un meilleur rapport co�t-efficacit� que les projets classiques de d�veloppement de l�irrigation. Par exemple, au Ghana, la construction de simples ouvrages de r�gulation et de diguettes de terre en terrain mar�cageux ne co�te que 450 dollars par hectare. Ce co�t peut �tre encore r�duit si les agriculteurs participent � la construction.

5.16 La mise en valeur des bas-fonds doit �tre soigneusement pr�par�e et planifi�e. Au Burkina Faso, un projet a �chou� parce qu�on n�avait pas tenu compte des probl�mes de main-d�oeuvre et de disparit� entre les sexes. Il arrive trop souvent que les �tudes de faisabilit� ne tiennent aucun compte des fonctions et des utilisations traditionnelles des zones � mettre en valeur. La fonction hydrologique des mar�cages (r�gulation des crues, alimentation des aquif�res souterrains) peut �tre compromise par un drainage mal con�u. La mise en valeur risque en outre de r�duire la diversit� biologique. L�exp�rience de l�intensification de l�exploitation des bas-fonds a montr� que la culture des bas-fonds doit �tre int�gr�e dans des syst�mes agricoles comportant la culture des versants.

Syst�mes de pompage � faible hauteur d'�l�vation

5.17 L�apparition de moteurs et pompes peu co�teux et fiables et l�am�lioration de la distribution de carburant et d��lectricit� ont r�volutionn� l�irrigation plus qu�aucune autre innovation technique ou m�thode de gestion. Dans beaucoup de r�gions du monde, il existe de vastes superficies o� l�irrigation gravitaire n�est pas rentable. C�est le cas par exemple des terrains bordant les grands cours d�eau quand la construction d�ouvrages de d�rivation est impossible pour des raisons techniques ou �conomiques. Ces terres peuvent �tre irrigu�es par pompage. L�irrigation par pompage convient quand il suffit de pomper l�eau sur quelques m�tres pour la faire parvenir au champ.

5.18 Les petits projets de pompage individuels ou communaux sont d�j� un moyen tr�s important d�accro�tre la production vivri�re. On y a souvent recours pour compl�ter le d�bit irr�gulier des canaux, particuli�rement dans les deltas d�Asie, mais aussi de plus en plus en Afrique. Le pr�jug� selon lequel l�irrigation par pompage est vou�e � l��chec � cause des co�ts de fonctionnement et des probl�mes d�entretien n�a plus cours. Les syst�mes de pompage sont faciles � installer et d�un fonctionnement simple. L�exp�rience prouve que de tels syst�mes, desservant un petit nombre d�irrigants qui cultivent des exploitations de taille limit�e, permettent d�obtenir un meilleur rendement de la terre et de l�eau que les grands p�rim�tres d�irrigation gravitaire.

5.19 Il est possible d�exploiter de nouvelles sources d��nergie pour le pompage en tirant parti du fait que l��nergie peut �tre stock�e � la pompe m�me, � condition qu�il y ait un syst�me de stockage. Tous les types d��nergie ont des avantages et des inconv�nients qu�il faut �valuer dans les conditions sp�cifiques du terrain. L��nergie �olienne est utilis�e depuis des si�cles dans des r�gions o� le vent est r�gulier; on peut aujourd�hui choisir entre les m�thodes traditionnelles et des techniques nouvelles perfectionn�es. On produit de l��nergie solaire au moyen de cellules photovolta�ques pour pomper l�eau potable; les prix de revient ne cessent de baisser et il est possible que cette technique puisse � l�avenir �tre utilis�e aussi pour l�eau d�irrigation. L��nergie animale, l�hydro�lectricit� et des combustibles ne provenant pas du p�trole sont aussi utilis�s pour l��l�vation de l�eau (FAO, 1986).

5.20 En dehors de sa rentabilit� �conomique directe (production agricole), l�irrigation par pompage fournit souvent des avantages indirects consid�rables. Les syst�mes d��l�vation de l�eau peuvent servir aussi � approvisionner les maisons pour les usages domestiques; le risque de maladies transmises par l�eau telles que la bilharziose est r�duit quand l�eau est distribu�e dans des conduites ferm�es. A mesure que le co�t et la valeur de raret� de l�eau augmentent, on aura de plus en plus recours � des conduites pour r�duire les pertes, pr�venir la pollution et faciliter le jaugeage.

D�veloppement spontan� de l'irrigation aux environs des grandes villes

5.21 Le processus d�urbanisation se poursuivra et le nombre des citadins doublera probablement d�ici l�an 2025, pour atteindre 5 milliards. Cette urbanisation galopante, qui cr�e des probl�mes �conomiques, sociaux et environnementaux, est due � la croissance naturelle de la population et aux migrations provoqu�es par les changements de climat ou par des conflits ethniques. C�est ainsi que l�Afrique occidentale, longtemps la r�gion la moins urbanis�e du monde, conna�t maintenant une explosion urbaine: le pourcentage de la population urbaine est pass� de 4 pour cent en 1930 � 14 pour cent en 1960 et 40 pour cent en 1990; il d�passera sans doute 60 pour cent en 2020. La croissance future d�pendra en partie de l�environnement macro-�conomique, mais elle pourrait �tre de l�ordre de 4 � 5 pour cent par an.

5.22 L�agriculture p�riurbaine est une source importante de revenus et d�aliments pour les populations urbaines. Les programmes d�ajustement structurel (PAS) ont fait baisser brutalement la part des salaires dans les revenus; une des strat�gies de compensation les plus visibles a �t� le d�veloppement des cultures dans les zones urbaines et p�riurbaines. Les l�gumes produits pour la vente sont souvent cultiv�s par des agriculteurs exp�riment�s qui les vendent tels quels ou avec un traitement limit�, soit directement soit en ayant recours � des fili�res courtes de commercialisation. Les l�gumes verts doivent �tre r�colt�s et vendus quotidiennement. Gr�ce aux cycles de production courts et � la possibilit� de r�agir rapidement � la demande du march� et aux conditions m�t�orologiques, cette production l�gumi�re rapporte aux horticulteurs p�riurbains ainsi qu�aux entrepreneurs commerciaux des revenus r�guliers �tonnamment �lev�s.

5.23 La grande importance �conomique de l�irrigation p�riurbaine a cr�� une incitation � l�investissement priv� � tous les niveaux de la production. Stimul�es par des pressions politiques et �conomiques ainsi que par les incitations des organisations internationales, plusieurs initiatives ont �t� prises pour aider � organiser ce nouveau secteur de production. De plus en plus d�organisations non gouvernementales (ONG) s�y int�ressent. Ce mouvement est appuy� par les institutions de cr�dit qui accordent maintenant des pr�ts individuels et collectifs.

5.24 Malgr� son succ�s et son importance croissante, l�irrigation p�riurbaine se heurte encore � de nombreux obstacles: manque d�eau salubre et probl�mes de sant� qui en r�sultent; pr�carit� d�occupation du sol; faible niveau de comp�tence; multiplication des ravageurs et difficult�s de commercialisation.

Utilisation des aquif�res peu profonds

5.25 On appelle aquif�res peu profonds les eaux souterraines accessibles par des m�thodes indig�nes de construction de puits et des techniques peu co�teuses telles que forages par injection d�eau, puits creus�s � la main et puits fonc�s. L�eau d�irrigation est �lev�e au moyen de pompes centrifuges situ�es au niveau du sol ou dans une fosse voisine.

5.26 Les avantages que pr�sentent les aquif�res peu profonds pour la petite irrigation sont nombreux:

 

Encadr� 3
MISE EN VALEUR DES
FADAMAS AU NIG�RIA

Au d�but des ann�es 80, des pompes � essence peu co�teuses ont �t� mises sur le march� au Nig�ria; les agriculteurs ont spontan�ment remplac� leurs dispositifs traditionnels d��l�vation de l�eau. Le succ�s de ces petites pompes a incit� le gouvernement � lancer un programme national pour acc�l�rer la mise en valeur des fadamas par la petite irrigation, en installant quelque 50 000 puits tubulaires permettant d�irriguer environ 100 000 hectares. Les principaux �l�ments de ce programme sont la construction de puits tubulaires par des techniques simples, la privatisation des activit�s de forage et la cr�ation d�associations d�irrigants pour am�liorer la gestion de l�irrigation.

Les puits tubulaires et les forages par injection d�eau ont �t� introduits en Inde au d�but des ann�es 80. Les forages par injection d�eau, d�une profondeur moyenne de 6 � 8 m, sont plus simples et moins co�teux, mais le programme a �t� abandonn� dans certains Etats parce qu�il fallait des forages trop profonds pour trouver de l�eau. Pour construire des puits tubulaires, dont la profondeur moyenne est de 12 m, il faut une tour de forage, mais le taux de r�ussite est proche de 90 pour cent. La pompe est parfois plac�e en contrebas, dans des fosses de 2 m. Les pompes ont normalement une puissance de 3 � 5 CV et une capacit� de 12 litres/seconde. La superficie irrigu�e � partir d�un forage par injection d�eau ou d�un puits tubulaire peut atteindre 2 hectares, mais elle est g�n�ralement limit�e � 1 hectare.

Les pompes et les pi�ces de rechange sont vendues par diverses fili�res sans subvention. Comme il n�y a pas toujours de points de vente du circuit public de distribution � proximit�, les irrigants doivent s�approvisionner sur le march� libre, o� le mat�riel co�te souvent plus du double. En 1993, un forage par injection d�eau co�tait 40 dollars EU, un puits tubulaire 170; la pompe co�te de 300 � 500 dollars EU (350 � 700 dollars EU par hectare). Pour irriguer 1 hectare, il faut pomper pendant huit � dix heures. Ces pompes sont relativement fiables: il y a en moyenne deux pannes par campagne et la dur�e de vie des pompes est de quatre � dix ans. Les irrigants s�occupent eux-m�mes d�entretenir les pompes en s�adressant � des m�caniciens locaux.

Les terres ainsi irrigu�es sont principalement consacr�es � la production de cultures de rente qui sont tr�s sensibles aux fluctuations du march�. Par exemple, le b�n�fice net de la culture d�ail sur 1 hectare a vari� ces derni�res ann�es entre 10 et 8 500 dollars EU. Face � la hausse des co�ts de production et � la suppression de la subvention des intrants agricoles, les producteurs ont relev� leurs prix de vente, mais ils ne pourront pas continuer ind�finiment � le faire. Certains, d�courag�s par la baisse de rentabilit�, n�exploitent plus que la moiti� de la superficie irrigable, et d�autres ont m�me abandonn� les pompes et recommenc� � utiliser les syst�mes traditionnels d��l�vation de l�eau et � r�duire les apports d�intrants.

 

5.27 La mise en valeur des aquif�res peu profonds peut �tre associ�e � celle des bas-fonds, car l�inondation de la plaine pendant les pluies et juste apr�s facilite le stockage souterrain de l�eau qui peut ensuite �tre facilement utilis�e pendant la saison s�che.

5.28 Un des probl�mes qui limitent la mise en valeur des aquif�res peu profonds est le manque d�informations sur leur volume et leur rendement. L�exploitation des aquif�res contenus dans les failles n�cessite des techniques sp�ciales telles que les puits horizontaux. Une des difficult�s de la gestion tient � la n�cessit� d��viter la surexploitation et d�assurer l��galit� d�acc�s. La mise en valeur des fadamas au Nig�ria est un exemple frappant du potentiel qu�offre l�exploitation des aquif�res peu profonds.

Utilisation parall�le des eaux superficielles et des eaux souterraines

5.29 Dans la plupart des climats du monde, les pr�cipitations, et donc les ruissellements de pointe qui constituent une importante partie du d�bit total des cours d�eau, se produisent pendant une saison donn�e, qui co�ncide g�n�ralement avec celle o� la demande d�eau est la plus faible. Pour mettre en valeur les ressources hydriques, il faut donc transf�rer cette ressource de la saison d�offre abondante � la saison de forte demande. La solution la plus �vidente et la plus courante consiste � emmagasiner les eaux superficielles au moyen de barrages; mais les r�servoirs de surface peuvent souvent �tre remplac�s par le stockage souterrain de l�eau.

5.30 Les r�servoirs sont sujets � l��vaporation et � l�infiltration, ainsi qu�� la s�dimentation, qui r�duit leur capacit�. Ils occupent des terres, leur construction n�cessite souvent des d�placements de populations et ils doivent �tre accompagn�s de r�seaux de distribution co�teux. En revanche, ils peuvent �tre une source d��nergie hydro�lectrique et une protection contre les inondations. Les populations d�plac�es peuvent �tre r�install�es en douceur dans des conditions satisfaisantes, et la p�che dans les r�servoirs peut �tre une ressource int�ressante. Les eaux souterraines sont moins sujettes � l��vaporation et moins sensibles aux variations � court terme des pr�cipitations; leur mise en valeur a moins d�effets sociaux et environnementaux ind�sirables (� moins qu�elles ne soient saum�tres), co�te moins cher que la construction de barrages et permet de stocker l�eau plus pr�s des lieux d�utilisation; cependant, il faut tenir compte des d�penses renouvelables de pompage.

5.31 On peut utiliser � la fois les eaux superficielles et les eaux souterraines pour r�duire les effets physiques, environnementaux et �conomiques ind�sirables et optimiser l��quilibre entre l�offre et la demande. Il peut �tre tr�s avantageux de stocker les eaux superficielles exc�dentaires dans le sol pour les r�cup�rer durant les p�riodes s�ches. C�est une option qui doit toujours �tre envisag�e quand on �tudie un programme d�am�nagement d�un bassin hydrologique.

5.32 Les principaux facteurs � prendre en consid�ration pour d�terminer la faisabilit� de l�utilisation combin�e des eaux superficielles et des eaux souterraines sont les suivants:

5.34 Les irrigants doivent �tre consult�s r�guli�rement � tous les stades du programme de remise en �tat et doivent approuver ce dernier. Il faut examiner un large �ventail d�options techniques de fa�on � tenir compte des priorit�s des agriculteurs, des exigences du terrain, de la taille des parcelles, des m�thodes d�irrigation au champ, du nombre de participants par groupe de canaux, des limites des blocs et du cheminement de l�eau dans les canaux. L�exp�rience prouve que ce processus de concertation permet d��viter d�avoir � effectuer des modifications co�teuses et ne provoque pas de surco�t par rapport aux syst�mes classiques5.

Cont.

Notes

1 Le bilan hydrique mondial a �t� recalcul� r�cemment par Shiklomanov (1996), mais les ajustements sont mineurs et ne modifient pas le tableau d�ensemble. La signification des chiffres de capacit� des r�servoirs d�pend de la fa�on dont fonctionne le r�servoir. Par exemple, si l�on comprend la capacit� du lac Victoria dans la capacit� des r�servoirs en Afrique, on risque de donner l�impression erron�e que ce continent poss�de d�abondantes infrastructures de stockage de l�eau. Les d�bits minimaux des cours d�eau, �tudi�s au chapitre 7 de la pr�sente �tude, sont calcul�s selon la m�thode de Postel, Daily et Ehrlich (1996); on a admis qu�il faut, pour assurer une dilution minimale des eaux us�es non trait�es, un d�bit de 28,3 litres par seconde par 1 000 habitants, soit environ 1 000 m3 par personne et par an.

2 Barthelemy (1993) a �tudi� l�apport d�eau n�cessaire pour la production alimentaire sur la base de donn�es concernant les Etats-Unis (Californie), l�Egypte et la Tunisie. A partir du volume d�eau n�cessaire pour produire diverses cultures (en m3/tonne), on a d�termin� la quantit� d�eau n�cessaire pour nourrir une personne pendant un an, soit environ 2 200 m3 en Californie (r�gime riche en viande) et 1 100 m3 en Tunisie (r�gime pauvre en viande). Une partie des cultures vivri�res sont pluviales et une partie sont irrigu�es. Dans les cultures irrigu�es elles-m�mes, une partie de l�eau du sol est apport�e par les pr�cipitations et le reste par l�irrigation.

3 Shuval (1996) �tudie les notions de s�curit� alimentaire, s�curit� hydrique et d�ficit hydrique ainsi que les besoins d�eau minimaux dans le contexte d�Isra�l et de la r�gion du Proche-Orient. Il conclut qu�avec 125 m3 par personne et par an une communaut� peut prosp�rer et vivre confortablement.

4 Les investissements du secteur priv� peuvent se situer � tous les niveaux, depuis la petite ferme familiale individuelle jusqu�aux grandes soci�t�s, en passant par les ONG. Certains des projets d�hydraulique agricole les plus r�ussis en Afrique sont le fruit d�initiatives priv�es. Maintenant que l�environnement politique est plus lib�ral et plus favorable au secteur priv�, il est possible d�envisager des formules permettant d�utiliser des fonds publics pour promouvoir les initiatives priv�es. Ainsi, la Commonwealth Development Corporation (CDC) est une soci�t� publique britannique cr��e en 1948 pour aider les pays d�outre-mer � d�velopper leur �conomie en investissant dans des entreprises nouvelles ou anciennes. Concentrant ses efforts sur le secteur priv�, elle fournit des pr�ts � long terme et du capital-risque, g�re et poss�de plusieurs entreprises et cible son action sur les pays les plus pauvres. Elle a investi plus d�un milliard de dollars dans des entreprises de valorisation des ressources naturelles renouvelables et plus du quart de ses investissements sont situ�s en Afrique subsaharienne. Elle g�re dans dix pays d�Afrique 19 entreprises prosp�res ayant d�importantes cultures irrigu�es, notamment canne � sucre, agrumes, ma�s, soja, noix de macadamia, caf�, th�, cultures fourrag�res pour l��levage laitier, bananes, ananas et arachides.

5 L�Office du Niger g�re 55 000 hectares sous irrigation de surface, consacr�s principalement � la riziculture et exploit�s par des fermes familiales. Le r�seau est un laboratoire classique d�irrigation. Le projet a d�marr� en 1930 et a connu toutes les vicissitudes possibles de l�histoire de l�irrigation. Apr�s une crise au d�but des ann�es 80, il a aujourd�hui atteint un niveau de productivit� �gal � celui des meilleurs p�rim�tres d�Asie, avec des installations tr�s performantes, une bonne gestion, des vari�t�s de riz � haut rendement et des cultivateurs ouverts au progr�s.