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� FAO, 1996
1.1 Le pr�sent document analyse les interactions entre l’utilisation des ressources naturelles (terres et eaux, ressources g�n�tiques v�g�tales et animales, v�g�tation et sols) pour la production alimentaire et les options techniques permettant de r�duire l’impact n�gatif sur l’environnement. La production vivri�re est assur�e par des hommes pour des hommes et il existe des forces sociales et �conomiques puissantes qui influent sur les modes de production. Ces forces sont bri�vement �tudi�es dans le premier chapitre mais l’ensemble du probl�me n’est pas examin� ici (voir �galement les autres documents du SMA no 1-9).
1.2 Les informations ont �t� analys�es suivant le syst�me de zones agro�cologiques de la FAO (ZAE) (carte 1). Aux fins d’analyses quantitatives, on a retenu une s�lection de 84 pays dont le territoire fait partie de ZAE pr�cises et on a �valu� les donn�es pertinentes concernant la population et la production agricole (tableau 1). Les pays s�lectionn�s repr�sentent plus de 50 pour cent de la superficie �merg�e totale de la plan�te mais ne comprennent pas les pays appartenant � plusieurs ZAE, pour lesquelles les donn�es ne peuvent �tre divis�es.
1.3 Si l’on compare les chiffres des pays s�lectionn�s, il appara�t que les r�gions tropicales humides sont relativement peu peupl�es, avec toutefois de fortes diff�rences r�gionales. Au total, la densit� de population dans les pays des zones tropicales humides chaudes est pass�e de 32,7 habitants au km2 en 1970 � 51,9 habitants au km2 en 1990, ce qui correspond � un accroissement annuel d’environ 2,5 pour cent. Les r�gions arides sont elles aussi peu peupl�es mais le taux d’accroissement annuel de leur densit� d�mographique est pass� de 3,2 pour cent dans les ann�es 70 � 3,9 pour cent dans les ann�es 90. Les pays des zones temp�r�es et bor�ales ont de fortes densit�s de population mais des taux annuels d’accroissement d�mographique � peine sup�rieurs � z�ro.
1.4 Etant donn� que la plupart des statistiques sont fond�es sur les limites g�opolitiques nationales et non sur les ZAE, l’�tablissement de liaisons entre les facteurs biophysiques, �conomiques et d�mographiques n’est possible que dans certaines limites. N�anmoins, le syst�me des zones agro-�cologiques appliqu� par la FAO est le moyen le plus g�n�ralement admis d’identifier les zones sur la base de leur potentiel agricole. Les zones � potentiel �lev� ont une fertilit� des sols forte (ou qui pourrait le devenir), des disponibilit�s en eau r�guli�res et suffisantes provenant des pr�cipitations ou de l’irrigation, une p�riode de croissance v�g�tale assez longue pour produire des r�coltes et un r�gime climatique favorable, dans les limites des variations normales, � la production de r�coltes annuelles (tableau 2). Ces zones peuvent assurer une production v�g�tale intensive au moyen des technologies existantes � condition de veiller � ne pas d�passer la capacit� de r�g�n�ration des sols. On a identifi� trois cat�gories de terre ayant la capacit� d’assurer durablement une production intensive:
Tableau 1: Pays et zones choisis pour l’analyse des zones agro�cologiques (ZAE)
Tableau 2: D�finitions adopt�es pour les zones agro�cologiques
1.5 La base de ressources naturelles et les principaux syst�mes de production vivri�re sont pr�sent�s au Chapitre 3, tandis que le potentiel des technologies am�lior�es respectant l’environnement est �tudi� au Chapitre 4. Le Chapitre 5 expose certaines politiques et mesures n�cessaires pour favoriser la production vivri�re durable du point de vue �cologique. Il insiste sur la n�cessit� d’un meilleur am�nagement des sols et de la nutrition des v�g�taux, d’une utilisation rationnelle des ressources en terres et en eaux, d’un meilleur acc�s � l’�nergie dans les zones rurales, d’une utilisation sans danger des pesticides et des engrais et des avantages importants qu’offrent � la s�curit� alimentaire les syst�mes de production int�gr�e comme l’agroforesterie et le sylvopastoralisme.
2.1 L’accroissement de la population mondiale entra�ne une r�duction constante de la superficie de terre arable disponible par habitant. Le ph�nom�ne est particuli�rement remarquable au Proche-Orient et en Afrique (figure 1), r�gions o� la densit� de population a augment� de 73 et de 66 pour cent respectivement en 20 ans. Ces r�gions ont en outre des possibilit�s limit�es d’accro�tre la production en raison de leurs disponibilit�s m�diocres de terres arables et/ou de la faiblesse de leurs infrastructures.
2.2 L’utilisation des ressources en terres et en eaux qui sont peu abondantes constituera un facteur essentiel pour assurer les approvisionnements alimentaires � venir. On arrive fatalement � la conclusion que la production vivri�re doit encore s’intensifier. Les progr�s des sciences et des technologies ont permis de le faire dans le pass� et il y a de multiples bonnes raisons de croire qu’ils continueront de le faire � l’avenir. Cependant, m�me dans les zones riches en ressources, il y a des limites � l’impact sur l’environnement que les syst�mes naturels et humains peuvent tol�rer si l’agronomie ne tient pas compte de ces facteurs.
Figure 1: ACCROISSEMENT DE LA DENSIT� D�MOGRAPHIQUE PARA HECTARE DE TERRE ARABLE, EN POURCENTAGE (1969/71-1992)
2.3 Ce sont les graves probl�mes de p�nuries alimentaires et de sous-alimentation qui ont amen� non seulement � cr�er la FAO mais aussi � lancer une vaste coop�ration internationale apr�s la Seconde Guerre mondiale. Dans les ann�es 50, il �tait pos� en principe fondamental que la nourriture devait �tre produite dans les r�gions o� elle �tait consomm�e. Les pays en d�veloppement �taient consid�r�s comme ayant des besoins consid�rables et on pensait que les investissements dans les technologies agricoles modernes et les infra-structures correspondantes favoriseraient le d�veloppement et les approvisionnements alimentaires r�guliers. Progressivement, les probl�mes d’environnement ont pris de l’importance � mesure que le grand public et les responsables politiques prenaient conscience du co�t �conomique et humain �lev� de la pollution et de la d�gradation des ressources.
2.4 Au cours des 20 derni�res ann�es, on est pass� progressivement d’approches purement techniques � la production vivri�re � des approches qui tiennent compte des facteurs �cologiques, sociaux et �conomiques sous-jacents. Les strat�gies visant � r�duire l’impact sur l’environnement comptent parmi leurs principaux �l�ments le passage des solutions technologiques � des approches davantage fond�es sur l’information et l’am�nagement.
2.5 C’est seulement en 1987 que la notion de d�veloppement durable est apparue dans le rapport de la Commission Brundtland, Notre avenir � tous. Ce rapport a contribu� � r�orienter le d�bat des int�r�ts sectoriels �troits vers une appr�hension g�n�rale des facteurs environnementaux, sociaux et �conomiques. Le rapport recommandait que l’on porte davantage attention � la qualit� de la croissance �conomique, aux disparit�s sociales, aux besoins des g�n�rations futures par opposition aux g�n�rations pr�sentes et � l’�quilibre entre les pr�occupations locales, nationales et mondiales.
2.6 La notion d’agriculture et de d�veloppement rural durables (ADRD) a �t� mise au point � la Conf�rence de den Bosch sur l’agriculture et l’environnement organis�e en 1991 par la FAO et le Gouvernement des Pays-Bas. Elle a ensuite �t� reprise au Chapitre 14 du Programme �Action 21� lors de la Conf�rence des Nations Unies sur l’environnement et le d�veloppement (CNUED) tenue en 1992 � Rio de Janeiro, Br�sil.
2.7 Selon les recommandations du Programme �Action 21�, la notion d’ADRD doit �tre mise en oeuvre en fonction du contexte national en cause. L’utilisation d’intrants ext�rieurs est g�n�ralement bien plus faible dans les pays en d�veloppement, notamment ceux d’Afrique, que dans les pays d�velopp�s. Le probl�me consiste � maintenir l’�quilibre entre la qualit� de l’environnement et les impacts que provoque l’accroissement de la production vivri�re. Par exemple, lorsque l’utilisation des pesticides a augment� en Asie pendant les ann�es 70, la pollution de l’environnement dangereuse pour l’homme s’est accrue parall�lement en raison de l’insuffisance des contr�les sur la formulation des produits et de leur mauvaise utilisation. La protection int�gr�e (PI) constitue une solution pr�f�rable et, dans la plupart des cas, plus �conomique, mais elle oblige � abandonner la recherche de solutions purement technologiques pour avoir recours � des syst�mes participatifs de recherche, d’�ducation et de vulgarisation.
2.8 Les pays d�velopp�s ont tendance � utiliser les intrants ext�rieurs de fa�on plus �quilibr�e en raison de leurs co�ts �lev�s. En outre, un nombre croissant d’agriculteurs usent moins de pesticides et d’engrais et travaillent pour des consommateurs dispos�s � payer un peu plus cher des produits �verts� mais leur part dans la production totale reste limit�e. De nombreux pays en d�veloppement ont des march�s �verts� destin�s aux consommateurs qui souhaitent acheter des produits alimentaires obtenus suivant des m�thodes respectueuses de l’environnement. Il est largement d�montr� que ces strat�gies de production, tout en �tant moins dangereuses pour l’environnement, sont �conomiquement viables pour les march�s limit�s � servir. La plupart des grands producteurs commerciaux trouvent encore �conomiquement rentable d’utiliser largement les pesticides et les engrais min�raux et n’ont pas encore adopt� de fa�on g�n�rale les techniques de production respectant l’environnement comme la protection int�gr�e (PI) et les syst�mes int�gr�s de nutrition des plantes (SINP).
2.9 Les grandes famines du si�cle �taient toutes presque dues � l’instabilit� politique ou aux d�fauts des institutions qui bloquaient les m�canismes n�cessaires pour produire et transporter les produits alimentaires et assurer l’acc�s � ces produits � ceux qui en avaient le plus besoin.
2.10 La pauvret�, l’ins�curit� alimentaire et les impacts sur l’environnement sont souvent associ�s et constituent un cycle qui se perp�tue lui-m�me. Il est n�cessaire de distinguer diff�rents types de pauvret� rurale et leurs liens avec les impacts sur l’environnement (voir Reardon et Vosti, 1995). On doit se demander �de quel type de pauvret� il s’agit� pour savoir si la pauvret� est avant tout li�e au revenu, � l’absence de ressources disponibles, au manque d’acc�s aux ressources de production (y compris les capitaux d’investissement), ou, ce qui est le plus probable, � des combinaisons de ces divers facteurs.
2.11 Citons quelques exemples d’interaction entre diff�rentes dotations en ressources naturelles et la pauvret�: les zones tropicales humides du Br�sil (zones riches en biodiversit� naturelle et en terre mais poss�dant peu de sols fertiles propres aux cultures annuelles, de ressources financi�res, de main-d’oeuvre et d’infrastructure), le Sahel (vastes terres mais qualit� et r�sistance physique des terres et ressources financi�res limit�es) et le Rwanda (qualit� des terres et main-d’oeuvre abondante mais superficie des terres et actifs mat�riels et financiers non agricoles limit�s).
2.12 La diversification des revenus dans le secteur agricole ainsi que le lancement d’activit�s non agricoles sont souvent consid�r�s comme de bons moyens d’am�liorer le sort des ruraux pauvres mais ceux-ci vivent souvent dans des zones marginales o� l’environnement est particuli�rement fragile et offre peu de possibilit�s de d�veloppement. Ainsi, les programmes de lutte contre la pauvret� doivent attaquer les causes profondes, que ce soit la dotation en ressources naturelles, la faiblesse de l’�pargne et des investissements ou d’autres facteurs pour donner de bons r�sultats. La Chine a r�ussi � cr�er des zones d’entreprises rurales et urbaines qui fournissent des emplois qualifi�s apportant de la valeur ajout�e � l’�conomie rurale.
2.13 Le cycle pauvret�/d�gradation de l’environnement est accentu� par les faibles prix � la sortie de l’exploitation qui ne couvrent pas suffisamment le prix de revient des r�coltes et les frais de transport local �lev�s des producteurs et emp�chent donc de livrer des engrais ou d’acheminer les produits en temps voulu jusqu’aux march�s. Les agriculteurs d�munis de ressources manquent toujours d’informations essentielles sur les intrants, la situation des march�s ou les prix des produits qu’ils vont r�colter.
2.14 Depuis les ann�es 80, plusieurs tendances mondiales qui ont des incidences importantes pour la politique environnementale et agricole sont apparues, en premier lieu, la r�duction du r�le des pouvoirs publics dans l’�conomie agricole. Cette r�duction a pris la forme d’une baisse des subventions � la production et � la consommation mais aussi d’une privatisation d’entreprises et de services qui relevaient autrefois de l’Etat comme la commercialisation, la vulgarisation et la recherche agricole.
2.15 La deuxi�me tendance, qui est d’ailleurs li�e � la premi�re, concerne la planification et la prise de d�cisions. Aujourd’hui, les provinces, les cantons, les districts et autres organismes int�rieurs des pays jouissent dans l’ensemble d’une plus grande autonomie dans les domaines de la planification strat�gique et mat�rielle et des travaux d’infrastructure. Cette d�centralisation du d�veloppement s’accompagne d’un renforcement des r�glementations internationales dans certains domaines (notamment cr�ation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et accords commerciaux r�gionaux1 et conventions �cologiques concernant la biodiversit�, le changement de climat, la d�sertification).
2.16 Cette tendance pr�sente de l’importance parce que de nouveaux groupes prennent d�s maintenant et prendront � l’avenir des d�cisions sur le mode d’utilisation des ressources naturelles et les niveaux acceptables de pollution et de d�gradation. Des d�cisions de plus en plus nombreuses concernant le d�veloppement seront prises au niveau local et des conditions plus rigoureuses seront pos�es au niveau international. Comme il n’y a gu�re de normes environnementales scientifiques absolues applicables pour assurer une production vivri�re durable, il faudra faire de multiples choix d’ordre social, politique et �conomique sur l’affectation des ressources, par exemple sur les moyens de produire de la nourriture tout en prot�geant les zones importantes du point de vue biologique.
2.17 Le r�gime foncier est peut-�tre l’un des obstacles les plus importants � l’agriculture respectant l’environnement, et l’intervention des pouvoirs publics est indispensable dans ce domaine. Il est fr�quent que le manque de s�curit� d’occupation freine les investissements dans les mesures de conservation des terres et de renforcement de la productivit�. Une l�gislation judicieuse peut alors avoir un effet positif consid�rable. Il faut prendre des mesures analogues en ce qui concerne le r�gime d’exploitation de l’eau: les utilisateurs doivent reconna�tre qu’il s’agit d’une ressource rare et bien r�agir aux dispositions encourageant sa conservation et l’investissement dans les techniques d’�conomie de l’eau.
2.18 Le commerce des produits agricoles vivriers ou autres a jou� un r�le important dans presque tous les pays en d�veloppement qui ont b�n�fici� d’une bonne croissance �conomique au cours des 20 derni�res ann�es2. Il enrichit les partenaires commerciaux en fournissant des revenus et des devises et, � condition d’�tre bien pratiqu�, il permet d’exploiter les avantages relatifs d’un pays pour obtenir les produits agricoles auxquels il est le mieux adapt�. Toutefois, l’instabilit� des prix emp�che de garantir un rendement r�gulier des investissements et les agriculteurs peuvent �tre expos�s � des risques financiers plus �lev�s tout en n’ayant gu�re de possibilit�s de d�penser pour appliquer des pratiques agricoles respectant l’environnement.
2.19 Le commerce des produits agricoles vivriers ou autres est souvent consid�r� comme la cause de d�g�ts subis par l’environnement, en particulier de perte de fertilit� des sols dans les pays exportateurs. D’apr�s des estimations provisoires, la lib�ration des �changes d�coulant des N�gociations d’Uruguay devrait avoir des effets � peu pr�s neutres pour l’environnement dans le cas de l’agriculture, au moins pendant les cinq � sept ann�es � venir. Quelques transferts de production auront probablement lieu des pays offrant des subventions vers les producteurs � prix de revient inf�rieurs, tendance qui est positive pour l’environnement dans l’ensemble.
2.20 Le secteur urbain reste nettement favoris� dans de nombreux pays, par exemple lorsque le gouvernement d�sire maintenir les prix des produits alimentaires � un niveau moins �lev� et concentrer les investissements dans les zones urbaines en faveur de l’industrie, des infrastructures et des services. Cette orientation limite la capacit� des producteurs agricoles de r�aliser des revenus suffisants, d’�pargner et d’investir dans les ressources naturelles et de les g�rer de fa�on durable.
2.21 La notion d’agriculture urbaine est apparue ces derni�res ann�es pour compl�ter le mod�le classique de production de nourriture dans de grandes zones rurales �loign�es avec transport des produits vers les zones urbaines pour la consommation. Bien que l’analyse pratique et l’exp�rience concernant l’exploitation de cette formule soient encore tr�s limit�es, l’agriculture urbaine et p�riurbaine offre un potentiel important d’accroissement de la production et de la s�curit� alimentaire dans les zones � population tr�s dense. Elle peut aussi aider les pays � s’adapter aux changements de mode d’alimentation; ainsi la recherche montre qu’en Asie les personnes qui vont s’installer dans les villes consomment plus de l�gumes, de fruits et de produits animaux pour remplacer les produits amylac�s comme les c�r�ales.
2.22 On n�glige souvent le r�le cl� que les femmes jouent dans l’agriculture en qualit� de productrices de nourriture et d’utilisatrices des ressources naturelles. Alors qu’elles pratiquent souvent les cultures vivri�res et g�rent et utilisent activement les ressources, elles sont rarement propri�taires de terres et manquent donc de garanties pour avoir acc�s au cr�dit. L’adoption de politiques de pr�t moins rigides et plus novatrices de la part des institutions financi�res pourrait d�clencher une dynamique puissante en faveur de l’accroissement de la production vivri�re. Ainsi, au Bangladesh, la Banque Grameen a r�ussi � venir en aide aux pauvres des villes en mettant des id�es nouvelles en action sur la base de principes �conomiques solides qui seraient applicables dans de nombreuses zones rurales.
2.23 Les productions de cultures de rente destin�es � l’exportation sont le plus souvent domin�es par les grands producteurs et les hommes; les cultures de subsistance sont g�n�ralement pratiqu�es sur les sols pauvres o�, pour survivre, les femmes doivent surexploiter la terre afin de couvrir les besoins du m�nage et provoquent ainsi sa d�gradation. Les recherches ont rarement tenu compte de l’influence des disparit�s entre les sexes dans la production vivri�re, la r�partition du travail ou les prises de d�cisions, n�gligeant ainsi des possibilit�s importantes d’accro�tre l’efficacit�, la productivit� et la durabilit�.
2.24 Les activit�s humaines orient�es vers la production vivri�re rev�tent de nombreuses formes: enl�vement de la v�g�tation, travail du sol, drainage et introduction de nouvelles esp�ces v�g�tales ou animales. Leurs effets d�pendent de l’ampleur de l’exploitation. Par exemple, le d�frichement d’une parcelle isol�e de for�t, tout en ayant un effet destructeur sur les esp�ces qui y vivent, peut avoir moins d’impact sur la for�t que l’abattage s�lectif d’arbres sur de grandes superficies. Dans le temps, les effets d�pendent de la fr�quence des interventions et de la permanence des effets: une coupe unique de for�t tropicale est suivie d’une repousse secondaire, de sorte qu’au bout de 200 ans environ la biomasse d’origine, mais pas n�cessairement la composition par essences, s’est reconstitu�e.
2.25 L’encha�nement des effets sur le site et � l’ext�rieur rend les liens alimentation/environnement encore plus complexes (figure 2). Citons quelques exemples d’effets sur place: enl�vement de la v�g�tation naturelle, accroissement des infestations d’herbes adventices ou d’insectes, compactage du sol provoqu� par le passage des animaux ou les machines lourdes. Citons maintenant quelques effets � l’ext�rieur: envasement en aval r�sultant de l’�rosion des sols, ruissellement (concentration des eaux dans les zones plus basses), enfin eutrophisation ou pollution des eaux souterraines et superficielles par l’utilisation excessive d’engrais.
Figure 2: INTERACTIONS ENTRE CROISSANCE D�MOGRAPHIQUE, PRODUCTION VIVRI�RE ET EFFETS SUR L'ENVIRONNEMENT
2.26 Dans certains cas, l’accroissement de la population (figure 3) a entra�n� l’intensification de l’utilisation et l’augmentation de la productivit� des terres d�j� d�frich�es. Ainsi, la production c�r�ali�re de l’Inde est pass�e de 87 millions de tonnes en 1961 � 200 millions de tonnes en 1992, mais la superficie arable est rest�e � peu pr�s constante, de sorte que l’extension de la culture des c�r�ales � de nouvelles terres est rest�e limit�e (figure 4). Dans d’autres cas, l’accroissement d�mographique n’a pas �t� accompagn� par des augmentations de productivit�, d’o� une augmentation de la superficie des terres consacr�es � la production vivri�re. Dans ces zones, nombreuses en Afrique, la productivit� des terres nouvellement d�frich�es a baiss� au bout de peu de temps, provoquant une nouvelle expansion des cultures.
Figure 3: EVOLUTION DE LA DENSIT� MOYENNE DE POPULATION PAR ZONE AGRO�COLOGIQUE
Figue 4: TERRE �PARGN�E EN INDE DU FAIT DE L'ACCROISSEMENT DE LA PRODUCTIVIT�
Source: Adapt� de Borlaug et Dowswell, 1996.
3.1 Le mode d’utilisation des ressources naturelles pour la production vivri�re est fortement influenc� par des facteurs humains, �conomiques, culturels et sociaux, comme le montrent les changements tr�s vari�s apport�s � l’environnement naturel par la modification des paysages, l’utilisation et l’�limination des esp�ces et vari�t�s v�g�tales ou animales naturelles et la manipulation des sols et des eaux.
3.2 Les terres plates b�n�ficiant d’un climat favorable et de sols fertiles et bien drain�s constituent une ressource naturelle tr�s pr�cieuse mais elles sont aussi recherch�es en vue d’activit�s industrielles, de logement et de loisirs. Etant donn� que 45 pour cent de la population mondiale vivent maintenant en milieu urbain, des milliers d’hectares de terres tr�s productives pour l’agriculture sont perdus chaque ann�e du fait que les villes s’agrandissent, que des routes et des a�roports sont construits et que de nouvelles zones industrielles et commerciales sont cr��es. Les �tablissements urbains et ruraux couvrent maintenant environ 4 millions de km2.
3.3 Les hommes ont de tout temps impos� des modifications structurelles au paysage. Au niveau local, ces modifications ont des effets sensibles sur le relief et l’hydrologie lorsque la v�g�tation naturelle et le sol, le sous-sol et m�me les couches g�ologiques plus profondes sont d�plac�s pour cr�er une nouvelle surface plane. On trouve des exemples spectaculaires de construction de terrasses en Chine, en Indon�sie, dans les pays andins d’Am�rique du Sud, etc. La Chine poss�de � elle seule environ 26,6 millions d’hectares de terres am�nag�es en terrasses.
3.4 L'impact des syst�mes de production vivri�re sur l'environnement traduit les conditions agro�cologiques et socio�conomiques du monde. Aux fins de la pr�sente analyse, on a retenu les zones ci-apr�s: tropiques humides chauds, tropiques chauds � saison s�che, tropiques frais, zones arides, zones subtropicales (pluies d'�t�), zones subtropicales (pluies d'hiver), zones temp�r�es et zones bor�ales.
3.5 Il est possible d’accro�tre la production vivri�re dans les ZAE chaudes mais les sols, la nutrition des v�g�taux, la lutte contre les ravageurs et la gestion de l’eau y pr�sentent une importance critique. En revanche, les zones temp�r�es plus fra�ches enregistrent une production vivri�re par habitants plus �lev�e gr�ce � leurs sols et � leur climat plus favorables et � l’abondance des capitaux disponibles pour l’investissement.
3.6 La superficie actuellement cultiv�e dans le monde s’�tablit � environ 1 400 millions d’hectares (dont 270 millions d’hectares irrigu�s) mais le pourcentage de terres consacr�es aux cultures arables varie fortement dans les ZAE; ce pourcentage d�passe � peine 30 pour cent du total dans les zones temp�r�es et la zone tropicale chaude � saison s�che et tombe au plus bas dans les zones arides. La grande vari�t� de cultures possibles dans les zones tropicales fra�ches permet de porter la superficie cultiv�e � 15-20 pour cent de la superficie �merg�e totale.
PRATIQUES AGRICOLES NON LIMIT�ES A CERTAINES ZONES AGRO�COLOGIQUES3.7 De nombreux syst�mes d'exploitation correspondent aux caract�ristiques de la zone agro�cologique o� ils sont pratiqu�s mais certains ne sont pas li�s � des ZAE particuli�res, notamment l'agriculture irrigu�e, les syst�mes de subsistance, l'exploitation mixte, les jardins familiaux et l'horticulture.
Agriculture irrigu�e
3.8 Les terres irrigu�es occupent une superficie relativement faible � l’�chelle mondiale, soit moins de 300 millions d’hectares
(environ 15 pour cent de la superficie arable) mais elles fournissent 36 pour cent de toutes les productions v�g�tales et plus de
la moiti� de la production c�r�ali�re des pays en d�veloppement. Il est pr�vu qu’entre 1991 et 2010 la superficie irrigu�e
passera de
248 � 311 millions d’hectares. Ce syst�me d’exploitation peut �tre tr�s productif, comme il l’est depuis des si�cles dans de
nombreuses zones d’Asie du
Sud-Est.
3.9 Dans les zones arides, environ 10 pour cent de la superficie irrigu�e souffrent de salinisation, et ce pourcentage est en accroissement. L’eau est utilis�e peu efficacement: 60 pour cent au moins de l’eau d’irrigation n’arrivent pas aux v�g�taux en raison des fuites et de la percolation en profondeur � partir des canaux. Dans les champs, l’exc�s d’eau et l’absence de bons r�seaux de drainage provoquent l’engorgement et la salinisation des sols. Ces ph�nom�nes touchent 23 pour cent des terres irrigu�es en Chine et 21 pour cent au Pakistan. Divers risques pour l’environnement sont associ�s � l’irrigation � grande �chelle: pollution des sources hors du site, accumulation de r�sidus de pesticides, apparition de la r�sistance chez les ennemis des cultures, salinisation et maladies transmises par l’eau comme la bilharziose, le paludisme, les diarrh�es, l’onchocercose, le chol�ra et le typhus.
3.10 L’extraction d’eau douce des nappes phr�atiques dans les plaines c�ti�res peut provoquer des invasions d’eau sal�e. Il est ensuite difficile de reconstituer l’apport d’eau douce et les terres cessent d’�tre productives. L’extraction excessive d’eau pour l’irrigation a entra�n� un r�tr�cissement spectaculaire de la mer d’Aral et la baisse de d�bit des cours d’eau a provoqu� des incursions d’eau sal�e dans le delta du Nil en Egypte et celui du Gange-Brahmapoutre au Bangladesh. L’�l�vation du niveau de la mer due au r�chauffement plan�taire ne ferait qu’aggraver la situation.
Exploitation orient�e vers la subsistance
3.11 Les syst�mes d’exploitation orient�s vers la subsistance comportent presque tous, � l’heure actuelle, des cultures de rapport, dont certaines cultures p�rennes. Les petits agriculteurs se procurent ainsi des recettes qui att�nuent leurs probl�mes d’acc�s au cr�dit mais ils peuvent aussi aggraver les risques courus parce qu’ils ont davantage besoin d’intrants ext�rieurs. Les cultures de rapport ont tendance � occuper les terres les plus fertiles tandis que les cultures vivri�res sont rel�gu�es sur les terres � moins bon potentiel (cependant le contraire peut se produire, entra�nant une baisse de rendement de cultures p�rennes comme le cacaoyer en Afrique). Les sp�cificit�s li�es au sexe sont importantes, parce que, dans les pays en d�veloppement, les femmes sont souvent responsables des cultures vivri�res mais manquent de capitaux, n’ont gu�re de possibilit�s de s’instruire et consacrent une forte proportion de leur temps � des travaux non r�mun�r�s. Cette combinaison de facteurs les oblige � surexploiter les terres disponibles pour les besoins du m�nage et elles deviennent alors � la fois des agents et des victimes de la d�gradation de l’environnement.
3.12 La d�gradation des terres prend le plus souvent la forme d’�puisement des �l�ments nutritifs des sols d� � diverses raisons: faible approvisionnement en engrais, utilisation de terres marginales � cause de la p�nurie de terre ou des probl�mes d’occupation, �rosion due � la mauvaise connaissance des mesures de protection et au manque de revenu pour les appliquer, enfin pollution imputable aux produits chimiques � usage agricole (s’ils sont utilis�s) par ignorance des m�thodes d’application.
Exploitation mixte
3.13 Les syst�mes d’exploitation mixte sont fond�s sur diverses combinaisons de production v�g�tale et animale et comprennent souvent un �l�ment de foresterie. Dans de nombreuses zones, ces syst�mes mixtes sont actuellement remplac�s par des syst�mes sp�cialis�s qui peuvent �tre plus productifs mais comportent davantage de risques. Les syst�mes mixtes pr�sentent de nombreux avantages pour l’environnement comme le recyclage des r�sidus de r�colte et des d�chets animaux, l’entretien des mati�res organiques du sol, l’utilisation de la traction animale, les coupe-vent, la diversification des sources d’aliments et de revenu, la conservation des sols, l’accroissement de la diversit� agrobiologique et l’utilisation de biocombustibles. Du point de vue de la combinaison des avantages pour l’environnement et l’�conomie, les syst�mes d’exploitation mixte devraient �tre promus plus activement, notamment pour les exploitants pauvres. Or, ces syst�mes ont fait l’objet de recherches beaucoup moins pouss�es que les autres.
Jardins familiaux et horticulture
3.14 L’exploitation de jardins familiaux et la petite horticulture peuvent rev�tir de multiples formes et apporter des contributions importantes � la nutrition de millions de m�nages souffrant d’ins�curit� alimentaire. Sous leur forme traditionnelle, ces syst�mes assurent une couverture permanente du sol et ne comportent gu�re de risque pour l’environnement car il s’agit en g�n�ral de syst�mes clos g�r�s avec soin qui utilisent comme engrais le fumier animal, les d�jections humaines, les cendres et les d�chets de cuisine compost�s. Cependant, l’exploitation des jardins familiaux est en pleine �volution par suite de l’urbanisation et de la sp�cialisation: la production d’aliments de base augmente mais les produits chimiques sont de plus en plus largement utilis�s.
3.15 A l’oppos�, des serres hautement sp�cialis�es, voire g�r�es par ordinateur, ont �t� construites pour abriter des cultures de haute valeur; ainsi aux Pays-Bas, environ 6 pour cent de la superficie cultiv�e sont consacr�s � l’horticulture. Ces syst�mes sont de plus en plus r�pandus, notamment en Asie du Sud-Est. Les principaux probl�mes �cologiques qu’ils posent sont li�s � la lutte contre les ennemis des cultures, � la forte consommation d’�nergie (pour le chauffage ou le refroidissement) et � l’�vacuation des eaux us�es pollu�es. Toutefois, on a r�ussi � concevoir des syst�mes clos, avec ma�trise totale du climat, notamment fertilisation par CO2, qui permet � la production de se rapprocher du niveau maximum biologiquement possible.
IMPACTS B�N�FIQUES DE LA PRODUCTION VIVRI�RE SUR LES SOLS
3.16 Diverses pratiques ont un effet b�n�fique sur certains sols exploit�s pour l'agriculture: travail profond des sols, chaulage des sols acides, apport de mat�riaux organiques, application d'engrais, apport de s�diments pendant l'irrigation, drainage et lutte contre l'�rosion
3.17 Les apports de mati�res organiques stabilisent la structure des sols, am�liorent la r�tention d’humidit� et d’�l�ments nutritifs et fournissent les min�raux n�cessaires � la bonne croissance des v�g�taux. L’application d’engrais min�raux pour accro�tre la productivit� a des effets spectaculaires et elle est indispensable pour maintenir des rendements �lev�s. Toutefois, ces engrais sont bien plus efficaces lorsqu’ils sont utilis�s avec d’autres �l�ments dans le cadre d’une strat�gie globale de nutrition des v�g�taux.
3.18 L’�rosion, l’utilisation par les cultures d’�l�ments nutritifs qui ne sont pas remplac�s, l’acidification, la salinisation, la r�duction de la teneur en mati�res organiques, la modification de la structure des sols, le compactage d� aux machines agricoles et au p�turage du b�tail provoquent la d�gradation des sols. D’apr�s l’Evaluation mondiale de la d�gradation des sols d’origine humaine (GLASOD) (PNUE/ISRIC, 1991), 1 965 millions d’hectares, soit 15 pour cent des sols du monde, ont �t� touch�s. Parmi ces divers facteurs, c’est l’�rosion hydraulique qui a eu l’effet le plus important (1 094 millions d’hectares, 55 pour cent), suivie de l’�rosion �olienne (548 millions d’hectares, 28 pour cent), de la baisse de la teneur en �l�ments nutritifs (7 pour cent), de la salinisation (4 pour cent) et du compactage (3 pour cent).
3.19 L’�rosion hydraulique peut prendre la forme d’une perte insidieuse de quelques millim�tres de sol superficiel chaque ann�e. Il semble bien qu’elle continue de s’aggraver sur les terres cultiv�es, bien que l’homme dispose de techniques permettant de limiter son impact. L’�rosion d’un centim�tre/hectare/an de sol superficiel �quivaut � la perte de 100 � 150 tonnes de sol et la perte de 100 tonnes de sol par hectare peut comporter la perte de 2 000-2 500 kg/ha d’humus, 200-300 kg/ha d’azote, 100-200 kg/ha de phosphore et 500-1 000 kg/ha de potasse.
3.20 La r�duction de rendement peut �tre notable (jusqu’� 34 pour cent), m�me si la perte de sol atteint seulement 5 pour cent par an. D’apr�s une �tude de la productivit� des cultures sur les sols �rod�s en Afrique, la r�duction atteindrait de 2 � 5 pour cent par millim�tre de sol perdu. Pour l’ensemble de l’Afrique, la baisse de rendement due � l’�rosion dans le pass� a �t� estim�e � 9 pour cent.
3.21 L’�rosion �olienne frappe toutes les r�gions arides ainsi que les ZAE � saison s�che et les sols sableux et limoneux d’autres r�gions pendant les p�riodes de s�cheresse, surtout en Afrique et en Asie du Sud-Ouest. En Afrique au nord de l’�quateur, plus de 22 pour cent des terres sont touch�es par cette forme d’�rosion. La destruction de la v�g�tation par le surp�turage et la s�cheresse a fait avancer le d�sert de 90 � 100 km vers le sud au Soudan. L’�rosion �olienne est un probl�me grave pour de nombreux pays comme le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nig�ria et certaines zones de l’ouest des Etats-Unis.
Risques de dégradation des sols
3.22 Les principales cons�quences de la d�gradation chimique du sol sont l’abaissement de la fertilit� et l’accumulation de substances qui emp�chent la croissance des v�g�taux. Le lessivage et l’�puisement des �l�ments nutritifs par les plantes cultiv�es r�duisent progressivement la fertilit� de certains sols. Les cultures poussent alors mal et la couverture peu abondante n’offre pas au sol une protection suffisante pour r�sister � l’�rosion. D’apr�s l’enqu�te GLASOD (PNUE/ISRIC, 1991), au moins 6 millions d’hectares ont �t� d�grad�s par l’acidification, et une baisse de la teneur en �l�ments nutritifs a �t� constat�e sur 135 millions d’hectares dans le monde, l’Afrique et l’Am�rique du Sud �tant particuli�rement touch�es (carte 2).
3.23 Le compactage des sols d� � l’utilisation de machines agricoles modifie la structure des sols, r�duit la p�n�tration de l’eau et des racines, ainsi que la croissance et la densit� des racines; il affecte �galement l’activit� microbienne et accro�t les maladies radiculaires. Ce ph�nom�ne touche 68 millions d’hectares, surtout en Europe (33 millions d’hectares) et, dans une moindre mesure, au Br�sil, en Asie occidentale et en Afrique. A mesure que l’utilisation de mat�riel agricole � roues augmente, les pertes de rendement s’accroissent, d’o� des pertes financi�res pour les exploitants.
3.24 Les animaux domestiques jouent un r�le capital pour satisfaire les besoins alimentaires � venir du monde. A l'heure actuelle, 4 500 races d'au moins une quarantaine d'esp�ces couvrent au minimum 30 pour cent des besoins de l'humanit� sous forme de viande, de produits laitiers, d'oeufs, de fibres, de traction, de fumier et de combustible. Les animaux fournissent 60 pour cent de la puissance de traction n�cessaire � la culture et au transport des r�coltes et repr�sentent une r�serve financi�re importante pour les petits exploitants. La diversit� g�n�tique de ces animaux et leur grande capacit� d'adaptation � l'environnement sont � la base m�me de la productivit� et de la durabilit� de l'agriculture et constituent une garantie de s�curit� alimentaire pour les populations qui vivent uniquement de l'�levage (soit 12 pour cent de la population mondiale). Comme les cultures vivri�res, l'�levage a eu tendance � reposer sur des bases g�n�tiques de plus en plus �troites de sorte que de nombreuses esp�ces domestiques sont expos�es � l'extinction. Il n'y a qu'un petit nombre de pays en d�veloppement qui travaillent activement � conserver les ressources g�n�tiques des animaux domestiques.
3.25 Divers aspects de l’�levage ont un effet n�gatif sur l’environnement: surp�turage, pi�tinement, d�p�ts de d�chets, �puisement et pollution des eaux et r�duction de la diversit� g�n�tique. L’utilisation des terres arables pour produire des c�r�ales en vue de l’alimentation animale suscite de vifs d�bats dans certains pays. En effet, certains groupes estiment que ce genre de culture r�duit la nourriture disponible pour les m�nages � faible revenu expos�s � l’ins�curit� alimentaire. L’�levage offre aussi des avantages indirects: utilisation des animaux pour la production d’�nergie, fourniture de fumier et introduction de p�turages en jach�re qui fixent l’azote en rotation avec les cultures arables. Le cuir et les produits d�riv�s sont des sous-produits importants mais les tanneries peuvent poser des probl�mes pour l’environnement.
3.26 L’�levage extensif tient une place importante dans l’�conomie des pays tropicaux chauds � saison s�che et joue un r�le non n�gligeable dans de nombreuses exploitations des zones temp�r�es. Le d�frichement des for�ts tropicales � des fins d’�levage extensif sur lequel la politique de l’Etat exerce une forte influence a eu des effets catastrophiques dans certains pays d’Am�rique latine.
3.27 La superficie consacr�e aux p�turages atteint 3 424 millions d’hectares, d�passant ainsi la superficie des cultures. Environ les deux tiers des p�turages permanents se trouvent dans les pays en d�veloppement et le pourcentage que repr�sente ces terres diminue en passant des zones tropicales aux zones temp�r�es puis � la zone bor�ale o� ils d�passent � peine 10 pour cent de la superficie totale. Les zones tropicales humides chaudes ont �galement un pourcentage peu �lev� (10-12 pour cent) de p�turages (figure 5).
Figure 5
Variation de la part des p�turages permanents par zone agro�cologique
3.28 Dans les zones tropicales chaudes � saison s�che et les ZAE arides comme le Sahel, qui couvrent une partie du Kenya et
de la Tanzanie et le sud-ouest du Botswana, la Namibie et certaines zones du Zimbabwe, les syst�mes pastoraux fond�s
principalement sur les bovins ou les caprins sont les plus r�pandus. Dans le pass�, ce type d’�levage �tait extr�mement mobile
et couvrait une vaste superficie, ce qui permettait � la v�g�tation de se reconstituer. L’accroissement de la population humaine
a entra�n� la transformation des p�turages en terres arables, de sorte que le b�tail s’est regroup� sur une superficie r�duite.
Dans les zones � saison s�che, le cheptel a tendance � s’accro�tre les ann�es � pr�cipitations normales, de sorte qu’en p�riode
de s�cheresse il y a plus d’animaux que la terre ne peut en nourrir. Dans les zones temp�r�es du nord, les printemps tardifs et
froids accompagn�s de fortes chutes de neige qui prolongent l’hiver et retardent la repousse des p�turages ont des effets
�quivalant � ceux de la s�cheresse.
3.29 Les p�ches apportent une contribution importante aux approvisionnements alimentaires, aux revenus et aux richesses car elles font vivre plus de 120 millions d'hommes et fournissent environ 19 pour cent des prot�ines d'origine animale consomm�es dans les pays en d�veloppement. La production mondiale totale de poisson (poissons, crustac�s et mollusques) est pass�e d'environ 20 millions de tonnes en 1950 � 100 millions en 1989. Pendant les ann�es 90, les captures des p�cheries marines ont diminu�. L'accroissement de la production aquacole a compens� cette diminution mais la production annuelle plafonne � environ 70 millions de tonnes de produits destin�s � la consommation humaine directe.
3.30 En 1993, les prises des p�ches marines ont repr�sent� 79,5 millions de tonnes de poisson et celles des eaux int�rieures 6,5 millions de tonnes. La production de l’aquaculture int�rieure et marine a atteint 10,7 millions et 5,6 millions de tonnes respectivement. Le niveau d’exploitation de pr�s de 70 pour cent des stocks d’animaux marins pour lesquels on dispose d’estimations atteint presque ou d�passe le maximum acceptable de fa�on durable.
3.31 Les activit�s de capture peuvent endommager les habitats aquatiques car l’utilisation intensive d’engins m�canis�s comme les chaluts et dragues de fond et celle des explosifs affectent la faune benthique, les prairies d’algues et les r�cifs coralliens. Les p�cheries commerciales (p�che des crevettes au chalut, chalutage de fond, p�che � la palangre et aux pi�ges, p�che aux filets d�rivants en haute mer, etc.) rejettent chaque ann�e en moyenne 27 millions de tonnes d’esp�ces non rentables. Comme l’�cart entre l’offre et la demande ne cesse de s’�largir, une hausse des prix est in�vitable et pourrait menacer la s�curit� alimentaire de certains ruraux pauvres pour lesquels le poisson est une source de prot�ines importante.
3.32 Les effets sur l’environnement de l’aquaculture et des p�cheries fond�es sur l’�levage sont essentiellement li�s aux syst�mes de production intensifs (�levage de saumon en cage, grands �levages de crevettes dans les zones c�ti�res, etc.) qui entra�nent un enrichissement excessif des plants d’eau en �l�ments nutritifs et en mati�res organiques, une d�gradation des zones humides et la perte de la diversit� biologique � la suite de l’introduction d’esp�ces exotiques.
3.33 Il y a de multiples sources de pollution d’origine terrestre li�es aux activit�s humaines qui compromettent la capacit� de r�g�n�ration des ressources aquatiques des zones c�ti�res. La premi�re cause de rar�faction des poissons est la destruction de l’habitat conjugu�e � la pollution industrielle urbaine et agricole, aux d�p�ts de terre, aux barrages, au d�tournement de cours d’eau, au d�frichement des mangroves, � la s�dimentation, � l’�puisement des ressources et au d�boisement. La d�gradation des environnements aquatiques peut affecter les ressources halieutiques dans les eaux int�rieures, m�me � l’�chelle de bassins fluviaux ou de lacs, et dans les eaux c�ti�res ou les mers ferm�es ou semi-ferm�es.
3.34 Les terres humides, dont la superficie mondiale atteint 48,7 millions d'hectares, sont des zones de marais, de tourbi�res ou de plans d'eau, artificielles ou naturelles, permanentes ou temporaires. L'eau peut y �tre courante ou dormante, douce, saum�tre ou sal�e, et ces zones comprennent les eaux marines d'une profondeur ne d�passant pas six m�tres � mar�e basse. Ce sont pr�cis�ment les caract�ristiques qui rendent les terres humides pr�cieuses pour l'agriculture et la production vivri�re qui les exposent � la d�gradation.
3.35 Les pratiques agricoles font peser diverses menaces sur les terres humides. La d�gradation des bassins versants peut causer une �rosion qui envase ces terres et compromet leur syst�me biologique et hydrologique. L’arriv�e d’engrais et d’autres r�sidus chimiques sur les terres humides peut provoquer l’eutrophie ou empoisonner les v�g�taux et les animaux.
3.36 Les mangroves couvrent 15,5 millions d’hectares, dont 6,28 millions d’hectares en Asie, 5,78 millions en Am�rique tropicale et 3,40 millions en Afrique tropicale. Les mangroves sont utilis�es � l’�chelon local pour l’agriculture, principalement la production de riz, et sont activement exploit�es par les ruraux de tous les continents pour se procurer divers produits ligneux ou non; toutefois, c’est la conservation des syst�mes halieutiques qui constitue la contribution majeure des mangroves � la production et � la s�curit� alimentaire car elles repr�sentent d’importantes fray�res pour diverses esp�ces et aussi des zones de production de crevettes, hu�tres, moules et autres mollusques. La conversion � l’aquaculture ou l’abattage des pal�tuviers peut r�duire les habitats de reproduction de nombreuses esp�ces de poisson pr�sentant une importance �conomique tout en exposant davantage l’agriculture int�rieure aux temp�tes et aux inondations.
EFFETS DE LA PRODUCTION VIVRI�RE SUR LA DIVERSIT� BIOLOGIQUE
3.37 La production vivri�re a eu divers effets importants mais oppos�s sur la diversit� biologique: elle r�duit les superficies de terres � l'�tat naturel et la diversit� des �cosyst�mes et des esp�ces sauvages qu'elle abrite, mais elle cr�e, au bout de si�cles de domestication et d'adaptation, une diversit� agrobiologique constitu�e par les multiples races locales de v�g�taux et d'animaux domestiques. Cette r�serve de diversit� agrobiologique a diminu� � mesure que les races de pays et les races traditionnelles ont �t� supplant�es par l'introduction d'un nombre plus limit� de vari�t�s et de races � haut rendement qui ont une base g�n�tique plus �troite. Certains voient l� la cause la plus importante d'�rosion g�n�tique.
3.38 Les �cosyst�mes abritent la diversit� biologique qui fait partie du capital naturel de la plan�te. Le nombre total d’esp�ces v�g�tales et animales n’est pas connu mais il est souvent estim� � 13-14 millions dont seulement 1,75 million ont fait l’objet d’une description scientifique. De 5 � 20 pour cent de certains groupes de vert�br�s et de v�g�taux sont d�j� class�s comme menac�s d’extinction. La principale cause de la perte rapide de diversit� biologique enregistr�e au cours des 50 derni�res ann�es est la conversion des habitats naturels, avant tout les for�ts, � d’autres utilisations, notamment la production vivri�re.
3.39 Les esp�ces domestiques ne repr�sentent qu’une fraction minuscule de la faune et des v�g�taux: sur 320 000 plantes vasculaires connues, 3 000 seulement sont r�guli�rement exploit�es pour la production vivri�re et 30 pour cent seulement des 50 000 esp�ces d’animaux vert�br�s terrestres (estimation) et plus de 200 esp�ces de poissons, crustac�s, mollusques, batraciens, tortues et v�g�taux aquatiques sont utilis�s pour l’alimentation humaine. En ce qui concerne les animaux domestiques, il reste sur la plan�te moins de 20 m�les reproducteurs ou moins de 1 000 femelles reproductrices dans le cas de 30 pour cent des races. La diversit� g�n�tique de ces esp�ces, qu’il s’agisse de races am�lior�es ou de races de pays, et celle des esp�ces sauvages voisines sont indispensables � la production vivri�re � venir qui exige une large gamme d’agrosyst�mes et de ressources g�n�tiques adapt�s aux conditions locales.
3.40 Entre autres avantages importants, la diversit� g�n�tique des v�g�taux cultiv�s assure la r�sistance aux ravageurs et aux maladies, la tol�rance � la s�cheresse et d’autres caract�ristiques souhaitables. Ces derni�res ann�es, on s’est efforc� de collecter et d’enregistrer les caract�ristiques g�n�tiques des esp�ces sauvages et domestiques, en particulier des races de pays, afin d’identifier les caract�ristiques int�ressantes pour l’agriculture. Ces mat�riaux sont conserv�s ex situ dans des banques de g�nes. R�cemment, on s’est pr�occup� davantage de conserver in situ les races sauvages apparent�es dans des aires prot�g�es et de conserver � l’exploitation les races de pays. Ces modes de conservation dynamique permettent l’adaptation permanente des vari�t�s v�g�tales, notamment l’adaptation aux insectes nuisibles et aux maladies.
UTILISATION DES FOR�TS ET DES �COSYST�MES NATURELS
3.41 Certaines populations vivent de la chasse et du ramassage de nourriture en for�t, se procurant ainsi en quantit� suffisante des fruits � coque ou autres, des feuilles, des gommes et du gibier ainsi que des fibres, du fourrage et du bois de feu. Des populations vivent ainsi dans certaines zones d'Asie du Sud et du Sud-Est, certains pays d'Afrique occidentale et quelques r�gions d'Am�rique latine et d'Europe. Les hommes tirent des recettes des for�ts en ramassant, traitant et vendant des champignons, des fruits � coque, des baies, du gibier, etc.
3.42 La figure 6 pr�sente le pourcentage de la superficie �merg�e totale que repr�sentent les for�ts dans 84 pays et fait ressortir les tendances d�gag�es sur 20 ans. La plus forte variation s’est produite dans les r�gions tropicales � saison s�che o� la r�duction atteint 0,69 pour cent par an au cours de la derni�re d�cennie. Aucune tendance nette ne se d�gage des chiffres concernant les zones tropicales humides chaudes, peut-�tre parce que les arbres repoussent dans de nombreuses zones apr�s la coupe.
3.43 La culture itin�rante, mode traditionnel d’utilisation des terres encore tr�s r�pandu dans les zones � faible densit� de population et � sols peu fertiles, consiste � �liminer la v�g�tation naturelle d’un terrain, � cultiver ce dernier pendant deux � cinq ans puis � le laisser en jach�re jusqu’� ce que la terre retrouve sa fertilit�, le cycle �tant alors r�p�t�. Ce mode de culture provoque une d�gradation chronique lorsque la p�riode de jach�re n’est pas assez longue pour reconstituer le couvert v�g�tal et la fertilit� du sol.
3.44 Tant que la pression d�mographique est faible, la repousse naturelle des arbres et du reste de la biomasse suffit � couvrir la demande de bois de feu mais la culture itin�rante, lorsqu’elle s’intensifie, compromet la diversit� biologique locale en utilisant une plus grande superficie et en r�duisant le temps disponible pour la r�g�n�ration. En outre, lorsque la pression d�mographique oblige les cultivateurs � r�duire la dur�e de la jach�re, la fertilit� des sols diminue, d’o� une r�duction des rendements des cultures et de la production de bois de feu. Les agriculteurs peuvent alors �tre forc�s de mettre en culture d’autres terres bois�es ou for�ts.
3.45 La surexploitation d’un produit forestier ou l’abattage peu judicieux peuvent d�grader la v�g�tation foresti�re et bouleverser l’habitat de la faune sauvage, ce qui non seulement compromet les ressources alimentaires et ligneuses de la for�t mais peut aussi affecter les sols, les eaux et les syst�mes de production vivri�re en aval. L’ouverture de terres foresti�res aux �tablissements humains ou � l’expansion de l’agriculture, par exemple en liaison avec des programmes d’�radication des ts�-ts� ou la construction de routes foresti�res dans des zones bois�es autrefois inaccessibles, accro�t les risques d’utilisation d�sordonn�e et de surexploitation.
Figure 6
Variation de la superficie bois�e par zone agro�cologique
3.46 Pr�s de 2 milliards d’hommes utilisent les biocombustibles (bois, r�sidus de r�colte, excr�ments d’animaux, etc.) comme principales sources d’�nergie domestique. Dans les zones tropicales, chaque habitant utilise de 1,5 � 2,5 kg de bois par jour contre moins de 0,5 kg dans les zones temp�r�es. La figure 7 ci-apr�s fait ressortir une baisse g�n�rale de l’utilisation du bois de feu par habitant, mais ce ph�nom�ne est d� aux causes suivantes: a) la population augmente plus vite que la consommation de bois de feu, b) le bois de feu est de plus en plus rare et c) il est remplac� par des combustibles fossiles. En Am�rique latine, l’adoption de combustibles de remplacement a fait passer la consommation de bois de feu exprim�e en �quivalent p�trole de 356 000 barils en 1970 � 307 000 barils en 1990. Cependant, en Am�rique centrale, zone o� la s�curit� alimentaire constitue un grave probl�me, la part du bois de feu dans la consommation totale d’�nergie est pass�e de 42 � 50 pour cent dans le m�me temps.
3.47 En chiffres absolus, le volume total de bois consomm� comme combustible augmente dans le monde. Autour des grands centres urbains et l� o� les activit�s industrielles et commerciales qui utilisent le bois comme combustible sont regroup�es, les for�ts et les terres bois�es avoisinantes sont soumises � de fortes pressions. Etant donn� que dans les zones tropicales chaudes le bois est utilis� principalement comme combustible pour la cuisine, toute innovation technique ou modification du r�gime alimentaire entra�nerait l’abandon du bois et en r�duirait la consommation.
3.48 Lorsque le bois de feu devient rare, il est souvent remplac� par des excr�ments animaux qui ne peuvent plus alors servir de fertilisant. Cependant, les besoins de bois de feu et de charbon de bois de la population peuvent inciter � planter des arbres sous forme d’agroforesterie et de plantations communautaires ou commerciales sur des terres domaniales ou priv�es, � condition que les arbres soient une source de revenus et d’emploi et apportent ainsi des dividendes �cologiques, sociaux et �conomiques.
Figure 7
Tendances de l’utilisation du bois de feu par zone agro�cologique
Moyens respectant l’environnement de conserver les sols et les eaux
4.1 Les syst�mes de production alimentaire durables doivent atteindre trois objectifs:
4.2 Pour atteindre ces objectifs, il faut adopter une approche de la production vivri�re diff�rente de celle du pass�. Presque toutes les options techniques permettant d’accro�tre la production vivri�re ont des effets �cologiques, sociaux ou �conomiques mais on peut obtenir deux avantages importants en privil�giant les pratiques fond�es sur les caract�ristiques �cologiques comme la diversit�, la r�silience et l’utilisation rationnelle de l’�nergie.
Conservation des sols
4.3 L’�rosion a des effets importants sur les rendements des cultures au niveau du champ mais elle a aussi des effets consid�rables � l’ext�rieur au niveau des bassins versants (par exemple sur les ressources halieutiques et les habitats des poissons). Dans certains cas, des mesures �cologiques comme la cr�ation de haies vives, de bandes de gazon et de vergers, associ�es � de simples terras-ses en gradins, peuvent donner de meilleurs r�sultats que la construction des terrasses � murs de pierres plus co�teuses. De nombreuses techniques ont �t� appliqu�es pour adapter l’exploitation aux conditions locales de sols, de climat et d’utilisation des terres ou aux pratiques locales; citons le travail r�duit du sol, le labour profond, le labour suivant les courbes de niveau, les cultures en bandes ou cultures multiples, la rotation des cultures, l’emploi d’engrais verts, le paillage et la fertilisation.
4.4 Dans la zone aride et dans les r�gions les plus s�ches des zones tropicales � saison s�che, il y a de grandes possibilit�s d’appliquer des techniques de conservation des sols et des eaux, comme l’a d�montr� le projet Keita de la FAO au Niger: suivant diverses m�thodes participatives, on a plant� des arbres pour produire du bois de feu, des aliments et servir de coupe-vent; on a pratiqu� la r�colte de l’eau et appliqu� des mesures de lutte contre l’�rosion �olienne et hydraulique.
4.5 Dans les zones les plus s�ches, il peut suffire d’�galiser la surface du sol pour diriger les eaux de ruissellement vers des bassins o� elles sont collect�es ou de cr�er des bourrelets � pente douce pour recueillir l’eau des pentes non cultiv�es et la diriger vers les terres cultiv�es comme le faisaient les Nabat�ens � Advat, dans le d�sert du N�gev.
Ressources hydriques
4.6 Pour utiliser l’eau de fa�on durable, il est n�cessaire de maintenir un d�bit suffisant, surtout pendant les p�riodes critiques de basses eaux, pour prot�ger les cours d’eau, les lacs et les terres humides. Les m�mes eaux sont utilis�es pour les cultures, la p�che, la pr�paration des aliments et leur conservation et, dans certains cas, la production d’�nergie. Pendant son trajet des bassins versants � la mer, l’eau est utilis�e � de multiples reprises, changeant ainsi de qualit� et de volume. Les activit�s agricoles ou foresti�res entreprises en amont peuvent avoir un impact n�gatif sur les utilisateurs d’aval si le ruissellement contamine l’eau au moyen de s�diments et de r�sidus d’engrais et de pesticides. En revanche, les zones qui conservent leur couvert forestier et leurs terres humides naturelles r�ussissent � maintenir la qualit� de l’eau, r�gulariser l’approvisionnement et sauvegarder les habitats ripuaires des poissons et autres animaux.
4.7 L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a estim�, sur la base des conditions physiques et p�dologiques, qu’il serait possible de mettre en irrigation au total 400 millions d’hectares, dont les trois quarts se trouveraient dans les pays en d�veloppement. Les terres irrigu�es sont deux fois et demie plus productives que les terres agricoles non irrigu�es et il est probable que leur superficie (environ 300 millions d’hectares � l’heure actuelle) augmentera. Toutefois, cet accroissement est entrav� par la p�nurie de terres appropri�es, les disponibilit�s limit�es d’eau et le co�t �lev� d’installation de grands p�rim�tres. Dans de nombreux cas, il est plus rationnel d’am�liorer l’efficacit� de la gestion et de la production sur les terres d�j� irrigu�es que d’en mettre de nouvelles en irrigation.
4.8 L’engorgement des terres est g�n�ralement imputable � l’utilisation excessive ou � la mauvaise gestion de l’eau d’irrigation. Le rev�tement et la couverture des conduites entre les r�servoirs et le point d’arriv�e de l’eau permettent de mieux utiliser l’eau tout en r�duisant les risques d’�l�vation du niveau de la nappe phr�atique dans de nombreuses zones. Il serait n�cessaire d’appliquer de telles mesures aux 11 millions d’hectares qui ont souffert d’engorgement en Asie, mais elles seraient aussi utiles dans les zones o� la salinisation est fr�quente et limite la productivit� des terres irrigu�es (50 pour cent dans le monde). Dans la plupart des cas, les investissements dans l’�ducation et la capacit� de gestion permettent de r�duire les effets de l’engorgement et de la salinisation des sols mieux que les travaux de drainage et d’am�lioration des sols.
SYST�MES D'EXPLOITATION RESPECTANT L'ENVIRONNEMENT
4.9 Les cultures arables posent des probl�mes �cologiques s�rieux, notamment sous les tropiques, car le travail r�gulier du sol ouvre la terre et l'expose � l'�rosion. En outre, l'intensification de l'exploitation sous forme de r�duction des jach�res et de cultures multiples oblige � se pr�occuper de la fertilit� des sols et de la lutte contre les ennemis des cultures, ce qui entra�ne habituellement un recours accru aux engrais min�raux et aux pesticides. Toutefois, il existe des techniques de remplacement, comme la protection int�gr�e (PI) et les syst�mes int�gr�s de nutrition des plantes (SINP), qui devront �tre appliqu�es de plus en plus largement.
Syst�mes int�gr�s de nutrition de plantes
4.10 Les v�g�taux trouvent des �l�ments nutritifs dans le sol, le fumier et les r�sidus de r�colte qui font partie de la cha�ne alimentaire. Les plantes cultiv�es peuvent utiliser directement les �l�ments nutritifs du sol, mais elles n’ont acc�s � ceux des r�sidus de r�colte et du fumier organique que lorsqu’ils ont �t� d�compos�s par des bact�ries. Les syst�mes int�gr�s de nutrition des plantes ont pour objectif de bien �quilibrer les �l�ments nutritifs de toute provenance, notamment ceux des engrais min�raux, dont disposent les agriculteurs pour qu’ils soient utilis�s au mieux.
4.11 Les mati�res organiques contribuent � maintenir la structure et la microfaune des sols qui sont n�cessaires pour assurer leur capacit� de r�tention d’eau, l’a�ration et les autres conditions requises pour fournir des �l�ments nutritifs aux v�g�taux. La situation reste fondamentalement la m�me, que les �l�ments nutritifs proviennent d’engrais organiques ou d’engrais min�raux. Cependant, les engrais organiques contribuent � maintenir la structure et la texture du sol, entra�nent g�n�ralement peu de d�penses directes pour les agriculteurs et, s’ils sont associ�s � des engrais min�raux bien appliqu�s, renforcent leur effet sur le rendement et contribuent � compenser les pertes d’�l�ments nutritifs li�es � la production vivri�re.
4.12 Nombre d’agriculteurs n’obtiennent pas de bons rendements parce que les disponibilit�s d’engrais sont inf�rieures � la demande et peu vari�es et que les livraisons sont irr�guli�res. Des applications peu judicieuses peuvent avoir des effets n�gatifs et le manque d’�l�ments nutritifs � certains stades peut affaiblir les effets b�n�fiques des applications ant�rieures. Par exemple, les manguiers re�oivent des engrais pour renforcer la floraison mais, si les �l�ments nutritifs disponibles pendant la maturation sont insuffisants, les fruits tombent des arbres avant d’�tre m�rs.
4.13 Il est donc n�cessaire d’appliquer des syst�mes de nutrition int�gr�s et d’assurer l’�quilibre et la fourniture r�guli�re d’�l�ments nutritifs, de fa�on � les utiliser rationnellement et � r�duire les gaspillages et les pertes (figure 8). A cette fin, les recherches, l’enseignement et la formation devraient �tre davantage orient�s vers la promotion et l’application de tels syst�mes.
Protection int�gr�e
4.14 Depuis leur apparition il y a cinquante ans, les pesticides synth�tiques sont devenus le principal moyen de lutter contre les ennemis des cultures et ils ont permis d’obtenir des rendements plus r�guliers et d’utiliser davantage d’engrais. Toutefois, l’utilisation des pesticides synth�tiques s’est souvent r�v�l�e non viable et peu efficace � long terme en raison de l’apparition de la r�sistance chez les ennemis des cultures, du co�t croissant des pesticides eux-m�mes, de la destruction d’insectes utiles et des effets n�gatifs sur la sant� des hommes et sur l’environnement. Devant ces difficult�s, on s’est progressivement orient� vers la protection int�gr�e, syst�me qui fait avant tout appel � la participation des agriculteurs et � la lutte biologique.
Figure 8
Diagramme simplifi� des flux de nutriments
4.15 La protection int�gr�e permet aux agriculteurs de diriger directement les op�rations de lutte. Ils surveillent eux-m�mes r�guli�rement l’�tat de sant� de leurs cultures, l’activit� des insectes utiles et, sur la base des informations ainsi obtenues et de leurs connaissances, d�cident des mesures appropri�es. En g�n�ral, la PI regroupe diverses techniques de lutte qui ont notamment l’avantage de maintenir l’utilisation des pesticides et les autres interventions � des niveaux justifi�s du point de vue �conomique et sans danger pour l’environnement. On peut distinguer quatre �l�ments techniques: bonne gestion des cultures - les agriculteurs appliquent toutes les connaissances disponibles pour obtenir une r�colte saine; adoption de pratiques telles que la surveillance des insectes utiles et la connaissance du cycle biologique des ennemis des cultures de fa�on � avoir recours aux pr�dateurs naturels et aux caract�ristiques �cologiques pour mieux pratiquer la lutte biologique; adoption de vari�t�s de cultures s�lectionn�es pour la r�sistance durable aux ennemis ou de techniques comme le g�nie g�n�tique, pour la r�sistance des plantes h�tes, notamment aux virus; enfin, en dernier ressort et seulement lorsqu’il a un effet net positif sur les mesures naturelles de lutte: emploi de produits chimiques.
4.16 La combinaison de technologies PI et SINP permet d’augmenter fortement la production dans les pays en d�veloppement, mais � condition que ceux qui les appliquent jouent un r�le actif. Les politiques de r�duction des subventions sur les pesticides et les engrais doivent �tre orient�es vers l’accroissement de la formation des agriculteurs, la r�orientation de la recherche, de l’�ducation et de la vulgarisation afin de r�pondre aux besoins effectifs des exploitants. Les pouvoirs publics doivent reconsid�rer les politiques concernant l’achat, l’homologation, la formulation, l’application et l’�vacuation des pesticides en tenant compte du Code international de conduite pour la distribution et l’utilisation des pesticides de 1985, amend� en 1989 pour y incorporer les principes de l’information et du consentement pr�alables (ICP) (FAO, 1990).
PRODUCTION ANIMALE: OPTIONS RESPECTANT L'ENVIRONNEMENT
4.17 A mesure que le niveau de vie s'am�liore dans de nombreux pays, un nombre croissant d'habitants utilisent davantage de viande et de produits laitiers pour s'alimenter. En 1994, la production mondiale de viande a atteint 184 millions de tonnes, soit 33 kg par habitant. A l'�chelle mondiale, environ 16 pour cent des c�r�ales, 20 pour cent des aliments amylac�s et 3 pour cent des graines ol�agineuses sont destin�s � l'alimentation du b�tail. On pr�voit que la demande de c�r�ales aux fins d'alimentation animale atteindra 30 pour cent de la production totale en 2050, de sorte que les terres seront soumises � des pressions croissantes pour produire des c�r�ales fourrag�res.
4.18 Les p�turages permanents couvrent 3 424 millions d’hectares et repr�sentent donc la premi�re forme d’utilisation des terres. Les syst�mes de p�turages multi-esp�ces longtemps appliqu�s par les syst�mes pastoraux traditionnels (bovins, chevaux et petits animaux en Asie du Nord) assurent une meilleure utilisation des aliments disponibles et maintiennent l’�quilibre de la v�g�tation. L’�levage des animaux en enclos permet d’utiliser rationnellement l’�nergie et les �leveurs ont tendance � avoir de plus en plus recours aux plantes cultiv�es fourrag�res et aux aliments concentr�s par opposition au p�turage libre.
4.19 La perte de ressources g�n�tiques r�duira la capacit� des s�lectionneurs de v�g�taux et d’animaux de s’adapter � l’�volution et aux exigences de l’industrie alimentaire. Il est n�cessaire d’enregistrer les ressources zoog�n�tiques existantes, de promouvoir la productivit� d’une gamme plus large de ces ressources, de les mettre � la disposition des agriculteurs et de conserver les ressources g�n�tiques irrempla�ables qui n’int�ressent pas les exploitants pour le moment. Une large gamme d’organisations gouvernementales et non gouvernementales doivent participer � la gestion des ressources zoog�n�tiques comme elles le font d�j� pour les ressources phytog�n�tiques.
4.20 Il est pr�vu que les �missions de m�thane provenant des ruminants doubleront entre 1990 et 2050 et que l’�vacuation des d�chets animaux posera des probl�mes. Des am�liorations appropri�es de l’alimentation et de la g�n�tique permettent de limiter les �missions de m�thane, et le m�thane provenant des boues peut servir de biocombustible. Les co�ts directs et indirects de r�duction de la pollution dans le secteur de l’�levage ne sont estim�s qu’� 0,72 pour cent des co�ts totaux, ce qui laisse une large marge pour r�duire encore l’impact de ce secteur.
P�CHES: OPTIONS RESPECTANT L'ENVIRONNEMENT
4.21 Les disponibilit�s de poisson propres � la consommation humaine directe provenant des p�ches marines ont �t� estim�es � 50 millions de tonnes par an en 1990-93. En l'absence d'intervention pour att�nuer la surp�che actuellement pratiqu�e, une r�duction des approvisionnements provenant des p�cheries marines est pr�visible. Les perspectives pourraient �tre comparables dans le cas des grandes p�cheries en eaux int�rieures. La production aquacole qui devrait cependant continuer de s'accro�tre pourrait aussi �tre limit�e par la mauvaise gestion et les impacts sur l'environnement qu'elle entra�ne.
4.22 L’application de restrictions � l’acc�s aux ressources halieutiques qui est actuellement libre et gratuit para�t propre � assurer une gestion de ces ressources respectant l’environnement mais pour cela il faudrait aussi garantir une r�partition �quitable des ressources et l’�tablissement de droits des utilisateurs. Dans le cas des p�ches artisanales, les droits des utilisateurs sont particuli�rement importants pour prot�ger les p�cheurs de la concurrence insoutenable des navires industriels.
4.23 Toutefois, les accords d’am�nagement des p�ches ne peuvent �tre acceptables et durables que s’ils b�n�ficient d’une large participation de toutes les personnes int�ress�es. Il faut donc adopter des principes d’�quit� et d�l�guer la gestion au plus bas niveau possible en pratique. En cas de difficult�s de r�partition des ressources, des mesures classiques de gestion comme l’interdiction d’habitats indispensables aux poissons, la r�glementation des engins de p�che, la fermeture des p�ches � certaines saisons, le contingentement des prises et la fixation de taille minimum au d�barquement doivent �tre appliqu�es avec rigueur.
4.24 Il faut �galement tenir compte du secteur des p�ches et de l’agriculture pour la planification de l’utilisation des terres, l’am�nagement des bassins fluviaux et des bassins versants et le d�veloppement et l’am�nagement int�gr�s des bassins de versement et des zones c�ti�res.
Forêts: options respectant l’environnement
Utilisation des produits forestiers naturels
4.25 Le ramassage de produits alimentaires dans les for�ts tropicales humides, pratique qui respecte l’environnement, ne peut faire vivre qu’un nombre limit� d’hommes. Il est possible de d�velopper l’utilisation et les exportations de produits forestiers non ligneux, comme on le fait dans certaines zones du bassin de l’Amazone. Il s’agit surtout de produits non alimentaires comme les mat�riaux destin�s � l’industrie pharmaceutique, bien que les champignons, le miel, les fruits � coque et autres pr�sentent aussi de l’importance. Les revenus tir�s de ce genre d’activit� peuvent jouer un r�le consid�rable dans la s�curit� alimentaire des populations qui vivent dans les for�ts et aux alentours en leur permettant de diversifier leurs revenus et leur alimentation.
4.26 Le bois de feu constitue une ressource indispensable pour la pr�paration et la conservation des aliments, par fumage ou s�chage. Lorsque la demande de bois de feu d�passe la croissance naturelle des for�ts, on peut accro�tre les disponibilit�s de ce produit � l’�chelle locale gr�ce � l’agroforesterie et aux plantations d’essences bien adapt�es.
4.27 La plantation des friches foresti�res en essences � croissance rapide qui peuvent produire du bois de feu en relativement peu de temps constitue un moyen de rem�dier aux p�nuries de bois dans les zones humides et subhumides. Autour des habitations et dans les zones p�riurbaines, diverses essences d’arbres peuvent produire des fruits, des rameaux souples, des mat�riaux pour les meubles et la corderie qui apportent des suppl�ments utiles au revenu du m�nage; ce revenu suppl�mentaire va souvent directement aux femmes et renforce la s�curit� alimentaire.
Agroforesterie
4.28 Une large gamme de syst�mes d’utilisation des terres exploite les v�g�taux p�rennes ligneux (arbres et arbustes, palmiers, bambous, etc.) sur les m�mes unit�s de gestion que les cultures ou les animaux d’�levage. Certains syst�mes particuli�rement r�pandus dans les zones tropicales humides ont �t� largement �tudi�s: combinaison de plantations (par exemple arbres d’ombrage au-dessus de cacaoyers, caf�iers ou th�iers), plantations (cocotiers) associ�es au b�tail, jardins familiaux ou parcelles arboricoles � �tages multiples, jach�res am�lior�es dans le cadre de la culture itin�rante.
4.29 Les coupe-vent et ceintures de protection, la plantation d’arbres polyvalents sur les terres cultiv�es et les syst�mes sylvopastoraux (plantation d’arbres et d’arbustes sur les p�turages intensifs ou extensifs) sont des formes d’agroforesterie couramment pratiqu�es dans les zones semi-arides et subhumides pour accro�tre la production de produits ligneux (bois de feu, poteaux, bois d’oeuvre), d’aliments (fruits), de produits fourragers ou de divers autres produits non ligneux (m�dicaments, fibres); ils am�liorent �galement le micro-climat pour les v�g�taux ou les animaux en offrant de l’ombrage et en accroissant l’humidit�. Dans de nombreux pays, on a l’habitude de planter des arbres pour cr�er des haies vives ou produire des fruits ou des aliments compl�mentaires pour les animaux.
4.30 Les syst�mes d’agroforesterie permettent d’am�liorer le rendement de certaines cultures vivri�res mais seuls quelques modes d’utilisation ont �t� �tudi�s longuement (coupe-vent, parcs, arbres d’ombrage au-dessus des arbustes productifs et cultures en all�es) (tableau 3).
4.31 L’agroforesterie offre �galement l’avantage d’acco�tre la valeur des r�coltes et de diversifier les revenus agricoles. Ainsi, les coupe-vent �tablis pour prot�ger les arbres fruitiers ou d’autres formes d’horticulture permettent non pas d’augmenter le rendement total mais d’obtenir des produits de qualit� sup�rieure ayant une valeur marchande plus �lev�e. L’�tablissement d’arbres d’ombrage au-dessus des cacaoyers abrite ces derniers pendant les deux premi�res ann�es d’�tablissement, r�duit l’�rosion du sol, fournit des �l�ments nutritifs en l’absence d’application d’engrais et diminue les invasions de ravageurs, de maladies et d’herbes adventices.
Tableau 3CONSERVATION DE LA DIVERSIT� BIOLOGIQUE
4.32 On reconna�t g�n�ralement que l'am�lioration de la productivit� sur les terres d�j� d�frich�es et l'�tablissement de zones tampons mixtes pour prot�ger les aires existantes est un bon moyen de conserver la diversit� biologique naturelle. Il est tout aussi important de conserver la diversit� agrobiologique en prot�geant toute une gamme de v�g�taux, d'animaux et d'insectes utiles dans les r�serves g�n�tiques des diff�rentes races de pays et esp�ces proches.
4.33 La diversit� des v�g�taux cultiv�s peut �tre renforc�e par la rotation (dans le temps) et la disposition (dans l’espace) des cultures sous forme de cultures de couverture, de cultures mixtes, d’agroforesterie et d’exploitations mixtes culture/�levage. La mise sur le march� d’une plus large gamme de vari�t�s et la s�lection v�g�tale de type participatif et adapt� au site peuvent �galement jouer un r�le positif. La diversification des cultures et des vari�t�s contribue � ma�triser les ennemis des cultures et � assurer la nutrition et la conservation des sols.
4.34 En r�gle g�n�rale, un �cosyst�me est d’autant plus stable et r�siste mieux aux perturbations qu’il comprend une gamme d’esp�ces plus large. M�me si les syst�mes d’exploitation diversifi�e n’ont pas toujours une production brute aussi �lev�e que les syst�mes de monoculture sp�cialis�s, ils sont g�n�ralement moins vuln�rables. Les cultures traditionnelles, les cultivars du si�cle dernier et les vari�t�s de riz et de plantes racines et tubercules utilis�s par les populations indig�nes sont �galement dot�s d’une diversit� qui r�duit les risques caus�s par les ravageurs et les maladies. La r�duction de la variabilit� g�n�tique des v�g�taux et des animaux r�duit leur capacit� � s’adapter au stress. En cons�quence, les syst�mes d’exploitation mixte v�g�taux/animaux offrent des caract�res de souplesse, de productivit� et de durabilit� qui sont particuli�rement bien adapt�s aux populations rurales expos�es � l’ins�curit� alimentaire.
4.35 Devant la r�ussite de la r�volution verte lanc�e dans les ann�es 60, certains souhaitent qu'une action analogue soit entreprise pour accro�tre la production alimentaire dans les zones pauvres souffrant d'ins�curit� alimentaire. La carte 3 ci-apr�s pr�sente la r�partition des terres productives dans le monde, les classes de productivit� agricole estimative �tant exprim�es en �quivalent c�r�ales (t/ha/an). On constate que de vastes zones ont une productivit� faible par rapport � celle qu'elles pourraient atteindre avec des apports d'intrants plus �lev�s (carte 4). Enfin, la carte 5 indique l'�cart estimatif de rendements obtenu par superposition des cartes 3 et 4.
4.36 L’�cart de rendements - diff�rence entre celui que les chercheurs peuvent obtenir dans des conditions exp�rimentales et celui que les agriculteurs obtiennent r�ellement - est souvent consid�r� comme le premier obstacle � l’accroissement de la production vivri�re. Divers facteurs devraient �tre r�unis pour lancer une deuxi�me r�volution verte mais il ne faudrait pas fonder la r�duction de l’�cart de rendements uniquement sur des mesures scientifiques ou techniques. Il est aussi n�cessaire de compl�ter ces mesures par des m�canismes participatifs d’incitation, de formation et de r�forme institutionnelle et politique.
4.37 Certains ont parl� de double ou de nouvelle r�volution verte(3) car il s’agirait non pas d’accro�tre simplement la production vivri�re mais aussi de le faire d’une mani�re durable et respectant l’environnement. La r�volution verte, qui s’est r�alis�e principalement en Asie dans les ann�es 60 et 70, a contribu� � accro�tre la production vivri�re mais elle a entra�n� pour l’environnement diverses cons�quences �vitables, faute d’appliquer nombre de principes importants d’agro-�cologie comme la diversit� et la r�silience qui sont b�n�fiques pour les populations m�mes qui ont besoin de nourriture.
4.38 L’Asie o� la r�volution verte a �videmment �t� b�n�fique arrive tout juste � maintenir les r�sultats acquis ainsi en raison de la croissance d�mographique et des disponibilit�s limit�es de terres arables. L’Afrique, qui n’a pas b�n�fici� de cette r�volution, a sans aucun doute besoin d’une nouvelle action, mais les ressources humaines et les infrastructures institutionnelles sont nettement plus faibles sur ce continent. Les obstacles naturels - climat instable, sols peu fertiles, ressources hydriques limit�es et manque de vari�t�s v�g�tales adapt�es sp�cifiquement � ces conditions instables - posent �galement des probl�mes qui sont fondamentalement diff�rents de ceux qui ont �t� rencontr�s pendant la premi�re r�volution verte mais ne sont pas insolubles. Ainsi, la premi�re r�volution verte ne pourra sans doute pas servir de mod�le pour la prochaine.
4.39 Les r�sultats d�pendront beaucoup plus d’une utilisation et d’une gestion am�lior�es du capital social et naturel (ressources humaines, ressources naturelles, agrosyst�mes, etc.), accompagn�es par des m�canismes d’action qui permettent � la nouvelle r�volution verte d’�tre ax�e sur les pr�occupations des paysans, �leveurs ou cultivateurs pauvres. Les ingr�dients classiques que repr�sentent la s�lection v�g�tale et animale, les engrais et l’irrigation, joueront un r�le essentiel mais ils ne sauraient � eux seuls assurer la r�ussite.
�L�MENTS D'UNE PRODUCTION VIVRI�RE RESPECTANT L'ENVIRONNEMENT
5.1 Comme on l'a vu plus haut, il existe de nombreuses solutions techniques permettant d'am�liorer l'efficience et les rendements de la production vivri�re pratiquement sans modifier la superficie exploit�e aujourd'hui. Bien que toutes les techniques n'aient pas �t� �tudi�es � fond et ne soient pas pr�tes � �tre vulgaris�es, l'humanit� devrait pouvoir continuer � se nourrir � condition que les meilleures pratiques soient rapidement diffus�es et adopt�es et que les autres conditions indispensables � une production vivri�re durable soient remplies. Il y a trois �l�ments cl�s � cette fin: efficience de l'utilisation des ressources, cadre de planification et d'ex�cution et bonne administration.
5.2 Efficience de l’utilisation des ressources: il s’agit de convertir des ressources peu abondantes (naturelles, sociales et financi�res) en produits et services utiles d’une mani�re qui soit �conomiquement viable tout en limitant au minimum l’impact sur l’environnement. Toutefois, l’agriculture durable et respectueuse de l’environnement ne pourra se diffuser sans heurts; la production vivri�re continuera d’avoir des impacts n�gatifs sur l’environnement dans l’avenir pr�visible. Les strat�gies � venir devront donc avoir un objectif double: favoriser la transformation � long terme de la production vivri�re en une utilisation des ressources durable et respectant l’environnement et att�nuer les effets nuisibles � court terme.
5.3 L’id�e selon laquelle la production vivri�re peut suivre la croissance d�mographique projet�e tout en respectant l’environnement repose sur des bases scientifiques mais cette id�e g�n�rale n’est pas applicable partout. Les zones o� des terres marginales sont exploit�es � l’heure actuelle sont souvent aussi particuli�rement expos�es � la pression d�mographique, � la pauvret� et � l’ins�curit� alimentaire. Ces zones sont g�n�ralement difficiles d’acc�s et manquent d’infrastructures et de capitaux d’investissement ainsi que de connaissances techniques. Elles ne poss�dent g�n�ralement pas les ressources requises pour les productions commerciales, elles restent donc souvent exclues des mesures en faveur de la production vivri�re. Il incombe aux pouvoirs publics d’intervenir plus particuli�rement pour promouvoir le d�veloppement rationnel dans ces zones.
5.4 Des cadres de planification et d’ex�cution appropri�s sont n�cessaires pour diffuser les sciences et les technologies et mettre les politiques en oeuvre. Certains pays devront diversifier leur �conomie en cr�ant des emplois dans les secteurs non agricoles, am�liorer leurs infrastructures de transport et �liminer les obstacles qui g�nent le fonctionnement des m�canismes de march�. Dans d’autres pays, la cr�ation d’emplois et de revenus devra �tre favoris�e dans le secteur agricole lui-m�me dans des domaines comme le traitement et la commercialisation(4) des produits et les services de soutien.
5.5 Des plans de conservation et d’am�lioration de l’environnement sont indispensables pour constituer un syst�me national de s�curit� alimentaire durable. Outre les �l�ments habituels de conservation des terres et des eaux, de diversit� biologique et de lutte contre la pollution, ces plans devraient �tre reli�s aux actions visant � freiner la conversion de terres arables � potentiel �lev� � d’autres usages, � am�liorer la s�curit� alimentaire et � utiliser le syst�me des zones agro�cologiques (ZAE) dans les plans pour �valuer la capacit� de charge d�mographique des terres, �valuation qui permet d’orienter rationnellement les investissements nationaux dans l’alimentation et l’agriculture.
5.6 La production vivri�re a g�n�ralement un certain co�t pour l’environnement: perte de v�g�tation naturelle et de diversit� biologique, �rosion des sols et �puisement des eaux superficielles et souterraines. Bien entendu, le mode d’utilisation des terres - cultures industrielles, cultures vivri�res, conservation de la nature ou industrie - suscite des divergences de vues. De tels conflits surgissent pour les zones c�ti�res et int�rieures et les ressources collectives (for�ts, p�turages, mers et oc�ans). Des proc�dures pr�cises doivent �tre pr�vues pour r�gler les conflits de besoins et d’int�r�ts de la soci�t� pour la g�n�ration pr�sente, compte tenu aussi des besoins � venir. Il faut donc faire participer les int�ress�s (agriculteurs, responsables locaux des terres, organisations gouvernementales et non gouvernementales, consommateurs, etc.) et �valuer le co�t pour l’environnement des diff�rentes utilisations possibles des terres.
5.7 Les m�canismes d�mocratiques et l’opinion du grand public concernant les questions d’environnement contribuent � d�gager les pr�f�rences et � fixer des objectifs appropri�s en mati�re d’utilisation des terres, notamment l’acc�s � la nourriture et � un r�gime alimentaire permettant une vie saine et active. La transformation des syst�mes de production alimentaire existants et � venir exige une planification de l’utilisation des terres ou des ressources et la formulation d’objectifs explicites pour les diverses utilisations possibles des terres. La planification est �galement n�cessaire pour d�finir les incitations � l’utilisation durable et encourager les changements de mentalit� et de valeurs en faveur de l’exploitation am�lior�e des terres. Les graves pressions que subissent actuellement les stocks de poissons marins montrent comment une politique peu judicieuse et l’absence de plans peuvent aboutir � l’utilisation d�sordonn�e d’une ressource naturelle commune.
5.8 Les forces du march� r�pondent rarement bien aux probl�mes d’environnement, � moins d’�tre encourag�es ou orient�es par la politique gouvernementale. Le tableau 4 ci-apr�s indique, par r�gion, certains domaines importants dans lesquels la sauvegarde de l’environnement est d�j� bonne ou pourrait �tre am�lior�e. Elle pourrait aussi servir de r�f�rence g�n�rale aux pays pour �valuer l’impact sur l’environnement de la production vivri�re sur leur propre territoire afin de fixer un ordre de priorit�s et d’affecter des ressources.
5.9 Le cadre administratif et politique dans lequel la production alimentaire peut augmenter sans compromettre de fa�on g�n�ralis�e l’environnement doit comporter au moins quatre grands �l�ments:
5.10 L’exp�rience a montr� que les pays dot�s d’une bonne administration b�n�ficient d’une croissance �conomique plus r�guli�re et durable. Il faut donc promouvoir le dialogue avec les divers groupes d’int�r�ts, partager les pouvoirs de d�cisions et d’affectation des ressources avec les autorit�s locales tout en d�courageant la corruption ou le manque d’efficacit�. Un gouvernement �clair� doit aussi travailler en collaboration avec les organisations non gouvernementales, les associations d’exploitants et le secteur priv�. L’exclusion des femmes des d�cisions et de l’acc�s aux ressources a aussi de multiples effets n�gatifs sur la production vivri�re. Il incombe aux pouvoirs publics de sensibiliser les femmes aux questions d’environnement en promouvant des interventions qui am�liorent leur acc�s � l’�ducation, la formation, l’�nergie, le cr�dit, etc.
5.11 Les gouvernements d’un certain nombre de pays doivent entreprendre la r�forme des r�gimes fonciers, orienter l’investissement vers les zones rurales et appliquer des mesures compl�mentaires qui traduisent une �thique nationale de d�veloppement durable adapt�e � la situation nationale; ce sont l� des t�ches complexes et difficiles.
AJUSTEMENT STRUCTUREL EN FONCTION DE L'ENVIRONNEMENT
5.12 Les d�finitions actuelles de la viabilit� �conomique sont ax�es sur la productivit� et la rentabilit� sans tenir compte de la durabilit�. Les pays qui tentent de mesurer leurs gains et leurs pertes �conomiques nets ne font pas non plus figurer le co�t des effets n�gatifs sur l'environnement dans leurs comptes nationaux. Les pertes de biens et de services �cologiques sont particuli�rement dangereuses pour les pays pauvres dont l'�conomie est plus tributaire des ressources naturelles et donc plus sensible � leur destruction. Il faut travailler activement � am�liorer et mettre � l'essai des m�thodes de comptabilit� nationale �cologique, notamment �tablir le co�t de la d�gradation des sols et des eaux, de l'�puisement des �l�ments nutritifs des v�g�taux, de la destruction de la couverture foresti�re et de la diversit� biologique, et des pratiques non durables du point de vue �conomique et environnemental.
5.13 Il est �galement n�cessaire de calculer le co�t pour l’environnement de diff�rentes productions v�g�tales (intensit� potentielle de la pollution ou de la d�gradation des ressources) afin de bien comprendre les conditions requises pour une bonne production. Par exemple, en Afrique du Sud, on a corrig� le revenu agricole pour tenir compte de divers types de d�g�ts pour l’environnement, comme l’�rosion, le durcissement superficiel, le compactage, l’acidit� et la salinisation des sols et la perte d’�l�ments nutritifs des v�g�taux, qu’entra�ne la production vivri�re.
5.14 Pour des raisons �conomiques, politiques, de s�curit� alimentaire ou autres, de nombreux pays continuent de promouvoir des politiques qui sont opportunes � court terme mais finissent par d�grader l’environnement et ne contribuent gu�re au d�veloppement �conomique durable. Alors que les dispositifs r�glementaires (autorit� et contr�le) font souvent surgir de nouveaux probl�mes, les mesures fiscales tendant � promouvoir les techniques respectant l’environnement et les incitations �conomiques ont souvent permis de corriger � bon compte les erreurs de politique et les d�faillances du march�. Il peut s’agir de taxes en cas d’utilisation destructrice des ressources naturelles (culture sur des pentes raides, destruction de haies ou de coupe-vent) ou d’�missions qui sont fond�es sur le co�t de r�alisation de taux de concentrations convenus (principe du pollueur-payeur). Les m�thodes dites de la carotte et du b�ton qui offrent des r�compenses ou des p�nalit�s proportionnelles � l’impact n�gatif constat� sur l’environnement permettent �galement de modifier la situation.
5.15 Il n’est pas possible � court terme de remplacer les r�glementations autoritaires par des instruments �conomiques dans le cas de tous les probl�mes �cologiques; il est donc n�cessaire d’aborder en premier les probl�mes prioritaires.
FORMATION ET RENFORCEMENT DU CADRE INSTITUTIONNEL
5.16 On a constat� que les agriculteurs adoptent rapidement des innovations si celles-ci se r�v�lent b�n�fiques. Ainsi, les chercheurs nationaux et internationaux sont appel�s � concevoir des innovations et des incitations qui apportent des avantages �conomiques � chaque producteur tout en respectant l'environnement. La protection int�gr�e (PI) et les syst�mes int�gr�s de nutrition des plantes (SINP) sont fond�s sur ce principe mais une interaction permanente entre agriculteurs, vulgarisateurs et scientifiques est n�cessaire pour susciter une prise de conscience et aboutir � un consensus entre les int�ress�s.
5.17 Un certain nombre de mesures peuvent contribuer � favoriser les m�thodes de production respectant l’environnement et � modifier les modes d’utilisation des terres:
EVALUATION PR�ALABLE ET SURVEILLANCE DE L'IMPACT SUR L'ENVIRONNEMENT
5.18 L'utilisation rationnelle des donn�es et des informations peut �tre tr�s importante pour �viter et att�nuer les effets nuisibles sur l'environnement mais les lacunes et les probl�mes d'acc�s constituent des obstacles majeurs. Ind�pendamment de l'absence de donn�es et d'informations importantes, il est fr�quent que les donn�es existantes ne soient pas utilis�es parce qu'elles ne sont pas mises en commun, que les utilisateurs ne savent pas qu'elles existent ou qu'elles ne sont pas organis�es d'une mani�re qui permette de les analyser facilement.
5.19 Depuis 10 ans, l’�valuation de l’impact sur l’environnement (EIE) est devenue un outil important de planification et d’analyse dans le secteur rural. La plupart des banques multilat�rales de d�veloppement et un grand nombre de pays contr�lent les projets pour savoir s’ils risquent d’avoir des effets n�gatifs sensibles et si une telle �valuation pr�alable doit �tre entreprise. Il reste cependant tout � fait n�cessaire:
5.20 Apr�s des d�cennies d’aide au d�veloppement, on manque malheureusement encore de donn�es rassembl�es syst�matiquement sur le couvert v�g�tal, l’utilisation et la d�gradation des terres, les disponibilit�s d’eau, la diversit� biologique et d’importantes dimensions sociale et juridique de la production vivri�re. Pour rem�dier � ces lacunes, la Banque mondiale, la FAO, le PNUE et le Programme des Nations Unies pour le d�veloppement (PNUD) travaillent ensemble � mettre au point des indicateurs de la qualit� des terres qui aideront les pays � organiser les donn�es et informations disponibles et � identifier les indicateurs cl�s permettant de suivre toute une gamme de questions li�es aux terres. Les pays identifieront les principaux probl�mes de qualit� des terres, fixeront des objectifs politiques et suivront l’�volution de la situation en ce qui concerne l’�rosion du sol, la baisse de fertilit�, le recul de la diversit� biologique naturelle, l’ins�curit� alimentaire, le ch�mage rural, etc. Il est aussi tout � fait n�cessaire de rassembler des donn�es nouvelles mais les ressources requises manquent le plus souvent.
5.21 La FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’�ducation, la science et la culture (Unesco ), le PNUE, l’Organisation m�t�orologique mondiale (OMM) et le Conseil international des unions scientifiques (CIUS) ont d�j� pris des dispositions pour suivre l’�volution � long terme de la couverture et de l’utilisation des terres � l’�chelle mondiale en cr�ant un syst�me mondial d’observation terrestre (SMOT) qui doit observer les modifications des syst�mes naturels et agricoles gr�ce � des �tudes terrestres et � la t�l�d�tection. Ce syst�me rassemblera des informations sur les modifications de l’utilisation et la d�gradation des terres, la durabilit� des �cosyst�mes organis�s, la gestion des ressources hydriques, la pollution et la toxicit�, la perte de diversit� biologique, et compl�tera les Syst�mes mondiaux d’observations du climat (SMOC) et des oc�ans (SMOO).
INCIDENCES POUR LES PLANIFICATEURS ET LES RESPONSABLES
5.22 Au cours des vingt derni�res ann�es, le r�le des pouvoirs publics s'est r�duit, accroissant ainsi les responsabilit�s des individus et du march�. On a soutenu que les pouvoirs publics ne doivent intervenir que pour respecter au mieux l'int�r�t g�n�ral (protection de l'environnement, s�curit� alimentaire) et doivent cesser de lier les transferts de revenu aux mesures d'incitation ou de d�couragement � l'affectation des ressources et � la production. En effet, les interventions des pouvoirs publics ont souvent fait surgir des probl�mes �cologiques. Ainsi, dans certains pays d�velopp�s, les subventions � l'agriculture ont encourag� une intensification de l'exploitation qui s'est r�v�l�e co�teuse et non rentable; dans les pays en d�veloppement, les prix des intrants agricoles ont �t� maintenus artificiellement � un niveau bas. Ces mesures ont eu pour effet d'encourager les producteurs � se sp�cialiser dans certaines cultures et � intensifier l'utilisation d'intrants, entra�nant ainsi la d�gradation des terres et des eaux et d'autres formes de mauvais am�nagement de l'environnement.
5.23 Les pouvoirs publics devraient avoir pour principe g�n�ral de limiter leur intervention aussi longtemps que la pollution et la d�gradation n’ont pas d’effets notables sur l’environnement, tout en laissant au secteur priv� le soin de promouvoir une agriculture rationnelle et productive.
5.24 Le commerce des produits alimentaires continuera de jouer un grand r�le dans les �conomies nationales du monde entier mais les probl�mes d’environnement et de sant� continueront aussi � prendre de l’importance. Comme il est difficile d’appliquer les m�mes normes dans tous les pays, la capacit� de concurrence des pays � normes �lev�es a suscit� des pr�occupations. Simultan�ment, les pays en d�veloppement se pr�occupent de l’effet du recours aux mesures commerciales fond�es sur des normes �cologiques pour limiter leur acc�s aux march�s. Divers organismes internationaux �tudient actuellement cette question pour r�gler ces conflits potentiels mais des divergences de vues persisteront probablement dans l’avenir pr�visible.
5.25 Il faut continuer � travailler � conserver les �cosyst�mes naturels qui servent d’habitat aux esp�ces v�g�tales et animales sauvages propres � devenir des cultures vivri�res ou des sources de produits pharmaceutiques ou autres � l’avenir. De bonnes mesures d’am�nagement sont n�cessaires pour prot�ger les v�g�taux sauvages parents des esp�ces de v�g�taux cultiv�s et des plantes alimentaires sauvages dans des aires prot�g�es ou autres. Il faut aussi veiller plus activement � conserver � l’exploitation les races de pays ou les vari�t�s v�g�tales cultiv�es traditionnelles et tenir compte de ce probl�me dans les strat�gies de d�veloppement agricole. Dans les zones marginales o� vivent la plupart des petits exploitants, le renforcement de la gestion des ressources phytog�n�tiques � l’exploitation et l’am�lioration des races de pays gr�ce � la s�lection permettent � la fois de redresser le niveau de vie des exploitants et de pr�venir la d�gradation des terres.
5.26 En outre, il faut reconna�tre que les disponibilit�s d’�nergie sont un facteur indispensable pour assurer la s�curit� alimentaire et la protection de l’environnement car elles sont essentielles pour accro�tre l’efficacit� du travail et diversifier les activit�s �conomiques dans les zones rurales. Les pays qui utilisent l’�nergie du bois pour le traitement et la pr�paration des aliments devraient affecter une partie de leurs terres � la production de bois de feu; ils devraient aussi �tudier les possibilit�s de produire de la biomasse en vue d’en tirer de l’�nergie et de tirer profit des terres marginales ou d�grad�es en y produisant des biocombustibles. Plus important encore, les responsables de l’agriculture doivent collaborer plus �troitement avec leurs homologues du secteur �nerg�tique pour accro�tre les disponibilit�s d’�nergie classique ou renouvelable en milieu rural. Cela suffirait � encourager fortement les populations rurales � rester sur place et � g�rer plus rationnellement leurs ressources naturelles tout en �largissant leur gamme d’activit�s �conomiques.
5.27 Les pouvoirs publics peuvent travailler avec le secteur priv� et les organisations non gouvernementales pour accro�tre le volume et la qualit� de la nourriture disponible de diverses mani�res:
5.28 En ce qui concerne l'att�nuation de la pauvret� et la s�curit� alimentaire, les principaux obstacles � une production vivri�re durable et respectant l'environnement sont l'inaction et l'indiff�rence des hommes et non les facteurs naturels ou sociaux. Aux probl�mes � court terme de d�g�ts inflig�s aux sols, aux eaux, aux for�ts et aux p�cheries s'ajoutent le changement de climat, la perte de diversit� biologique et la pression d�mographique croissante pr�visibles � long terme.
5.29 Pour formuler les principes de l’agriculture et du d�veloppement rural durable (ADRD), le mieux est de reprendre les termes de la D�claration de den Bosch qui constatait en 1991:
�.... la vaste diversit� des conditions �cologiques, culturelles, sociales et �conomiques qui influencent les pratiques agricoles � l’�chelle de la plan�te ... le premier devoir de l’agriculture est d’assurer � tous et avant toute chose la s�curit� alimentaire, tant en quantit� qu’en qualit� des approvisionnements, d’offrir des emplois et de meilleures conditions de vie et de s�curit� des revenus en milieu rural�.
5.30 La CNUED a pr�cis� le concept d’agriculture et de d�veloppement rural durables en 1992 dans le Programme �Action 21�:
�Pour cr�er les conditions propres � un d�veloppement rural et agricole durable, il faudra proc�der � des ajustements majeurs dans la politique agricole, environnementale et macro-�conomique, aux niveaux national et international, tant dans les pays d�velopp�s que dans les pays en d�veloppement. L’objectif essentiel d’un d�veloppement agricole et rural durable est d’assurer un accroissement soutenu de la production alimentaire et d’am�liorer la s�curit� alimentaire. Pour ce faire, il faudra organiser des activit�s d’�ducation, adopter des mesures d’incitation �conomiques et promouvoir des technologies nouvelles appropri�es de mani�re � garantir une offre stable de denr�es alimentaires d’une valeur nutritive ad�quate, auxquelles les groupes vuln�rables auront acc�s et permettant une production commerciale; cr�er des emplois et des revenus pour r�duire la pauvret�; g�rer les ressources naturelles et prot�ger l’environnement. La priorit� doit �tre accord�e au maintien et � l’am�lioration de la capacit� des terres agricoles � fort potentiel de subvenir aux besoins d’une population croissante. Toutefois, pour maintenir des ratios terre/hommes viables, il sera �galement n�cessaire de conserver et de restaurer les ressources naturelles des terres � faible potentiel�.
5.31 Les lecteurs ne doivent pas tirer du pr�sent document l’impression que les probl�mes d’environnement et les d�fis qui attendent l’agriculture ne peuvent trouver de solution. Le potentiel biologique et les technologies disponibles sont largement en mesure de produire assez de nourriture pour couvrir la demande mais les besoins alimentaires des populations souffrant d’ins�curit� alimentaire chronique doivent sans aucun doute �tre satisfaits imm�diatement. Il serait tout aussi faux de croire que les probl�mes peuvent �tre r�gl�s par les d�marches adopt�es depuis 40 ans - la nature m�me du d�veloppement doit changer. Le cadre de changement que constitue le programme �Action 21� a �t� adopt� par les chefs d’Etat – plus de 160 – qui ont assist� � la CNUED.
5.32. Les gouvernements nationaux, associ�s avec les organismes intergouvernementaux, les organisations non gouvernementales et le secteur priv�, doivent s’engager � appliquer des strat�gies fond�es sur des estimations r�alistes du potentiel de production et de la capacit� de charge d�mographique. Ces strat�gies doivent tenir d�ment compte des priorit�s nationales de d�veloppement et �tre en majeure partie mises au point, lanc�es et dirig�es par ceux qui en subiront les effets. On manque de longueur de vue en ignorant les probl�mes d’environnement car on compromet ainsi le d�veloppement � venir et la qualit� de vie de ceux qui ont le plus besoin de nourriture.
5.33 Le grand message � transmettre � tous les pays c’est que la participation, l’�quit�, le dialogue, les m�canismes d’action, l’�mancipation et les incitations ouvriront la voie � une agriculture respectant l’environnement et � la s�curit� alimentaire. En l’absence de ces facteurs, les puissants instruments techniques et politiques dont nous disposons ne pourront pas donner de r�sultats positifs durables.
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Classes de production agricole potentielle avec apport �lev� d’intrants et faible disponibilit� d’eau, en �quivalent c�r�ales
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�cart estimatif de rendements avec apport �lev� d’intrants et disponibilit� limit�e d’eau
Source: FAO, IIASA, ISRIC. Projection Miller cylindrique. Avril 1996. Calculs effectu�s par J.W. Resink et M.H.C.W. Starren.
1Voir �galement le document du SMA no 3, Cadre sociopolitique et �conomique pour la s�curit� alimentaire.
2Voir �galement le document du SMA no 12, L’alimentation et le commerce international.
3Voir le document du SMA no 16, Les le�ons de la r�volution verte - vers une nouvelle r�volution verte.
4Voir �galement le document SMA no 8, Produits alimentaires destin�s aux consommateurs: commercialisation, transformation et distribution.